Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
Novembre
2000
La
Salle des machines
De
l'acide chlorhydrique dans l'estomac, un filtre à poison
dans le foie, une hormone qui gère le sucre dans le pancréas
Le corps humain est une formidable usine de transformation des
aliments. Visite guidée.
Manger
! L'aliment, saisi par les dents, broyé, mastiqué,
va subir un traitement intensif. Il sera à la fois transporté
dans des couloirs au tracé compliqué et chimiquement
transformé par des arrosages de savantes substances. Si
la machinerie est au point, si elle tourne sans grain de sable,
l'aliment donnera tout son suc, le meilleur de ses nutriments
au corps de l'individu. Et, à l'heure de passer aux toilettes,
en principe le lendemain ou le surlendemain, on pourra se féliciter
de l'aspect des selles, c'est-à-dire du déchet,
de ce que l'appareil digestif n'a pas orienté vers le système
sanguin. Elles seront bien moulées et d'une couleur marron
assez homogène.
La bouche
" Le plus gros travail commence dans la bouche ", souligne
le Pr Guy Benhamou, de la Faculté de médecine Xavier
Bichat de Paris. Les dents mastiquent soigneusement - d'où
l'intérêt d'un passage régulier chez le dentiste,
tous les six mois, même en l'absence de symptômes.
Tandis qu'elle est poussée par la langue vers l'arrière
de la gorge, la bouchée est arrosée de salive produite
par les glandes salivaires. Cette eau qui nous vient à
la bouche contient des enzymes, qui coupent les grosses molécules
alimentaires. On recense notamment l'amylase, chargée de
transformer en sucre l'amidon du pain, des pâtes ou des
pommes de terre. Un individu secrète environ un litre de
salive par jour.
L'sophage
Au sortir de la bouche, le trajet commence par le pharynx, dont
les muscles propulsent l'aliment dans l'sophage. Encore
quarante centimètres de descente musclée avant de
passer, via un autre muscle, un sphincter appelé le cardia,
dans l'estomac. Depuis le pharynx, l'affaire a duré environ
cinq secondes.
L'estomac
Situé à gauche sous les côtes, l'estomac est
une poche extensible en forme de cornemuse, toute plissée,
capable successivement de s'élargir et de se recroqueviller.
L'intérieur est gluant, recouvert d'un mucus épais
qui protège la paroi. L'estomac comporte deux parties.
Le bas secrète une hormone, la gastrine, qui elle-même
commande la production, à l'étage au-dessus, du
suc gastrique. C'est aussi dans la partie inférieure de
l'estomac que le bol alimentaire est brassé. Quant à
la partie supérieure, elle sécrète le suc
gastrique composé d'acide chlorhydrique et de pepsine (une
enzyme) qui rendent la bouchée de nourriture méconnaissable
- elle a l'aspect d'une soupe épaisse. Ce traitement de
transformation par l'estomac aura duré quelque quatre heures.
L'intestin
grêle, la vésicule et le foie
Fin prêt, ce bol alimentaire, qui entre-temps a pris le
nom de " chyme ", passe alors par giclées via
l'étranglement musclé du pylore dans le duodénum,
partie supérieure de l'intestin grêle. Là,
le chyme bénéficie du travail effectué par
le foie et le pancréas. En se contractant, la vésicule
biliaire délivre une dose de bile, produite par le foie
- près d'un litre chaque jour. Elle contribue à
l'assimilation des graisses, qu'elle émulsionne sous forme
de " gouttelettes microscopiques ".
Le
pancréas
Par un autre petit canal arrive le suc pancréatique, riche
en enzymes nécessaires à la digestion des protéines,
des glucides et des lipides. Le pancréas assure un tiers
de la production des enzymes digestives, soit 400 à 750
centilitres par jour, le reste étant fabriqué par
l'intestin.
L'action de tous ces enzymes aboutit à la transformation
des aliments en particules élémentaires capables
de franchir la paroi de l'intestin grêle pour gagner les
circuits de la lymphe et du sang (lire encadré : Digérer,
page 20).
