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Septembre 2000

la peur au ventre

Editorial
 

 

 

Les maux de ventre sont un mode d’expression possible pour les plus jeunes. Aux parents de tendre l’oreille. S’il s’agit de diarrhée, il faut simplement déclencher d’urgence le plan « hydratation ». 

   

À quel moment se manifestent ses maux de ventre ? Devant un enfant qui se plaint de l’abdomen, le médecin cherche un lien possible entre un moment redouté ou un mécontentement et les souffrances alléguées. L’angoisse de l’école, de la cour de récréation ou l’arrivée d’un petit frère ou d’une petite sœur, la contrariété ou l’excitation peuvent générer des douleurs et de réels troubles intestinaux. La constipation serait plus particulièrement une manifestation de résistance à l’autorité (Traiter naturellement : les troubles intestinaux, éd. Recto-Verseau (Suisse) 1995. ).Par-delà le « petit remède » homéopathique éventuellement proposé, le Dr Maryse Kit se fait fort de débloquer ce type de problème en en parlant. Mais le « petit remède » compte aussi de façon indirecte, puisqu’il permet à la mère ou au père de manifester un geste de compassion tangible à l’intention de son enfant. « Du stress ou des bonbons, qu’est-ce qui perturbe le plus ? », s’interroge Elisabeth Maurel-Arrighi, généraliste. La fermentation du sucré a sa part dans les douleurs dont se plaignent les petits. De « fraises » en Carambar, attention aux excès. Autres trouble-fête, les oxyures ou petits vers sont courants à l’âge où l’on aime triturer la terre ou réenfourner la sucette tombée au sol. Ça chatouille au niveau de l’anus et ça fait mal au ventre. Les parents d’autrefois donnaient à leurs enfants, deux fois par an, du vermifuge. Les « anciens » se rappelleront certains granulés. Le produit existe toujours, fût-ce sous une forme différente. Le sirop Fluvermal est l’un des plus connus. Simone Rubin, pédiatre, raconte encore (Apprivoiser les maladies de bébé, éd. Érès, septembre 1998, collection Mille et un bébés.) comment « souvent, la douleur se localise autour du nombril », naguère lieu de passage, via le cordon ombilical, des informations entre mère et bébé. Tout un programme. 

1,3 à 2,3 diarrhées par an

C’est lorsque s’ouvrent les vannes de la diarrhée, la récurrente gastro-entérite, qu’il faut réagir très vite (Les poussées dentaires du bébé ou autres perturbations dans sa vie suscitent aussi éventuellement un peu de diarrhée. Quelques mois d’exercice parental permettent de la distinguer d’une grippe intestinale ou gastro-entérite.). Sans panique : l’affaire est banale puisque, selon une étude américaine de 1991, un enfant de moins de 5 ans a entre 1,3 et 2,3 épisodes de diarrhée par an, les petits de 1 à 3 ans étant les plus touchés. La crèche et l’école favorisent la circulation des virus. On peut toujours inculquer l’habitude de se laver les mains avant de manger, la contagion semble difficile à éviter lorsque les petits jouent ensemble. Maryse Kit rappelle que ces diarrhées sont l’occasion pour le système immunitaire de parachever sa maturation. « Sous nos latitudes, le mal passe en deux ou trois jours, sans médicament. » Le médicament des médicaments reste la boisson. L’enfant doit boire, impérativement, car la déshydratation induite par une forte diarrhée peut être mortelle – elle tue de 45 à 80 enfants par an en France (4). On trouve en pharmacie des sachets de solutions riches en sodium et minéraux, capables d’enrayer la débâcle de ces éléments vitaux. Quiconque garde un tout-petit devrait en avoir une réserve à la maison. À la cuillère, au biberon, au verre, l’enfant doit boire. Le Dr Laurence Mir (5) énumère les signes de la déshydratation. Bouche, langue et lèvres sont sèches. L’enfant manifeste sa soif dès lors qu’on lui présente de quoi l’étancher – sauf s’il vomit, d’où l’usage, patient, de la petite cuillère. La peau, une fois pincée, garde la trace du pli. Les yeux se cernent. Chez les plus petits, la fontanelle se creuse. Toute ébauche de ces signes invite à redoubler d’écoute au chevet du malade. 

