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Septembre 2000

diarrhée : une maladie courante

Editorial
 
 

 

 

 

D’étranges orages dévastent parfois notre flore intestinale. Grand mal ou petits désordres ? La prudence impose de savoir à quoi on a affaire. 

  “Une bonne diarrhée est salutaire pour notre organisme à condition de ne pas durer. » (Traiter naturellement : les problèmes intestinaux, éd. Recto-Verseau (Suisse) 1995.) En gros, l’organisme se défend contre un excès de toxines en les éliminant. La diarrhée aiguë n’ennuie pas trop les médecins. Devant « plusieurs émissions de selles liquides » dans la journée, selon la définition du Dr Hélène Auduberteau, gastro-entérologue à Paris, la médecine peut trouver facilement des réponses. Les enfants et les plus de 75 ans d’abord : pour eux, boire, fût-ce à la petite cuillère en cas de vomissements, est vital. Le plus grand danger de la diarrhée cataclysmique est la déshydratation, avec les pertes en sodium et potassium qu’elle entraîne parfois. Pour avoir mangé une huître douteuse, un homme de 65 ans a perdu cinq kilos en une nuit (qu’il a repris ensuite) et doit désormais vivre avec une insuffisance rénale. « Les personnes âgées ne ressentent pas toujours la soif, prévient le Dr Auduberteau. Il faut impérativement les inviter à boire. » 

Les bactéries ont attaqué

Les principales causes de diarrhée aiguë sont infectieuses : virus ou bactéries ont élu résidence dans l’intestin. Un virus s’incruste ? Voici la grippe intestinale, qui passera de toute façon, comme passent les virus. Hydratation et pansement intestinal, riz et carottes, myrtilles, pomme crue râpée et coing au menu, tisane de badiane (anis étoilé), et tout rentre dans l’ordre. Mais si les bactéries ont attaqué, vigilance quand même. « Ça a commencé à Noël, je m’en suis sortie en mars », témoigne Jacqueline D., 79 ans. L’affaire a commencé par une bronchite soignée aux antibiotiques, a rebondi avec une diarrhée terrible en janvier : plus faim et perte de huit kilos en quelques jours. Un détour par les urgences de l’hôpital permet de détecter la présence massive d’Escherichia coli dans les intestins, dont seule une antibiothérapie, par perfusion au début, est venue à bout. Le cas était retors. Mais il est vrai que les antibiotiques, parfois eux-mêmes responsables de diarrhées aiguës, peuvent être le seul recours. Ils terrassent la salmonellose (qui se manifeste 10 à 24 heures après ingestion) et les staphylocoques (« opérationnels » 2 à 4 heures après ingestion). Moralité : veillez à la fraîcheur des charcuteries, œufs et laitages ; rangez la crème glacée au congélateur juste après vous être servi. Et lavez-vous les mains – après être passé(e) aux toilettes et avant tout repas. Une diarrhée qui dure plus de trois semaines, même si elle paraît banale, doit conduire chez le médecin. On aborde le versant de la diarrhée chronique de diagnostic plus compliqué. Pour les plus inquiets, la grande phobie, surtout s’il y a du sang dans les selles, est le cancer du côlon. Environ 35 000 Français en sont touchés chaque année, et environ la moitié en décèdent. Mais il y a bien d’autres hypothèses à envisager. 

La fausse diarrhée jette le masque

Pour détecter une maladie au plus tôt, le médecin procède à un questionnaire serré : état général, antécédents personnels et familiaux, aspect des selles, nombre par jour, moment où elles s’imposent, etc. Une diarrhée peut constituer une alarme, lancée de loin par un organe auquel on ne pensait pas a priori. Mais, avant d’en appeler au psychosomatique, un détour par le cabinet du gastro-entérologue permettra de réaliser un examen du rectum et une prise de sang et peut-être une analyse de selles. La « fausse diarrhée » jettera très vite le masque : l’émission de liquide n’est que la manifestation désespérée de l’intestin pour éliminer des selles de constipation dures. Autre hypothèse, les hormones et la glande thyroïde sont à l’origine de l’accélération du transit. Ou encore le pancréas, voire l’estomac. À moins que les muscles du sphincter eux-mêmes ne soient défaillants. Du sang et des glaires conduiront peut-être à l’examen coloscopique, pratiqué en une demi-journée d’hospitalisation, sous brève anesthésie et après une préparation du côlon. La découverte de polypes induira leur ablation et la sérénité de l’intéressé jusqu’à la prochaine coloscopie, trois à cinq ans après. La maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique sont deux autres diagnostics envisageables bien que rares : de l’ordre de 1 personne sur 1 500 pour la seconde (Le Médical de la famille, éditions Nathan (épuisé)). « Mais le plus fréquent, le plus délicat reste le symptôme de l’intestin irritable ou colopathie fonctionnelle », constate Hélène Auduberteau, dès lors que les précédentes investigations n’ont abouti à rien. Elle oriente parfois son patient vers un psychothérapeute. Et certains patients, affectés d’une diarrhée qui relève de la colopathie, se tournent d’eux-mêmes vers des médecines alternatives (homéopathie, sophrologie, phytothérapie…). 

Monique Devauton 

 

La flore intestinale, une « petite laine » interne

Les bacilles qui constituent la flore intestinale empêchent les germes pathogènes de se fixer dans nos viscères. Ils synthétisent les vitamines B et K et transforment une partie de la cellulose (céréales complètes, lentilles, soja, fruits, crudités) en glucose assimilable. Ces bacilles viennent de ce que nous mangeons. Paule Nathan, nutritionniste (Auteure de Se soigner par l’alimentation, éditions Odile Jacob, mai 2000), subodore qu’une certaine phobie des microbes, d’inspiration américaine et portant à stériliser tout ce qui touche à l’alimentation, risque d’affaiblir cette petite armure interne. « Nos organismes ont des millénaires d’immunité derrière eux : respectons-les. » Le Dr Elisabeth Maurel-Arrighi, généraliste à Paris, déplore quant à elle les antibiotiques cachés dans les viandes et dans les laitages. Même si cela se perçoit moins qu’au cours d’un traitement bactéricide délibéré, ils pénalisent lentement mais sûrement nos bacilles protecteurs. La diarrhée fait table rase de la flore intestinale. Les yaourts (sans antibiotique !) contribuent à la reconstituer. L’Ultralevure, remède traditionnel parfois décrié, serait néanmoins efficace pour un patient sur deux, rapporte le Dr Catu. 

M. D. (1) .

 
 
 
 

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