Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
Octobre
2000
dix
femmes pour un homme
Les
pathologies identifiées de la thyroïde sont de plus en plus nombreuses
et affectent prioritairement les femmes. Le stress fait partie
des principaux accusés.
Deux
enquêtes réalisées conjointement par l'Insee et le Credes à onze
années d'intervalle (1980-1981 et 1991-1992) auprès respectivement
de 21 001 et 20 147 personnes concluaient, en leur temps, que
le nombre d'affections thyroïdiennes s'était multiplié par trois.
En ce qui concerne le cancer de la thyroïde, son taux en 1995
(Le
Cancer en France : incidence et mortalité. Situation en 1995.
Evolution entre 1975 et 1995. Par le Réseau Francim, sous l'égide
du ministère de l'Emploi et de la Solidarité - Secrétariat d'État
à la Santé, Direction générale de la santé. Diffusé par la Documentation
française, 29-31, quai Voltaire, 75344 Paris cedex 07. )
se révélait quatre fois plus important chez les hommes et presque
deux fois plus fréquent chez les femmes que vingt ans auparavant.
Ces dernières, qui l'emportaient déjà largement, restent malgré
cette évolution les plus touchées. Pour l'ensemble des pathologies
thyroïdiennes, on compte dix femmes malades pour un homme. De
l'avis général, la tendance à la hausse des pathologies thyroïdiennes
se confirme. Et les hommes sont de moins en moins épargnés. Parmi
les raisons invoquées pour expliquer cette explosion, on peut
citer une meilleure connaissance médicale de cette pathologie
: elle incite les médecins à effectuer des recherches de ce côté.
Et on trouve ce que l'on cherche ! Peut-être trop facilement,
d'ailleurs, ce que dénonce le Dr Yves Dumas . Seconde explication
: le progrès technologique, qui permet de diagnostiquer des nodules
deux fois plus petits qu'auparavant et d'analyser des taux anormaux
d'hormones bien avant qu'apparaissent les premiers signes pathologiques.
Autre facteur unanimement avancé : le stress et son intensité
grandissante, auquel les femmes doivent faire face. Au même titre
que les autres glandes endocrines, la
thyroïde appartient au système endocrinien, lui-même en relation
avec le système nerveux, lui-même en relation avec le psychique.
" Le stress est l'un des éléments de notre capacité d'adaptation
aux événements, résume le Dr Robert Viala,
endocrinologue et oligothérapeute. Dans le cas où la situation
stressante va au-delà de cette capacité d'adaptation, il s'introduit
un dysfonctionnement qui peut avoir des conséquences hormonales
thyroïdiennes. " Autre hypothèse : tout le système hormonal
se tient, ne serait-ce que parce qu'il est régulé par l'hypophyse
et l'hypothalamus. Ainsi, il n'est pas rare que des perturbations
thyroïdiennes apparaissent à des instants précis de la vie des
femmes : lors d'une grossesse ou d'un accouchement, ou encore
au moment de la ménopause. Il ne paraît donc pas invraisemblable
de penser que les méthodes de contraception ou de conception,
qui modifient " l'imprégnation " hormonale, influent
sur le fonctionnement thyroïdien. De même, la
pollution de l'eau et de l'air par certains pesticides, appelés
" oestrogene-like " parce que leur molécule s'apparente
à celle des oestrogènes naturelles,
et dont on suspecte la responsabilité dans la baisse de fertilité
masculine pourrait chez la femme agir préférentiellement sur la
sphère thyroïdienne. Dernière piste, enfin, le rôle que pourrait
jouer la vaccination contre l'hépatite B. Pour le Dr Isabelle
Autonne, " il existe une parenté antigénique entre certaines
parties du virus de l'hépatite B et le tissu thyroïdien. On peut
alors imaginer que le système immunitaire, leurré par ces similitudes,
prenne la thyroïde pour cible de ses attaques ". Enfin, il
existe sans doute un lien avec la pollution radioactive et le
rejet dans l'atmosphère de particules d'iode et de césium, particulièrement
lors de l'accident nucléaire de Tchernobyl.
