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Novembre 2000

JUSTICE
Un vrai pas vers le pluralisme thérapeutique

Editorial



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Deux jugements récents viennent appuyer ceux qui réclament le droit de soigner leur cancer ou une maladie grave avec des traitements
non reconnus. Une victoire pour les médecins et patients attachés
au pluralisme thérapeutique.

 

C'est une première! Le Conseil d'État vient de casser le jugement de l'ordre des médecins qui avait condamné, au mois d'octobre 1996, le Dr Didier Moulinier, médecin à Bordeaux, à deux mois de suspension du droit d'exercer la médecine. Motif : il prescrivait " des remèdes insuffisamment éprouvés qui pouvaient faire courir aux patients des risques injustifiés ".
Depuis plusieurs décennies, des médecins sont régulièrement poursuivis et condamnés par leur Ordre pour utilisation de " remèdes insuf-
fisamment éprouvés ". Une appellation qui permet à l'Ordre de combattre l'utilisation des thérapeutiques complémentaires du cancer et des maladies graves . Fruit d'un arbitraire qui cache mal les jalousies de certains médecins face aux résultats de ces thérapeutiques, les condamnations interviennent sans preuves et en l'absence de plaintes des malades ; ceux-ci au contraire soutiennent leurs médecins.

Un cas exemplaire
Le cas du Dr Moulinier est exemplaire. En 1984, il obtenait sa thèse de doctorat en médecine avec une étude de plusieurs dizaines de cancéreux utilisant des traitements conventionnels et complémentaires. Titulaire d'un diplôme de cancérologie de l'université de Paris-Nord (où il était étudiant d'un de nos cancérologues les plus réputés, le Pr Israël), il connaît bien ces traitements et, contrairement à ce qu'on lui reproche, il les a " éprouvés " sur le plan scientifique comme sur le plan médical. Il participe régulièrement aux séminaires médicaux, notamment du Gretac (Groupement de recherches et d'études des thérapeutiques allopathiques et complémentaires), où il confronte ses résultats avec ceux de ses confrères (Gretac, 26, chemin Plaine, 09000 Saint-Jean-de-Verges. Tél. : 05 61 05 28 44.). Il a eu plusieurs fois maille à partir avec l'Ordre. Après sa condamnation en 1996, sûr de son droit, il fait appel du jugement auprès du Conseil d'État. Celui-ci annule la condamnation, qu'il trouve insuffisamment motivée : il reproche à l'Ordre d'invoquer des risques injustifiés sans préciser lesquels et sans se référer à des dossiers précis de malades.

" C'est une avancée significative ", explique un de ses confrères du Gretac, lui aussi diplômé de cancérologie. " Cette condamnation de l'ordre des médecins, obtenue grâce à l'évolution de la situation au niveau européen, montre que celui-ci ne peut pas continuer impunément à fonctionner comme un tribunal d'exception qui bafoue le droit constitu- tionnel ", poursuit-il. En effet, notre droit reconnaît que les médecins peuvent prescrire en conscience tout remède utile à leurs patients, y compris ceux qui ne sont pas reconnus, dès lors que les traitements conventionnels n'ont pas d'effets positifs pour eux. Certes, ils ne doivent pas faire courir de risques aux patients. Mais désormais, l'ordre des médecins ne pourra plus s'en tenir à l'arbitraire : il devra faire la preuve de la dangerosité des traitements prescrits par les médecins qu'il poursuit. " Le Conseil d'État a jugé que l'ordre des médecins ne pouvait pas se mettre au-dessus des lois. Il s'agit d'une véritable révolution ", se réjouit le Dr Moulinier.