Le
côlon
Le côlon prend son tour, absorbe l'eau, traite les déchets
à grand renfort de bactéries. Les déchets
sont stockés dans le côlon gauche. Lorsqu'ils passent
dans le rectum, celui-ci envoie un signal : il faut aller à
la selle sans tarder (lire notre
n° 270, septembre 2000). En principe, le rectum n'avertit
pas deux fois ! Le processus de transport - avec tri et collecte
- exercé par l'intestin dure une vingtaine d'heures. Parallèlement,
le foie tourne à plein pour tirer le bénéfice
des nourritures terrestres. Une fantastique usine digestive. l
Monique Devauton.
Quand les
acides attaquent
Un Français
sur trois souffre d'aigreurs, de brûlures, de crampes, d'ulcères
Un problème d'acidité.
Le contenu
de l'estomac est acide: ses parois sécrètent pas
moins de trois litres par jour. Cela est nécessaire à
la digestion. La nature faisant bien les choses, elle a tapissé
la paroi de cet organe d'un liquide protecteur, le mucus. L'excès
d'acidité attaque la muqueuse gastrique. Il s'ensuit toute
une série de troubles : brûlures, inflammations.
L'aigreur, elle, provient de la remontée de l'acide de
l'estomac dans l'sophage. À l'inverse, le manque
d'acidité suscite lourdeurs et crampes. Avant de se précipiter
chez un spécialiste ou de s'auto-médicamenter, on
peut régler la production d'acide, en évitant le
stress et en adoptant de bonnes habitudes alimentaires.
Un ennemi
à abattre : le stress
Paule Nathan, nutritionniste, propose quelques règles simples
qui constituent, selon ses propres termes, les bases de l' "
épargne gastrique " : " Vérifier l'état
de sa dentition tous les six mois ; manger lentement en mastiquant
: une mastication trop rapide alourdit le travail de l'estomac
qui mettra plus de temps à se vider, source des fameuses
sensations de lourdeur ; manger à des heures régulières
et dans le calme ; éviter certains aliments : les aliments
gras, difficiles et longs à digérer, les boissons
glacées ou trop froides qui contractent l'estomac, le café,
le thé, les sodas, les colas, les épices, la moutarde
qui l'irritent ; ne pas fumer l'estomac vide ; réduire
sa consommation d'alcool et surtout ne pas boire à jeun.
" En outre, " consommer des protéines (elles
favorisent la cicatrisation) et devenir zen ! " À
chacun de choisir entre la sophrologie, la relaxation, le yoga,
les arts martiaux
Pour lutter contre l'excès d'acidité, Jean-Luc Emo,
conseil en phytoaromathérapie et nutrition au Centre d'éducation
et de prévention sanitaire de Rouen, invite à consommer
des sels basiques riches en calcium et en magnésium, "
présents dans la plupart des végétaux, notamment
dans la banane et le melon et surtout dans la pomme de terre.
" Rien de tel qu'un verre de jus de pomme de terre désamidonné
au petit matin (en vente dans les bonnes boutiques diététiques)
pour lutter contre l'acidité. " Il faut bien sûr
réduire les aliments acidifiants comme l'oseille, les épinards,
la rhubarbe, les pruneaux (tant pis pour les constipés
!), les oranges, les oignons crus. Les oignons cuits, au contraire,
ont des vertus alcalines (antiacides). D'où le succès
de la traditionnelle soupe à l'oignon de 5 heures du matin
pour les fêtards. " Attention, certains aliments, acides
au goût, ne sont pas acides dans leur constitution. C'est
le cas du citron. Et découvrez, sans plus attendre, le
lithothamne, cher à Jean-Luc Emo, algue marine calcaire
merveilleuse, riche en calcium et en magnésium, commercialisée
en vrac ou en gélules (arkogélules).
Jean-Pierre Raveneau-Sabardeil, pharmacien et herboriste à
Paris, préconise d'agir d'abord sur le stress par la prise
de plantes à effet calmant, " le Piper methysticum
est excellent. " Sous forme de teinture-mère, il agit
sur les brûlures. Si celles-ci persistent, il conseille
alors de l'acore (Aconus calamus) pour ses vertus digestives.
Marie-Laure Wallon