LES
PRINCIPALES PATHOLOGIES DE LA THYROIDE
1-
L'hyperthyroïdie
Elle correspond
à une " surfabrication " d'hormones thyroïdiennes Cela
occasionne une production importante de chaleur qui provoque transpiration
excessive et sensation persistante de soif. À ces signes s'ajoutent
l'hyperactivité et la réactivité (signalées page 23). Sur le plan
biologique, l'hyperthyroïdie se caractérise par une élévation
de la T3L et de la T4L et un effondrement des valeurs de la TSH.
L'hyperthyroïdie se rencontre dans le cadre d'une maladie de Basedow,
en présence de certains nodules et d'un goitre et en cas de surcharge
en iode. Selon les estimations, de 3 à 12 % des sujets traités
par l'amiodarone (Corbionax®, Cordarone®) pour prévenir l'angine
de poitrine ou les troubles du rythme cardiaque seraient susceptibles
de développer une hyperthyroïdie. On la soigne à l'aide de médicaments
antithyroïdiens : comme le Néo-Mercazole® et le Basdène®. Ils
peuvent provoquer des allergies cutanées et surtout une altération
de la formule sanguine (agranulocytose) qui nécessite une surveillance
régulière. Autres traitements : l'iode stable sous forme de Lugol
et différents composés iodés, par exemple la Solubiloptine® ;
ils agissent en bloquant la sécrétion hormonale. La prescription
fréquente de bêtabloquants est destinée à freiner les tremblements
et palpitations cardiaques provoqués par l'hyperthyroïdie. Un
traitement par l'iode radioactif 131 est parfois proposé pour
ralentir progressivement l'activité de la glande. Une hypothyroïdie
peut s'ensuivre : elle doit être prévenue par des bilans effectués
tous les ans. Chez la femme en âge de procréer, la mise en place
d'une contraception est obligatoire durant les six mois suivant
l'administration de la dose thérapeutique d'iode 131. Dernière
possibilité, le traitement chirurgical : on enlève une partie
de la glande, pour diminuer la production d'hormones. L'hypothyroïdie
post-opératoire n'est pas rare, elle doit alors être compensée
par l'apport d'hormones Comment diagnostiquer et surveiller l'hyperthyroïdie
? En première intention, le dosage de la TSH est nécessaire et
suffisant. Lorsque la valeur de la TSH est normale, le diagnostic
d'hyperthyroïdie est éliminé. En deuxième intention, lorsque la
valeur de TSH est en baisse, il faut doser la thyroxine (T4) puis,
si besoin est, la triïodothyronine
(T3). Pour tout renseignement, voir le site de l'Anaes (Agence
nationale d'accréditation et d'évaluation en santé.)
: www.anaes.fr
2-
L'hypothyroïdie
C'est
une affection très commune, surtout chez le sujet âgé. Elle se
traduit par des signes généraux de ralentissement et se trouve
souvent associée à une hypercholestérolémie et à une anémie (manque
de fer). Le bilan hormonal s'intéressera au taux de thyroxine
(T4) et de TSH. Son traitement repose sur l'hormonothérapie substitutive
: L-T4 ou L-T3,
ou l'association des deux. Chez le sujet âgé, il est essentiel
de prendre du temps pour adapter le traitement, afin de ne pas
perturber la fonction cardiaque.
3-
Les nodules
Les nodules
sont souvent découverts lors de la palpation ou à l'occasion d'échographies
prescrites après un bilan hormonal signalant une hyperthyroïdie
Généralement bénins, ils sont fréquents chez la femme de plus
de 50 ans et concernent quatre femmes pour un homme. Leur présence
augmente avec l'âge: la moitié des plus de 60 ans présentent un
nodule à l'échographie. Ils donnent actuellement lieu à un interventionnisme
médical trop d'examens et d'interventions chirurgicales que
certains commencent à dénoncer.