Le droit des patients

Quelques semaines avant cette décision, un jugement de la Cour de cassation venait rappeler le droit des patients dans ce domaine. En effet, à plusieurs reprises, des caisses primaires d'assurance maladie ont refusé de prendre en charge des soins infirmiers correspondant à des injections de produits non remboursables. Une des multiples pressions visant à dissuader les patients de recourir aux thérapeutiques non conventionnelles, en leur faisant payer le prix fort. On a même vu des caisses réclamer, après coup, le remboursement de ces soins. Ainsi, dans les Deux-Sèvres, la CPAM a voulu récupérer, quatre ans après, plus de 4 000 francs d'actes infirmiers. Le comble, c'est que cette restitution a été demandée, non à la patiente qui en avait bénéficié mais à l'infirmière, considérant sans doute que celle-ci était en faute pour avoir coté les actes comme s'ils étaient remboursables.
La patiente qui avait bénéficié de ces injections a écrit à la caisse, soulignant que ces traitements lui étaient d'autant plus bénéfiques qu'ils lui évitaient les effets secondaires d'une chimiothérapie conventionnelle et les arrêts de travail qui en résultent. Une économie considérable pour la Sécurité sociale. La caisse a renoncé à réclamer la somme. Sans doute s'est-elle rendu compte qu'elle n'était pas dans son droit. En effet, en 1995, une patiente qui s'était vu refuser le remboursement de l'injection de tels produits s'est plainte auprès du tribunal de la Sécurité sociale de la Creuse, qui lui a donné raison. Mais le directeur régional des Affaires sociales ne l'a pas entendu de cette oreille et a porté l'affaire devant la Cour de cassation. Le 23 novembre 1995, celle-ci rejetait sa demande, jugeant que tous les soins infirmiers ayant fait l'objet d'une prescription médicale doivent être remboursés, même si les médicaments utilisés ne sont pas eux-mêmes remboursables.


Ce jugement n'a pas suffi à arrêter le zèle de certaines caisses. En 1998, Mme Lucas, une patiente des Côtes-d'Armor, s'est vu refuser le remboursement de l'injection de certains médicaments. Soutenue par l'association Santé - Liberté - Bretagne, défendue par son médecin le Dr Dumas, Mme Lucas porte plainte auprès du tribunal de la Sécurité sociale de Saint-Brieuc et obtient gain de cause. Passant outre au jugement de 1995, le directeur régional des Affaires sociales de Bretagne a porté l'affaire en cassation. Le 19 juillet dernier, la Cour rejetait son pourvoi. Sa décision réitérait le jugement précédent et condamnait le directeur à verser 12 000 francs à Mme Lucas, pour couvrir ses frais de justice.
" Ces deux décisions vont faire jurisprudence. Il est bon que les patients en soient informés car il faut se battre pour que notre liberté de choix soit respectée ", conclut Mme Lucas. Les malades soignés par ces thérapeutiques peuvent être amenés à débourser plusieurs milliers de francs par mois, lorsque celles-ci ne sont pas prises en charge par la Sécurité sociale. C'est avec soulagement qu'ils apprendront qu'au moins les soins infirmiers leur seront désormais remboursés et que leurs médecins seront plus difficilement poursuivis.

Régis Pluchet

Cancer et maladies graves :
les médecines complémentaires
Médicaments du Pr Beljanski, plantes africaines du Dr Tubéry, peroxydases du Dr Solomidès, Viscum album de la médecine anthroposophique, Carzodélan, etc. Depuis plusieurs décennies, des milliers de malades atteints de cancers ou d'autres maladies graves (polyarthrite rhumatoïde, sclérose en plaques, maladies auto-immunes) supportent difficilement les traitements lourds de la médecine conventionnelle. Dans l'ombre de cette dernière, des médecins et chercheurs ont trouvé des remèdes qui ne font pas toujours des miracles, mais apportent un répit, une amélioration et parfois contribuent à la guérison.
Réprouvés par les lobbies médicaux, ces médecins et chercheurs, sont loin d'être des charlatans. Beaucoup ont des formations et des diplômes que n'ont pas leurs détracteurs. Mais, victimes d'une véritable chasse aux sorcières, leurs découvertes et leurs résultats restent dans l'ombre. Si certains de ces produits disposent d'un statut parfaitement légal à l'étranger (c'est le cas du Carzodélan, vendu en Allemagne) voire en France (cas du Viscum album), tout est fait pour limiter leur usage. D'autres produits n'ont pas de statut légal et bénéficient d'une simple tolérance qui peut être à tout moment remise en question. Les patients sont les proies de spéculateurs qui profitent de la situation pour leur vendre ces produits à des prix prohibitifs et à la merci d'escrocs qui leur proposent des produits charlatanesques. Des associations de malades, notamment celles qui se sont regroupées au sein du Collectif pour la défense et l'évaluation des médecines alternatives (Codema, La Grande Chouannière, 72170 Ségrie. Tél./fax : 02 43 33 39 54.), se sont créées pour assainir la situation et réclamer une solution des pouvoirs publics. Alternative santé - L'Impatient, à maintes reprises, a montré l'intérêt de ces remèdes et appuyé les patients dans leur revendication pour que ces produits obtiennent un statut légal. C'était l'un des objets de notre Pétition pour le pluralisme thérapeutique qui a obtenu 63 000 signatures en 1999 R. P.

 

 
 
 
 

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