Attention au Coca-Cola

Une fois aguerris par deux ou trois alertes, les parents sentent en principe quand la situation exige le médecin, voire les urgences de l’hôpital. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) prône pour sa part, en cas de déshydratation modérée, de faire le point après avoir passé quatre heures auprès de l’enfant en lui donnant la solution spéciale évoquée plus haut (4). Dès lors que la tempête s’apaise dans les entrailles, la règle est à peu près la même que pour les parents. Riz, pomme râpée crue et carottes restent les grands classiques de l’alimentation du convalescent. Le Coca-Cola, remède de fortune des grands voyageurs, ne fait pas l’unanimité. Efficace chez certains, il serait chez d’autres, susceptible d’empirer la situation. L’OMS met en garde contre un recours abusif aux médicaments « anti » : antidiarréiques, antibactériens, antisecrétoires. Ils risqueraient de perturber la réhydratation (Cité dans la revue Prescrire, juin 2000.). Les bébés nourris au sein resteront pendus au giron de leur mère. Le lait maternel réduirait même la durée de la diarrhée. Quant au lait de vache, toute la médecine s’accordait jusqu’alors à en préconiser l’arrêt temporaire, en le remplaçant par un ersatz. Mais, toujours selon la revue Prescrire, cette précaution ne serait finalement pas justifiée. À chaque parent de se faire, prudemment, sa religion. 

La parole en plus

Pour la nutritionniste Paule Nathan, la paix des petits ventres va aussi de pair avec les habitudes alimentaires de toute la famille. L’inclination naturelle des enfants à « enfourner » des nourritures indéterminées devant la télévision fait le lit d’une partie de leurs maux. Au risque d’avoir l’air passéiste, la nutritionniste réhabilite le repas qui réunit la maisonnée. Au menu : une entrée – et pourquoi pas une soupe, avec les variations sur les légumes qu’elle permet ? –, un plat, un dessert, la structure est irréprochable. « La parole en plus, par rapport à autrefois, puisque les enfants ont heureusement le droit de parler à table aujourd’hui », souligne le Dr Nathan. Une saine façon de « vider son sac » sans passer par les tripes. 

Monique Devauton 

Les coliques du nourrisson

Un nouveau-né qui pleure beaucoup s’attire un diagnostic quasi systématique de la part de quiconque se penche sur son berceau. Il souffrirait de la colique dite des trois premiers mois. Le côlon réagirait par une motricité accrue dès que l’estomac se remplit. On parle de « réflexe gastrocolique ». Suscité par le stress des parents ou par une susceptibilité particulière au lait, le phénomène n’a, en tout cas, rien de pathologique. Le Dr Simone Rubin soupçonne les parents de parfois communiquer à l’enfant leur circonspection à l’égard du lait en poudre, ressenti comme une nourriture artificielle. Le Dr Brazelton (1) suggère que le bébé « décharge l’énervement accumulé dans la journée », se préparant ainsi pour la nuit. Pour calmer l’enfant, chacun y va de son truc. Certains le portent, particulièrement le ventre posé sur les genoux de l’adulte. D’autres vérifient s’il n’a pas faim. D’autres le changent, le baignent. Un « remède » fait l’unanimité : la sérénité des parents. Si l’on se dit que les pleurs et l’agitation centrée sur le ventre sont des manifestations banales et passagères, on attend plus calmement que les quelques semaines d’« épreuve » se terminent. 

M. D.
(1) Points forts, Livre de poche, janvier 1996 ; lire aussi ALTERNATIVE SANTÉ - L’Impatient, octobre 1997.

 
 
 

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