Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
Novembre
2000
L'insuffisance
hépatique
Roule ta bile !
Dormez-vous
bien ? Vous réveillez-vous frais et plein
d'appétit ? Votre langue, bien rose ? Un peu de constipation,
peut-être ?
Et cette fatigue, cette lassitude ? Si l'on cherchait du côté
du foie
À
force de s'entendre dire que la crise de foie n'existe pas, que
ce prétendu mal est totalement inconnu sitôt passées
les frontières, les Français n'osent plus parler
de cette nausée qui les prend parfois après manger
et ne les lâche plus pour quelques heures voire quelques
jours.
C'est un mal de tête insistant, une vague envie de vomir,
un dégoût de manger, voire un petit pincement, là,
à droite sous les côtes. On avoue cette faiblesse
entre copains, entre collègues, dans un moment de relâchement.
Avec un peu de pratique, le malaise s'apprivoise : on se met à
la diète ou à une nourriture extra-légère,
on ressort les sachets de verveine pour deux ou trois tisanes.
Puis l'appétit revient. Mais cette gêne conduit parfois
chez le médecin.
" Docteur, je crois souffrir d'insuffisance hépatique
", dira le patient, soucieux de ne pas agacer son interlocuteur.
Mais le Dr Nathan, nutritionniste (lire page 30), répond
: " Sensibilité hépatique ". Et explique.
Un repas riche en graisses exige beaucoup de sels biliaires pour
être digéré en souplesse. Le foie fabrique
ces sels biliaires : s'il est trop souvent ou trop intensément
sollicité, il ne peut pas répondre à la demande,
d'où les malaises.
Le processus s'applique aussi à l'absorption anarchique
de médicaments : " Les enzymes du foie ont (entre
autres) à charge d'éliminer la partie inutile des
médicaments, soit 80 à 85 % du produit ", souligne
le Dr Pierre Zimmermann, gastro-entérologue. Les notices
mettent systématiquement en garde contre les mélanges
irréfléchis.
Autre hypothèse, la production de bile ne coïncide
plus avec l'arrivée du bol alimentaire, parce que l'on
mange trop tôt ou trop tard par rapport à l'habitude.
Analyse de sang
Reste que, pour être traité, le mal exige une enquête.
Le médecin vous palpe, fait analyser votre sang. Il demande
au laboratoire le taux de différentes enzymes qui y transitent
habituellement en proportions discrètes : transaminases,
Gamma GT, bilirubine, phosphatases alcalines. L'excès de
Gamma GT trahit soit un penchant pour l'alcool, soit une exposition
répétée à des produits chimiques volatils
(la laque pour les coiffeurs, les solvants à peinture pour
les peintres ). Le médecin fait aussi vérifier
le dosage des autres productions habituelles de l'usine hépatique
: albumine, prothrombine, urée, anticorps, cholestérol,
glycémie (sucre). Il vous échographie, voire vous
radiographie. Rien qui dépasse. Les rouages fonctionnent.
" L'insuffisance hépatique n'existe pas, martèle
le Dr Pierre Zimmermann. Parlons plutôt d'insuffisance hépatocellulaire,
c'est-à-dire affectant les fonctions habituellement exercées
par les cellules du foie. " Le foie est en régénération
permanente. Ses cellules vivent de un an à dix-huit mois
puis sont remplacées. Lorsque les analyses de sang dénoncent
une atteinte de la fonction hépatique, c'est qu'elle est
notoire : " Le foie peut très bien fonctionner sur
25 à 30 % de sa capacité, explique le médecin.
L'insuffisance hépatocellulaire réelle signifie
une maladie grave. "
La médecine alternative entend plus facilement la souffrance
diffuse des " insuffisants hépatiques ". Jean-Luc
Emo, conseil en phyto-aromathérapie et nutrition au Centre
d'éducation et de prévention sanitaire de Rouen
(Seine-Maritime), leur suggère d'arrêter la viande
le soir - rien que pour voir. Il leur propose, pendant trois semaines,
une cure de plantes sous forme de tisanes : artichaut en feuilles,
pissenlit, romarin, fumeterre, verveine officinale. Le boldo,
le souci, sont aussi à l'honneur.
Tant mieux si c'est amer
N'ajoutez pas de sucre, tant mieux si c'est amer : " C'est
l'amertume qui stimule la production de bile. " Jean-Pierre
Raveneau-Sabardeil, docteur en pharmacie et herboriste à
Paris, conseille aussi à quiconque a trop forcé
sur la bouteille : le Chrysantellum americanum, qui divise par
deux le taux d'alcoolémie dans le sang.
Au bout de quinze jours de tisanes, les Gamma GT, ces enzymes
dont l'excès peut dénoncer un alcoolisme chronique
se font toutes petites. Les impénitents peuvent se racheter
une conduite tous les deux mois - la cure coûte environ
90 francs. En outre, l'herboriste parisien ajoute l'aubier.
Mais, si le laboratoire fait état d'anomalies dans la composition
du sang, la dite insuffisance hépatique peut cacher des
maladies plus graves. Les hépatites, c'est-à-dire
des inflammations du foie, sont les plus courantes (lire encadré
page 32).
Le Dr Pierre Zimmermann évoque une augmentation des hépatites
médicamenteuses : " En principe, ce type d'hépatite
régresse dès lors que l'on arrête les médicaments
incriminés - ou les plantes, dont l'excès est aussi
toxique. " Il fait notamment état des dangers potentiels
de la germandrée petit-chêne, vantée pour
des vertus toniques et cholérétiques (voir définition
page 21) (1).
Les ravages
de la cirrhose
La cirrhose est une des complications de l'hépatite. Les
cellules du foie sont irréversiblement détruites,
remplacées par des cicatrices qui durcissent la partie
atteinte. Tout autour, les cellules vivantes se désorganisent
et forment des nodules. Au fil des ans (car une cirrhose met dix
ou vingt ans à se déclarer), le foie se hérisse
d'obstacles entravant la circulation sanguine. La pression monte
à son entrée : l'organisme souffre d'hypertension
portale (de la veine porte).
À la sortie du foie, c'est aussi la débâcle
: le pigment biliaire, la bilirubine, va se promener dans le sang,
jaunissant le teint. Le ventre est parfois gonflé par un
épanchement liquide, venu des cellules interstitielles
du foie, dans le péritoine qui enveloppe l'abdomen : c'est
l'ascite. La cirrhose peut faire le lit d'un cancer du foie (lire
hors-série cancers n° 18, Alternative Santé
- L'Impatient).
" En France, 80 % des cirrhoses relèvent d'une hépatite
alcoolique ", affirme le Dr Pierre Zimmermann. Du bien-vivre
à l'alcoolisme chronique, il n'y a qu'un petit glissement
: attention à la marche, elle est quasi invisible (lire
page 33). l
Monique Devauton
(1) Le Guide
des plantes médicaments, par le Dr Roger Moatti et Guy
Deluchey, coll. Marabout service, Marabout Belgique, 1985.