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Octobre
2000
Une
glande capitale
On
dit du papillon que le frémissement de ses ailes peut provoquer
un tremblement de terre à des milliers de kilomètres... La thyroïde,
dont la forme rappelle celle du papillon, a elle aussi un "
rayon d'action " sans commune mesure avec sa taille.
Située à la base du cou et en quelque
sorte fixée sur le larynx, la thyroïde en suit les mouvements
lors de la déglutition. Elle est formée de deux lobes (droit et
gauche) disposés de part et d'autre du larynx et reliés par un
isthme, ce qui lui donne cette allure de papillon. Les lobes ont
en moyenne 4 à 6 centimètres de hauteur, environ 2 centimètres
de largeur et d'épaisseur. Soit un volume total de 10 à 16 cm3.
Ne pesant guère qu'une vingtaine de grammes, elle est d'une importance
capitale pour le bon fonctionnement de l'organisme. Elle fait
partie du système endocrinien et sécrète deux types d'hormones
: la T3 ou triiodothyronine, et la T4 ou tétraïodothyronine, plus
communément appelée thyroxine. La présence de la racine "
iodo " dans ces noms indique que l'iode est indispensable
à la fabrication des hormones thyroïdiennes. Une fois synthétisées,
la T3 et la T4 gagnent le circuit sanguin où elles circulent en
étant liées à des protéines du plasma. On peut doser de façon
globale les hormones T3 et T4 (elles seront appelées " totales
") ou leurs fractions libres qui sont appelées T3L et T4L.
Un
fragile équilibre d'importance
cruciale
Le fonctionnement de la thyroïde
est contrôlé par l'hypophyse, située dans le cerveau, via une
hormone hypophysaire : la TSH (thyréo-stimuline-hypophysaire)
(La sécrétion de cette TSH
par l'hypophyse est sous la surveillance d'une autre glande, sise
également dans le cerveau : l'hypothalamus.).
Quand l'hypophyse est avertie qu'il n'y a plus assez d'hormones
thyroïdiennes dans le sang, elle produit de la TSH. Parvenue à
la thyroïde, la TSH donne l'ordre à la thyroïde d'en fabriquer.
Les hormones thyroïdiennes exercent à leur tour un rétro-contrôle
: la synthèse et la libération de la TSH sont fortement inhibées
par la quantité d'hormones thyroïdiennes circulantes. Par ailleurs,
la sensibilité de la thyroïde à la TSH est fonction de l'iode
contenu dans la glande : la carence en iode augmente sa réponse
à la TSH, tandis que la suffisance en iode la diminue. La thyroïde
synthétise une autre substance : la calcitonine, dont l'action
est indépendante de tout système hormonal. Un équilibre bien fragile
pour une glande aux multiples fonctions. Ses hormones stimulent
la croissance des muscles et du squelette. Elles modulent le rythme
cardiaque, les contractions neuro-musculaires, la circulation
sanguine et le transit intestinal. Elles règlent également le
" tirage " des combustions de tout l'organisme en accélérant
l'assimilation des sucres, la synthèse des protéines et la dégradation
des graisses. Enfin, le fonctionnement thyroïdien interfère avec
celui des autres glandes endocrines : les ovaires, par exemple.
On l'aura compris, la thyroïde joue
un rôle clef pour l'organisme. Rôle qu'elle effectue mal si elle
secrète trop ou pas assez d'hormones. On parle alors d'hyper-
ou d'hypothyroïdie. Les dysfonctionnements se traduisent par de
multiples signes cliniques. De façon générale, l'hypothyroïdie
se caractérise par un mot : ralentissement. Celui du
rythme cardiaque, du transit intestinal (constipation), de la
vitesse à se réchauffer (frilosité), signes auxquels s'ajoutent
une fatigue physique à l'effort, des crampes musculaires, une
prise de poids, des troubles de la libido, un syndrome sec (yeux
sensibles, peau sèche, chute de cheveux, pertes de mémoire), un
syndrome dépressif, avec sensation d'être " gonflé "
(yeux, doigts, paupières)... L'hyperthyroïdie
fait basculer tous ces signes : c'est l'accélération.
Tendance aux palpitations cardiaques, aux diarrhées, à la transpiration
excessive. Les sujets hyperthyroïdiens sont toujours " speedés
", ils parlent beaucoup, de manière parfois agressive. "
De façon générale, conclut le Dr Paule Nathan, endocrinologue-nutritionniste
à Paris, les hyperthyroïdiens ont du mal à être freinés. Fort
heureusement, ces signes ne sont pas tous présents à la fois.
C'est la convergence d'un certain nombre d'entre eux qui oriente
le diagnostic. Il ne sera définitif qu'après les résultats des
bilans sanguins : dosage d'hormones thyroïdiennes et de TSH. Là
encore, il faut faire attention : il y a des personnes qui se
trouvent très bien avec des taux de TSH élevés, et d'autres qui
se trouvent mal avec des taux "normaux" ou presque.
Dans ce domaine, l'état du patient, ce qu'il exprime, est aussi
important à considérer que les résultats des dosages. "
Il est certain enfin que des troubles
divers associés à des taux d'hormones thyroïdiennes " anormaux
", ainsi que la découverte à la palpation d'une thyroïde
augmentée de volume ou présentant des nodules, doit conduire à
des examens complémentaires : échographie, scintigraphie, voire
cytoponction pour prélever des tissus de la glande à fin d'analyse.