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Novembre 2000

Frances M. Visco, avocate

Editorial



 

 

 

" Il faut secouer le système en place et que chaque femme soit impliquée dans les décisions la concernant "

 



Il y a treize ans, Frances M. Visco, avocate, est atteinte d'un cancer du sein. Elle prend part activement au traitement de sa maladie et découvre le peu de cas qu'il est fait du malade. Cette prise de conscience la conduit à participer à la création du NBCC, National Breast Cancer Coalition, dont elle est aujourd'hui présidente. À l'occasion d'un passage à Paris dans le cadre du 10e Congrès international sur les traitements du cancer (IACT), Frances M. Visco a bien voulu répondre à nos questions ainsi que Jennifer Levine, l'une de ses collaboratrices .

ALTERNATIVE SANTÉ - L'Impatient : Comment vous est venue cette prise de conscience que les malades devaient prendre en mains leur maladie ?

Frances M. Visco : Lors de mon cancer, je n'ai pas eu personnellement de difficultés à obtenir les informations dont j'avais besoin. Mais j'ai dû faire la plupart des recherches moi-même. Cela n'est pas normal. Par ailleurs, si j'ai eu la chance de bénéficier alors des soins des meilleurs médecins dans les meilleurs hôpitaux, ce n'est pas le cas de la majorité des femmes aux États-Unis. Cela est injuste.

Cette expérience vous a conduite à créer le NBCC (National Breast Cancer Coalition), dans quel but ?

Jennifer Levine : C'est un groupe de femmes qui a créée le NBCC, pour rompre avec l'inertie ambiante. Médecins et malades se contentaient du rythme des innovations, il faut aller plus vite et pour cela secouer le système en place. Et faire en sorte que chaque femme soit impliquée dans toutes les décisions la concernant.

Le NBCC est devenu une organisation importante. Comment expliquez-vous qu'elle ait grandi aussi rapidement ? Avez-vous rencontré des résistances ? A-t-il été important que vous soyez femme et avocate ?

Frances M. Visco : Le NBCC a grandi rapidement parce qu'il correspondait, aux États-Unis, à une immense attente des femmes et des hommes. Une fois constitué, le groupe a su utiliser les contacts qu'il avait avec des avocats pour interpeller tous ceux qui détenaient le pouvoir, en matière de cancer du sein en particulier. Nous avons rencontré des résistances de toutes sortes et avons réussi à les surmonter parce que nous avons refusé de céder. Nous avions le pouvoir du nombre. Nous avons fait également l'effort de nous former dans les domaines médical, scientifique, juridique, économique… Ainsi, quand nous intervenions, nous savions de quoi nous parlions. Pour nous, le cancer du sein n'est plus une maladie, mais s'inscrit dans une lutte pour les droits de la femme. Cette idée est devenue un message très puissant.

Les médecins ont-ils pris part à votre association ? Ou ont-ils combattu cette évolution ? Comment les médias se sont-ils impliqués dans votre combat ?


Frances M. Visco : Quelques médecins ont été partie prenante dès la constitution du NBCC et ont travaillé dans le sens d'un réel changement. D'autres n'ont pas été heureux que nous prenions la parole, parce qu'ils ne se faisaient pas à l'idée de devoir désormais partager leur pouvoir. Maintenant, la plupart d'entre eux sont contents de travailler avec nous. Ils trouvent de l'intérêt à avoir comme collaborateurs des malades informés et puissants. De leur côté, les médias nous ont aidés. Sans doute parce qu'il s'agissait d'un phénomène nouveau : il n'existait pas grand-chose alors, à propos des droits des patients, mis à part le mouvement des malades atteints du sida. Beaucoup de représentants des médias féminins étaient impatients de publier notre travail.

Vous insistez sur le caractère politique de votre lutte, pourquoi ?

Frances M. Visco : Notre lutte est politique. En ce qui concerne le cancer, celui du sein spécialement, tout est politique : de l'argent nécessaire à la recherche aux lois qui déterminent l'accès aux soins, des règles qui protègent la vie privée à celles qui veillent à la formation des médecins. Si nous voulons éradiquer la maladie, les malades doivent devenir des collaborateurs des scientifiques et des médecins. Cela demande des changements d'ordre politique.

Est-ce que la NBCC est suivie dans d'autres pays, particulièrement en Europe ?

Jennifer Levine et Frances M. Visco : Il existe quelques groupes NBCC qui se sont formées en Europe et en Australie, mais peu. Nous espérons qu'il y en aura beaucoup plus pour que les patients du monde entier puissent obtenir les changements nécessaires. Cela arrivera seulement si nous constituons un réseau international plus nombreux, donc plus fort et plus efficace, car tous les malades partageront leurs informations et leurs stratégies. l

Propos recueillis par C. B.

NBCC :
1707 L Street, NW, Suite 1060 Washington, DC 20036.
Tél. : (202) 296-7477 ; fax : (202) 265-6854.

 

 

 

 

 

 
 
 
 

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