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“Une
bonne diarrhée est salutaire pour notre organisme à condition de
ne pas durer. » (Traiter naturellement : les problèmes intestinaux,
éd. Recto-Verseau (Suisse) 1995.) En gros, l’organisme se défend
contre un excès de toxines en les éliminant. La diarrhée aiguë n’ennuie
pas trop les médecins. Devant « plusieurs émissions de selles liquides
» dans la journée, selon la définition du Dr Hélène Auduberteau,
gastro-entérologue à Paris, la médecine peut trouver facilement
des réponses. Les enfants et les plus de 75 ans d’abord : pour eux,
boire, fût-ce à la petite cuillère en cas de vomissements, est vital.
Le plus grand danger de la diarrhée cataclysmique est la déshydratation,
avec les pertes en sodium et potassium qu’elle entraîne parfois.
Pour avoir mangé une huître douteuse, un homme de 65 ans a perdu
cinq kilos en une nuit (qu’il a repris ensuite) et doit désormais
vivre avec une insuffisance rénale. « Les personnes âgées ne ressentent
pas toujours la soif, prévient le Dr Auduberteau. Il faut impérativement
les inviter à boire. »
Les bactéries ont attaqué
Les principales causes de diarrhée
aiguë sont infectieuses : virus ou bactéries ont élu résidence
dans l’intestin. Un virus s’incruste ? Voici la grippe intestinale,
qui passera de toute façon, comme passent les virus. Hydratation
et pansement intestinal, riz et carottes, myrtilles, pomme crue
râpée et coing au menu, tisane de badiane (anis étoilé), et tout
rentre dans l’ordre. Mais si les bactéries ont attaqué, vigilance
quand même. « Ça a commencé à Noël, je m’en suis sortie en mars
», témoigne Jacqueline D., 79 ans. L’affaire a commencé par une
bronchite soignée aux antibiotiques, a rebondi avec une diarrhée
terrible en janvier : plus faim et perte de huit kilos en quelques
jours. Un détour par les urgences de l’hôpital permet de détecter
la présence massive d’Escherichia coli dans les intestins, dont
seule une antibiothérapie, par perfusion au début, est venue à
bout. Le cas était retors. Mais il est vrai que les antibiotiques,
parfois eux-mêmes responsables de diarrhées aiguës, peuvent être
le seul recours. Ils terrassent la salmonellose (qui se manifeste
10 à 24 heures après ingestion) et les staphylocoques (« opérationnels
» 2 à 4 heures après ingestion). Moralité : veillez à la fraîcheur
des charcuteries, œufs et laitages ; rangez la crème glacée au
congélateur juste après vous être servi. Et lavez-vous les mains
– après être passé(e) aux toilettes et avant tout repas. Une diarrhée
qui dure plus de trois semaines, même si elle paraît banale, doit
conduire chez le médecin. On aborde le versant de la diarrhée
chronique de diagnostic plus compliqué. Pour les plus inquiets,
la grande phobie, surtout s’il y a du sang dans les selles, est
le cancer du côlon. Environ 35 000 Français en sont touchés chaque
année, et environ la moitié en décèdent. Mais il y a bien d’autres
hypothèses à envisager.
La fausse diarrhée jette le masque
Pour détecter une maladie au plus
tôt, le médecin procède à un questionnaire serré : état général,
antécédents personnels et familiaux, aspect des selles, nombre
par jour, moment où elles s’imposent, etc. Une diarrhée peut constituer
une alarme, lancée de loin par un organe auquel on ne pensait
pas a priori. Mais, avant d’en appeler au psychosomatique, un
détour par le cabinet du gastro-entérologue permettra de réaliser
un examen du rectum et une prise de sang et peut-être une analyse
de selles. La « fausse diarrhée » jettera très vite le masque
: l’émission de liquide n’est que la manifestation désespérée
de l’intestin pour éliminer des selles de constipation dures.
Autre hypothèse, les hormones et la glande thyroïde sont à l’origine
de l’accélération du transit. Ou encore le pancréas, voire l’estomac.
À moins que les muscles du sphincter eux-mêmes ne soient défaillants.
Du sang et des glaires conduiront peut-être à l’examen coloscopique,
pratiqué en une demi-journée d’hospitalisation, sous brève anesthésie
et après une préparation du côlon. La découverte de polypes induira
leur ablation et la sérénité de l’intéressé jusqu’à la prochaine
coloscopie, trois à cinq ans après. La maladie de Crohn et la
rectocolite hémorragique sont deux autres diagnostics envisageables
bien que rares : de l’ordre de 1 personne sur 1 500 pour la seconde
(Le Médical de la famille,
éditions Nathan (épuisé)).
« Mais le plus fréquent, le plus délicat reste le symptôme de
l’intestin irritable ou colopathie fonctionnelle », constate Hélène
Auduberteau, dès lors que les précédentes investigations n’ont
abouti à rien. Elle oriente parfois son patient vers un psychothérapeute.
Et certains patients, affectés d’une diarrhée qui relève de la
colopathie, se tournent d’eux-mêmes vers des médecines alternatives
(homéopathie, sophrologie, phytothérapie…).
Monique Devauton
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La
flore intestinale, une « petite laine
» interne
Les bacilles qui constituent
la flore intestinale empêchent les germes pathogènes de
se fixer dans nos viscères. Ils synthétisent les vitamines
B et K et transforment une partie de la cellulose (céréales
complètes, lentilles, soja, fruits, crudités) en glucose
assimilable. Ces bacilles viennent de ce que nous mangeons.
Paule Nathan, nutritionniste (Auteure
de Se soigner par l’alimentation, éditions Odile Jacob,
mai 2000), subodore
qu’une certaine phobie des microbes, d’inspiration américaine
et portant à stériliser tout ce qui touche à l’alimentation,
risque d’affaiblir cette petite armure interne. « Nos organismes
ont des millénaires d’immunité derrière eux : respectons-les.
» Le Dr Elisabeth Maurel-Arrighi, généraliste à Paris, déplore
quant à elle les antibiotiques cachés dans les viandes et
dans les laitages. Même si cela se perçoit moins qu’au cours
d’un traitement bactéricide délibéré, ils pénalisent lentement
mais sûrement nos bacilles protecteurs. La diarrhée fait
table rase de la flore intestinale. Les yaourts (sans antibiotique
!) contribuent à la reconstituer. L’Ultralevure, remède
traditionnel parfois décrié, serait néanmoins efficace pour
un patient sur deux, rapporte le Dr Catu.
M. D. (1) .
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