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Novembre 2000

L'éruption solaire du siècle

Editorial



 

 

 

Santé et climat sont-ils influencés par les colères du Soleil ?

 

"Vendredi 14 juillet : une très forte éruption solaire a soufflé un vent puissant de radiations vers la Terre. L'impact des particules sur la haute atmosphère a suscité des aurores boréales exceptionnelles dans les deux hémisphères Nord et Sud, observées jusqu'à des latitudes très basses malgré la proximité d'une brillante pleine lune. D'un bord à l'autre du Pacifique, les observateurs ont pu voir un événement très rare : le 16 juillet, une éclipse de Lune se mêlait au chatoiement coloré des particules éjectées du Soleil "… Voici, en quelques mots, l'annonce émise par l'Agence européenne d'astronomie (ESA), à propos de l'extraordinaire éruption solaire du 14 juillet dernier, qualifiée de " colossale, difficilement imaginable ".


Venues des profondeurs du bouillonnant Soleil, en plein centre du disque, des milliards de tonnes de particules sont brutalement éjectés de la surface solaire à travers l'espace. Durant une trentaine de minutes, ce matin-là, un flux extrême de particules (électrons, photons, noyaux lourds…) s'élève à la vitesse de la lumière sur des centaines de milliers de kilomètres. La température de cette matière issue du Soleil passe de quelques milliers de degrés à plusieurs centaines de millions de degrés. Ce " vent solaire " vient frapper la Terre une dizaine de minutes après son éjection du Soleil avec une telle virulence qu'un satellite japonais qui se trouvait sur son chemin a été mis définitivement KO !
Heureusement, la Terre est entourée d'une région hautement magnétique, la magnétosphère, largement étendue dans l'espace, générée par le cœur ferreux et chaud de la planète. Ces ceintures électromagnétiques, disposées en arcs de cercles d'un pôle à l'autre, forment une véritable barrière et empêchent à plus de 90 % ces particules de pénétrer de plein fouet notre atmosphère. Heureusement pour notre survie… Car ces particules très énergétiques sont des ennemies de notre peau et de notre ADN…


Des éruptions solaires d'une telle ampleur sont rares. La dernière comparable à celle-ci avait été observée en 1989. Or notre astre du jour est loin d'être la sphère stable et tranquille qu'il paraît être. Dans son cœur, à chaque seconde, des millions de tonnes d'hydrogène sont transformées en hélium. De ces réactions nucléaires incessantes émanent chaleur et lumière dont notre planète tire son profit. Sur la surface apparente du Soleil, la chromosphère, on peut observer l'alternance de taches sombres (zones de moindre température) et d'éruptions solaires. De celles-ci s'élèvent des colonnes de gaz de particules, tordues par les champs électromagnétiques intenses. Plus il y a de taches, plus il y a d'éruptions. C'est par cette simple observation que l'on sait depuis presque quatre siècles que l'activité du Soleil n'est pas constante : un cycle de onze ans, en moyenne, la fait varier entre un maximum et un minimum. Pendant les quatre premières années, on n'observe quasiment pas de taches, le soleil paraît " calme ". Puis, elles sont progressivement plus nombreuses. Les éruptions se développent, associées à elles, les protubérances solaires apparaissent sous forme d'arches, de jets et de boucles… Les années 2000-2001 se situent dans un maximum solaire et les mois que nous venons de vivre permettent déjà de dire que ce maximum est et sera particulièrement intense par rapport à ceux observés par le passé. La grande question est donc de savoir si ce maximum solaire influence le climat terrestre et la biologie de tous les êtres vivants ?

Les rayonnements solaires
Les particules qui arrivent en droite ligne du Soleil ou des autres étoiles sont en grande partie détournées. En premier lieu par les lignes électromagnétiques terrestres et, en second lieu, par l'atmosphère. Entre 70 et 150 kilomètres d'altitude, les rayons X et gamma sont totalement absorbés par l'atmosphère, ainsi qu'une partie des infrarouges. Entre 15 et 35 kilomètres d'altitude, c'est au tour de l'ozone d'entrer en action : 99 % des ultraviolets C (UVC), les plus destructeurs pour les êtres vivants, sont arrêtés, ainsi qu'une grande partie des ultraviolets B (UVB) et seulement une petite partie des ultraviolets A (UVA), proches du visible. Y a-t-il, au moment des éruptions solaires intenses, davantage d'UV qui atteignent le sol ? Selon les chercheurs du Centre météo solaire : " Étant donné la quantité très importante absorbée par l'atmosphère (couche d'ozone et autres composants), les éventuelles variations à l'entrée de l'atmosphère se trouveraient très atténuées au niveau du sol. " Pourtant, les spécialistes du Soleil se montrent alarmés par le problème, mettant en cause d'une part le trou de l'ozone dans l'atmosphère terrestre et d'autre part les possibles influences des rayons X et des UVC sur celle-ci. D'autant plus qu'au moment des grandes éruptions ses rayonnements augmentent d'un facteur 1000 !