La pratique systématique des scintigraphies
est montrée
du doigt, elle est aujourd'hui en perte de vitesse. " Cet
examen est souvent inutile ", lit-on dans Le Quotidien du
Médecin du 30 octobre 1999. L'échographie et les dosages d'hormones
sont, eux, essentiels La scintigraphie reste néanmoins indispensable
lorsque le taux de TSH est abaissé, car elle conduit à des indications
thérapeutiques différentes. La crainte de la découverte d'un nodule
réside dans sa nature potentiellement cancéreuse (de 5 à 15 %
des cas). Le problème est de les reconnaître pour les opérer.
L'intervention chirurgicale est indiquée devant un nodule dur,
fixe, qui croît rapidement, en présence de ganglions suspects
(nuque, carotide, et sous les mâchoires) ou en cas d'antécédents
familiaux alarmants, et davantage chez les hommes pour qui le
risque de cancer est deux fois plus important. La réalisation
d'une cytoponction peut apporter
des renseignements supplémentaires sur la nature du kyste.
L'opération
du nodule est également indiquée quand celui-ci perturbe le fonctionnement
de la glande et lorsqu'il détermine des gênes par compression.
Une intervention chirurgicale donne lieu à des récidives fréquentes
(1 cas sur 3) qui apparaissent sur l'autre lobe. Le traitement
hormonal par Lévothyrox® est très fréquemment instauré (56 % des
cas) car il exerce un effet retardateur sur la prolifération cellulaire.
4-
Le cancer de la thyroïde
Le nombre
de cancers thyroïdiens est en augmentation. On compte de 1 500
à 2 000 nouveaux cas par an (Impact Médecin hebdo n° 396, du 3
février 1998). Cette augmentation est due, disent les spécialistes,
au fait que les médecins savent mieux les dépister
qu'auparavant. Mais cette explication n'est pas entièrement satisfaisante.
Plus rassurant : son taux global de guérison est d'environ 70
%.
La pose
de son diagnostic reprend ce qui est dit ci-dessus en matière
de nodule. Il existe deux formes de cancers de la thyroïde : les
cancers dits différenciés qui atteignent le tissu thyroïdien lui-même,
c'est-à-dire les vésicules qui le constituent et qui secrètent
les hormones, et les cancers dits médullaires qui se forment à
partir d'une catégorie particulière de cellules, celles qui sécrètent
la calcitonine et que l'on appelle " cellules C ". Ces
derniers ne réagissent pas à la TSH et à l'iode. On retrouve pour
ces cancers une prédisposition génétique. La chirurgie est proposée
systématiquement. Seule variera l'ampleur de l'opération, elle
dépendra de la taille du nodule et de l'aspect des ganglions voisins.
Le plus souvent elle sera large, voire totale pour éviter les
récidives. À partir de-là, le suivi des cancers différenciés et
celui des médullaires divergent. Les premiers seront sensibles
à l'iode 131 radio-actif ; un traitement par la thyroxine est
prescrit et une surveillance régulière à vie est programmée. L'opération
d'un cancer médullaire est suivie de l'administration de thyroxine
à doses substitutives et la surveillance est basée sur le dosage
de la calcitonine, ou celui d'ACE (antigène carcino-embryonnaire)
moins spécifique. Il existe deux autres formes beaucoup plus rares
de cancer thyroïdien : le lymphome thyroïdien, qui survient surtout
chez les personnes victimes de la maladie de Haschimoto ; le cancer
anaplasique, très agressif et au pronostic difficile. En ce qui
concerne les traitements alternatifs du cancer, on pourra utilement
se reporter au hors-série d'Alternative
Santé - L'Impatient n° 18 de juin 1999.
5-
Les goitres
Les goitres
dits " simples " sont appelés ainsi parce qu'ils ne
perturbent pas la fonction hormonale et qu'ils ne sont pas associés
à une maladie de Basedow ou pathologie tumorale. C'est la maladie
thyroïdienne la plus fréquente. Elle concerne deux cents millions
de personnes dans le monde. Sa cause principale est la carence
en iode. Tout se passe comme si la glande augmentait de volume
afin de trouver coûte que coûte dans les moindres recoins de ses
tissus la quantité d'iode nécessaire à la synthèse des hormones.
