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Octobre 2000

15 ANS APRES...

LES RETOMBÉES DE TCHERNOBYL

Editorial

 

 
 

 

 

 

Impossible d'affirmer que l'augmentation du nombre d'affections thyroïdiennes constatée ces vingt dernières années est liée à l'accident de Tchernobyl. Mais les faits s'accumulent, troublants.

   

Le 26 avril 1986, le quatrième réacteur de la centrale nucléaire de Tchernobyl, dans le nord de l'Ukraine (à la limite du territoire de Biélorussie), explosait, envoyant dans l'atmosphère un nuage chargé d'éléments radioactifs. De l'iode 131 et du césium 137 retombaient sur le Vieux Continent.

Les bilans qui parviennent de Biélorussie, d'Ukraine et du sud de la Russie font état d'une multiplication (entre dix et cent fois, selon les régions) du nombre des cancers de la thyroïde survenant chez des jeunes adultes âgés de moins de 18 ans lors de la catastrophe. C'est ce qu'indique un rapport d'avril 1999 de l'Institut français de protection et de sûreté nucléaire (IPSN) qui suspecte en outre une recrudescence des malformations congénitales. D'autres pathologies sont également constatées : un plus grand nombre de nodules thyroïdiens et une fréquence plus élevée de thyroïdites. Deux études publiées en 1996 et 1997 par la revue Nature font état d'un accroissement des cas de leucémies (+ 160 % en Grèce ; + 50 % en Allemagne en 1997). Pourtant moins exposée que le reste de l'Europe, la France a subi elle aussi les retombées du nuage radioactif. Du lait de chèvre prélevé en Corse le 12 mai 1986 révélait un taux de 4 400 becquerels d'iode 131 par litre, taux près de dix fois supérieur aux limites de contamination adoptées par la Commission européenne le 6 mai 1986. Une salade achetée sur un marché du Var le 2 mai 1986 et analysée par le Commissariat à l'énergie nucléaire de Cadarache contenait une douzaine de radionucléotides, correspondant à 7 260 becquerels par kilogramme de produit. À l'automne de la même année, la CRII-Rad (Commission de recherche et d'information indépendante sur la radioactivité) alerte les autorités sur la contamination du foin (qui émet de l'ordre de 10 000 becquerels par kilogramme de fourrage), risquant d'occasionner celle de la viande de bétail et des consommateurs. Jamais ces résultats ne seront suivis de mesures de précaution de la part des autorités françaises.

"Nous avons, indique Coralie Sassolat, de la CRII-Rad, constitué un volumineux dossier sur l'impact de Tchernobyl en France. Avant de déposer une plainte auprès de la Cour de justice de la République, il nous reste à corroborer ces faits avec des pathologies thyroïdiennes survenues aux personnes résidant en mai 1986 dans une bande de territoire allant de la Corse à l'Alsace-Lorraine, en passant par les Alpes-Maritimes, la Drôme et le Jura". De son côté, Chantal Lhoir, présidente de l'Association française des malades de la thyroïde, est persuadée que la maladie de Haschimoto dont elle souffre est liée à l'accident de Tchernobyl. Comme elle, beaucoup de malades, enfants et adolescents à l'époque de la catastrophe, s'interrogent sur la relation entre les retombées de Tchernobyl et leur maladie.

Yohann Van Waeyenberghe, de Reims, a porté plainte devant la Cour de justice de la République contre trois ministres en exercice en 1986 : Charles Pasqua alors ministre de l'Intérieur, Michèle Barzac à la Santé et Alain Carignon à l'Équipement. Atteint d'un cancer de la thyroïde diagnostiqué en 1993, il avait à peine 17 ans lorsque le nuage radioactif a contaminé la région de Champagne-Ardennes. Malgré l'avis d'un médecin-expert concluant qu'il existait de nombreux arguments en faveur d'un lien entre la pathologie de Yohann Van Waeyenberghe et l'irradiatIon consécutive à la catastrophe de Tchernobyl, la plainte du Rémois n'a pas été jugée recevable. Michèle Rivasi, députée de la Drôme, co-auteure de l'ouvrage Ce nucléaire qu'on nous cache (Ce nucléaire qu'on nous cache, Michèle Rivasi et Hélène Crié, éd. Albin Michel...) et fondatrice de la CRII-Rad, a demandé la création d'une véritable commission d'enquête sur les évaluations sanitaires des conséquences de l'accident nucléaire de Tchernobyl. " Parce que nous avons le sentiment, explique-t-elle, que l'information sanitaire sur le sujet est bloquée. Certains médecins qui ont voulu parler ont subi des pressions. " Dominique Voynet, ministre de l'Environnement, estime qu'il est urgent de procéder à des études épidémiologiques. Il serait temps !


 

 

 

 

 

 

 

 
 
 
 

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