Trou de l'ozone et cancers
Le 29 août dernier, l'Organisation météorologique mondiale publiait les dernières mesures du " trou " d'ozone au-dessus de l'Antarctique : - 30 % par rapport à la période de référence 1964-1976, avec une aggravation de 15 % par rapport à début août, " ce qui est inhabituel en cette période de l'année ", soulignait le communiqué. L'OMM prévoyait donc un accroissement du déficit en ozone pour la période de septembre et octobre. Moins d'ozone signifie une moindre barrière pour les UV, d'autant que le Soleil est au maximum de son activité. Or il faut rappeler que " les cancers de la peau sont en progression constante depuis quelques années ", comme le soulignaient les biologistes au colloque " UV et cancers " organisé par l'Institut Curie, en juin 1999. Quelques chiffres : le mélanome malin, le plus redoutable, augmente de 6 à 8 % par an. On estime à environ 6 000 le nombre de nouveaux cas annuels en France. Les cancers épithéliaux (localisés sur le visage, l'arête du nez, le cuir chevelu et les oreilles) basocellulaires et les épithéliaux spinocellulaires (atteinte des couches profondes de la peau), plus redoutables en termes de gravité, représentent 500 000 nouveaux cas chaque année dans notre pays. À ce même colloque était souligné " le rôle majeur des UVB solaires dans l'induction des mutations irréversibles de l'ADN, participant ainsi au processus de genèse des cancers. " Le mauvais temps et les nuages de l'été 2000 ont peut-être, finalement, contribué à sauver des vies humaines en filtrant les UV qui se seraient glissés plus facilement dans notre atmosphère appauvrie en ozone …

Et le climat ?
Depuis deux cents ans que les taches solaires sont observées, bien des hypothèses ont été émises concernant leur influence sur le climat. S'il est vrai qu'il est très difficile d'établir une corrélation directe entre les deux - tant le climat est une machinerie complexe - on peut relever de nombreux faits troublants. On sait maintenant que les rayons X invisibles ou les radiations d'ultraviolets sont particulièrement intenses lorsque les taches solaires sont nombreuses, donc en période d'activité solaire maximale. Il est hautement probable que ces rayonnements influent sur la formation des nuages dans la haute atmosphère. Des scientifiques américains ont noté que " le vent solaire, qui souffle sans arrêt, a augmenté d'intensité durant le XXe siècle ". L'attraction du Soleil sur ses planètes aurait doublé depuis de début des années 90.
Faut-il corréler ces données aux records météorologiques en tout genre enregistrés depuis deux décennies : tempêtes, sécheresses, pluies intenses… ? Un événement historique plaide en ce sens : entre 1450 et 1880, nos ancêtres ont connu un refroidissement général de 1° C, que les météorologistes ont nommé le Petit Âge glaciaire, lequel affecta de larges régions du globe. Il provoqua l'avancement des glaciers des Alpes, de l'Alaska et de la Nouvelle-Zélande. Le froid le plus intense fut atteint entre les années 1550 et 1700. La France connut alors des hivers extrêmement rigoureux avec d'abondantes chutes de neige. Parmi les explications avancées, certains retiennent la réduction de l'activité solaire. Pendant toute cette période les taches solaires, observées à la lunette dès 1610, par Galilée, avaient presque totalement disparu. Une activité solaire ralentie, un vent solaire plus faible ont pu occasionner un refroidissement de l'atmosphère et du climat.
Assiste-t-on aujourd'hui au phénomène contraire : une plus grande activité solaire entraînant un réchauffement planétaire déjà aggravé par la pollution ? On est encore loin de pouvoir répondre clairement à cette question.
Marthe Marandola Cousin

 

 

 

 

 

 

 
 
 
 

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