Le goitre simple doit être surveillé car il peut de façon insidieuse
déboucher sur une hyperthyroïdie ou donner lieu à des nodules.
Le traitement est avant tout préventif. On peut chercher à améliorer
l'apport d'iode par des aliments en contenant (Fiches
pratiques). Il sera fait appel à la chirurgie si le goitre
occasionne des compressions ou déborde trop les limites normales
de la glande, ou encore pour des raisons esthétiques.
6-
La maladie de Basedow
Elle est
à l'origine d'une hyperthyroïdie. Il s'agit d'une maladie auto-immune
provoquée par des anticorps qui empêchent le contrôle de lathyroïde
par la TSH. Il s'ensuit une production excessive d'hormones thyroïdiennes.
Le mécanisme de déclenchement reste mystérieux. On note cependant
des susceptibilités génétiques et l'importance du stress psychologique.
Le tabagisme semble favoriser la survenue de certains troubles
liés à cette maladie. La maladie de Basedow se caractérise par
tous les signes de l'hyperthyroïdie ; mais également par la présence
d'un goitre homogène, diffus et symétrique, bien visible à la
scintigraphie ; ainsi que par des problèmes oculaires : les orbites
des yeux augmentent de volume
et les globes oculaires deviennent protubérants. Dans ces conditions,
la cornée des yeux, mal protégée, est fréquemment irritée. Généralement,
la maladie de Basedow se stabilise progressivement, elle guérit
parfois spontanément. Cette caractéristique doit inciter à réduire
les facteurs de stress et à agir comme s'il s'agissait d'une hyperthyroïdie
(antithyroïdiens de synthèse, iode stable, bêtabloquants d'une
part, iode radioactif ou chirurgie d'autre part). La grossesse
est contre-indiquée tant que la guérison n'est pas acquise.
7-
la maladie de Haschimoto
Il s'agit
là encore d'une affection auto-immune qui atteint la glande elle-même.
Elle touche dix fois plus souvent les femmes que les hommes. Elle
se traduit
fréquemment
par l'apparition d'un goitre accompagné d'une hypothyroïdie. Le
diagnostic est confirmé par la recherche d'anticorps, antithyroglobuline
et antiperoxydase. La maladie peut évoluer par poussées douloureuses,
comme dans le cas des autres maladies auto-immunes auxquelles
elle est parfois associée. Les patients atteints de maladie de
Haschimoto ont un risque plus élevé que le reste de la population
d'être atteints d'un lymphome (tumeur maligne) de la thyroïde.
8-
Thyroïdites
Ce terme
recouvre diverses maladies qui comportent toutes un goitre mais
peuvent s'accompagner d'hyperthyroïdie, d'euthyroïdie (taux d'hormones
thyroïdiennes normaux) ou d'hypothyroïdie, signes qui peuvent
se succéder chez le malade. Outre les maladies de Basedow ou de
Haschimoto d'origine auto-immune, il existe la thyroïdite
de De Quervain qui survient quelques semaines après une
infection de la sphère ORL. La thyroïde augmente de volume, elle
est sensible et douloureuse. Ces symptômes cessent à la prise
d'aspirine ou de paracétamol, et aux bêtabloquants quand il y
a des signes d'hyperthyroïdie. Le goitre régresse progressivement.
La thyroïdite silencieuse, quant
à elle, apparaît surtout dans la période après l'accouchement
et concernerait 5 % des femmes. Elle se caractérise par des signes
d'hyper- ou d'hypothyroïdie associés à la présence d'un goitre
diffus, indolore. Elle se rapproche parfois de la maladie de Haschimoto.
La guérison est spontanée au bout de deux à trois mois. Mais environ
la moitié de ces patients passent
en hypothyroïdie définitive trois à cinq ans après la première
thyroïdite.