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Claire
Naud, ouvrière dans une entreprise de sérigraphie des Pyrénées-Atlantiques,
a été exposée pendant sa grossesse à des éthers de glycol. Sa
fille Roxane, 8 ans, née en 1992, ne marche pas, ne parle pas,
elle pèse 12 kilos et présente des malformations osseuses. Sa
maman témoigne.
ALTERNATIVE
SANTÉ - L'Impatient : Avez-vous bénéficié de mesures de
protection lorsque vous étiez enceinte ?
Claire Naud : Je n'ai pas changé
de poste. L'entreprise dans laquelle je travaillais fournit des
t-shirts imprimés. Mon travail consistait à nettoyer les cadres
qui avaient servi à l'impression. Pour cela, je manipulais des
solvants. Ma seule protection consistait en une paire de gants
en plastique qui, s'agrandissant et se perçant au fil du temps,
n'empêchaient pas le contact avec les éthers de glycol. Il n'y
avait aucune ventilation dans l'atelier. À l'époque, le médecin
du travail m'a dit qu'on manquait de recul pour évaluer le risque
des éthers de glycol [ils existent depuis les années 30 et les
premières études toxicologiques datent des années 70, ndlr]. Il
a seulement suggéré à mon employeur de me changer de poste. Ce
qu'il a refusé. J'ai été arrêtée au sixième mois, le foetus n'évoluait
pas normalement.
Y a-t-il eu d'autres
cas dans l'entreprise ?
Avant la naissance de Roxane, une
autre femme a fait une fausse couche spontanée sur le lieu de
travail. Elle souffrait également de problèmes cutanés qui n'ont
pas été reconnus comme maladie professionnelle. Elle n'est plus
dans l'entreprise. Une autre femme a eu des tumeurs au foie, selon
elle, bénignes. Elle a quand même subi trois longues opérations.
Et a d'ailleurs donné naissance à une petite fille atteinte d'une
maladie génétique. Elle soupçonnait tous ces problèmes de santé
d'être liés à la manipulation des éthers de glycol. Mais les gens
ont peur de perdre leur emploi. Elle faisait construire une maison
et devait conserver son travail ou alors tout remettre en question.
Comment s'est comporté
votre employeur ?
Une fois j'ai craqué, j'ai été lui
dire que la maladie de ma fille était peut-être due aux produits
manipulés dans l'entreprise. Il a répondu : " Ah bon, vous
croyez, quels produits ? " Quand j'ai évoqué les éthers de
glycol, il a dit ne pas être au courant. Si c'était le cas, je
devais apporter la preuve de leur toxicité.
Jusqu'à votre licenciement
en mai 2000, étiez-vous mieux informée des risques?
Sur certains bidons de solvants,
maintenant, il est indiqué " nocif " sans autre précision.
Sur d'autres, il y a une tête de mort avec la mention " toxique
". La ventilation a été installée, mais elle n'est pas adaptée
et rarement mise en marche. Le bruit gène certains. Lors
de sa dernière visite, l'inspecteur du travail a juste fait installer
l'eau chaude dans l'entreprise. Il n'y en avait pas et on avait
tendance à se nettoyer avec le solvant. Avec lui, les salissures
partent plus vite, ça fait moins mal. C'est ce qu'on pense.
Propos recueillis
par Hervé Brezot et Eric Lefebvre
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Un
autre suspect
Parmi les éthers de glycol de la
famille E et non classé parmi les quatre toxiques pour la reproduction
figure un composé, l'EGBE (Ethylène Glycol n-Butyl Ether) plus
couramment appelé le butyl glycol, très utilisé dans l'industrie.
Une première étude pratiquée sur des souris a prouvé son effet
cancérogène pour le foie et l'estomac du rongeur. " Testé
sur des rats, l'EGBE n'a induit aucune tumeur ", explique
Luc Multigner, chercheur à l'Inserm. " Du point de vue strictement
scientifique, les données ne sont pas suffisantes pour conclure
à un risque cancérogène, mais il y a un doute ", poursuit-il,
interdire ou non son utilisation, la réponse est du ressort des
gestionnaires du risque. Appliquer ou non le principe de précaution,
telle est la question à laquelle seuls les pouvoirs publics doivent
répondre. " L'EGBE est présent à plus de 10 % dans les parfums,
les désodorisants, les décolleurs de papier peint, les décapants
pour four, les nettoyants multi-usages, les liquides-vaisselle,
les lave-vitres...
H. B.
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