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"Il faut
avoir le courage et l'humilité de se pencher sur le passé,
plaidait le Pr Bernard Glorion, président du Conseil national
de l'Ordre des médecins, le 15 mars 2000, au colloque organisé
à l'Assemblée nationale sur "L'accès
au dossier médical et les droits de la personne malade".
Et en finir avec l'idée que le médecin est un personnage
tout puissant, possesseur du dossier du malade. Il s'agit d'une
culture qu'il faut modifier. "
Dans son ensemble, le corps médical réagit mal à
ces perspectives. Le même jour, le Quotidien du Médecin
publiait les résultats d'un questionnaire proposé
à ses lecteurs. Sur les 630 réponses obtenues, près
de 60 % des médecins exprimaient leur refus de l'accès
direct au dossier médical par le patient (1). Alors que,
du côté du public, il y a une réelle attente,
si l'on en croit un sondage Ipsos-Panorama du Médecin réalisé
à l'entrée de l'été : 96 % des Français
y sont favorables.
Le décalage entre la position des professionnels et celle
des usagers augure de la vivacité des débats que
le projet de loi risque de susciter à l'Assemblée
lorsqu'il y sera présenté. Car ces deux chiffres
ne disent rien des désaccords encore plus profonds, concernant
par exemple les conditions d'accès à ce dossier
: quelles pièces du dossier (signées ou non signées
du médecin ; devenir des " notes de travail "
rédigées par le praticien) seront disponibles, quelles
procédures de demandes et quels délais, etc., seront
proposés. Alain-Michel Ceretti, président de l'Association
Le Lien (2 ) (Lutte, information, études des infections
nosocomiales) créée en avril 1998 pour aider les
victimes d'accidents thérapeutiques dus à des infections
nosocomiales (3 ), atteste de ces difficultés. " En
1999, nous avons reçu environ 800 demandes de malades et
de leurs familles : 30 % disposaient déjà de leur
dossier ; les 70 % restants rongeaient leur frein. Devant l'immobilisme
et/ou la mauvaise foi rencontrés, 30 % de ceux-ci ont abandonné
par lassitude. Quant à ceux qui persistaient dans leur
action, 80 % d'entre eux n'ont obtenu satisfaction qu'après
des mois voire des années de démarches et d'attente.
Pour nous, ce n'est pas l'obtention du dossier qui constitue l'obstacle
majeur à une action ou à une information, mais le
délai d'attente. C'est éprouvant et cela renforce
l'idée qu'on cache quelque chose. Par ailleurs, la tenue
des dossiers est souvent imparfaite : il manque des données,
des éléments, des dates
"
Un arrêt de la Cour de cassation, signé le 25 février
1997, a renforcé l'information en obligeant le praticien
à apporter la preuve qu'il a bien informé le patient
des risques encourus par l'acte proposé. Mais le corps
médical tente de s'y opposer, en arguant de la difficulté
pour les malades de comprendre les propos médicaux. Un
article paru dans le Quotidien du Médecin, l'un des principaux
organes d'information du corps médical, publié le
29 mars 2000 sous le titre : " Peu de patients assimilent
l'information qui leur est donnée ", présente
une étude prospective réalisée par le Dr
Claude Savornin (et ses collaborateurs) de Paris, présentée
à l'Académie de chirurgie le 22 mars. Que lit-on
sous ce titre ? Que dans les conditions actuelles, sur 78 patients
relevant d'une chirurgie orthopédique, 42, soit plus de
la moitié, ont retenu 100 % des informations reçues
concernant le diagnostic, les conséquences éventuelles
de l'opération, la technique opératoire utilisée,
les soins postopératoires, les complications possibles
(hémorragie, infection, raideur articulaire
) et le
pronostic. Représentant tous les publics et toutes les
professions, les résultats de ce panel sont plus qu'encourageants
sur la capacité des malades à retenir ce qui leur
est correctement expliqué. Il suffirait donc d'améliorer
un peu la qualité de l'information pour qu'elle devienne
accessible à presque tous.
De fait, ce piètre exercice de dévalorisation du
malade va à contre-courant des propositions d'Edouard Couty,
directeur des hôpitaux : " Il faut aller, affirmait-il
le 15 mars 2000 au Colloque réunie à l'Assemblée
nationale, vers une confiance debout, éclairée,
dans une relation adulte. On sait que la responsabilité
du malade est aujourd'hui plus grande, le médecin doit
accompagner ce changement. Il ne faut pas seulement une évolution
législative, il faut qu'elle soit culturelle. "
Destinée à placer le malade au cur des activités
de soins, la modernisation du système de santé échouera
si tous les acteurs de cette évolution ne sont pas animés
d'une véritable volonté politique, c'est-à-dire
d'un souci vrai pour le bien de l'ensemble des citoyens. "
Laisser leur place aux usagers est une chance extraordinaire de
faire évoluer le système ", renchérissait
Etienne Caniard, secrétaire du Comité national d'orientation
des États généraux de la santé.
C'est ce que défend vigoureusement le Collectif interassociatif
sur la santé (Ciss) (4), qui suit de très près
le projet de loi. C'est le sens de la lutte du NBCC américain,
telle que l'entend sa présidente Frances M. Visco (lire
interview page 37). Mais il restera beaucoup à faire, même
si la loi est votée. l
Cécile Baudet
(1) L'enquête
réalisée par le Quotidien du Médecin auprès
de ses lecteurs comprenait six questions, notamment :
- Pensez-vous que l'accès du patient aux informations médicales
le concernant va modifier la relation médecin-malade ?
- Peut-il modifier le consentement du patient à certains
traitements ?
- Peut-il compromettre le secret médical ?
- In fine, êtes-vous favorable à l'accès du
patient à son dossier médical ?
(2) Tél. : 01 69 07 26 26. Internet : www.citeweb.net/lien
(3) Infection acquise par un malade au cours d'un séjour
hospitalier.
(4) Le Collectif interassociatif sur la santé (CISS), regroupe
20 associations : AFD, AFH, AFLM, AFM, AFP, Aides, APF, CSF, FFAAIR,
Familles rurales, Fnamoc, Le Lien, LCC, Orgeco, Reshus, UFC-Que
Choisir, UFCS, Unaf, Unafam, Unapei.
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Quelques
points du projet de loi
® Le projet de loi concerne l'aléa thérapeutique.
Il vise à créer au niveau régional une instance
administrative, présidée par un magistrat, qui aurait
une double tâche : dénouer les conflits par la conciliation
; apporter une réponse aux usagers victimes d'aléas
thérapeutiques (les victimes de l'hépatite C, par
exemple, lors d'une transfusion), quand il n'y a pas faute médicale.
Il s'agirait d'apporter un dédommagement financier à
la victime grâce à un fonds d'indemnisation.
Ce projet comporte également la possibilité pour les
personnes malades ou atteintes d'affections chroniques d'être
assurées et d'accéder alors plus facilement à
des prêts bancaires ou immobiliers.
® Concernant l'accès au dossier médical, le texte
de loi tient compte du souci des psychiatres et prévoit une
exception à l'accès direct au dossier médical
pour les personnes souffrant de troubles mentaux et hospitalisées
sans leur consentement. Quant au délai prévu pour
la transmission des informations au malade, il est de huit jours
à compter du dépôt de la demande, après
expiration d'un délai de réflexion de 48 heures. Pour
les informations anciennes (de plus de cinq ans), le délai
est porté à deux mois. C. B.
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