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Novembre 2000

Quand ça ulcère…

Editorial



 

 

L'ulcère, autrefois considéré comme une maladie avec laquelle il fallait vivre, peut être définitivement guéri quand son origine est bactérienne.

 

 

L'ulcère n'est plus ce qu'il était ! Avant la découverte, en 1995, d'une bactérie : Helicobacter pylori, identifiée comme étant responsable de la maladie ulcéreuse dans 90 % des cas, l'ulcère était considéré comme une maladie chronique survenant même chez des jeunes adultes. On l'imputait à la prise de médicaments et surtout au stress. Difficile d'en venir à bout : les patients vivaient avec " leur " ulcère. " C'était une maladie de toute une vie, qui évoluait par poussées, le plus souvent saisonnières, entrecoupées d'accalmies ", précise le Dr Gilles Rapoport, gastro-entérologue hépatologue à Paris. Les "ulcéreux" vivaient sous la menace de perforations et d'hémorragies. " Ils suivaient des traitements au long cours.


Aujourd'hui, un traitement antibiotique unique peut suffire à guérir cette maladie en éradiquant l'Helicobacter pylori. Encore faut-il distinguer le vrai ulcère des simples ulcérations. " L'ulcère - ou la maladie ulcéreuse - est, en fait, très rare ", précise Laurent Mallet, du service gastro-entérologie de l'hôpital Saint-Joseph, qui constate n'en voir qu'une dizaine de " vrais " cas par an. Il se caractérise par la présence d'un trou dans la paroi ; on parle alors de perforation ; chaque année, des gens meurent encore d'ulcère en France. Autrement on parle d'ulcérations, ça fait mal, ça gêne mais il n'y a pas de plaie (et c'est bien suffisant pour souffrir !) : il s'agit de lésions de la muqueuse avec éventuellement une plaie qui peut se mettre à saigner. En l'absence de saignement, on parlera simplement de dyspepsie ulcéreuse. Le grand public, lui, ne fait pas la différence. D'où un nombre très important de gens qui disent avoir eu un ulcère. " Il faut préciser aussi que, jusque dans les années 80, on ne pratiquait pas l'endoscopie, seul examen fiable pour prouver l'ulcère ", ajoute le Dr Laurent Mallet.
Il existe deux localisations d'ulcères et d'ulcérations : dans l'estomac (ulcère gastrique) et dans le duodénum. L'ulcère duodénal siège dans la partie haute de l'intestin grêle, il est beaucoup plus répandu (9 cas sur 10) et ne dégénère pas. Le premier, lui, peut très exceptionnellement favoriser l'apparition d'un cancer de l'estomac.

Manger pour calmer la douleur
Les symptômes les plus fréquents d'ulcération sont des crampes, des douleurs pénibles ou de vives brûlures situées dans l'épigastre, la région supérieure de l'estomac. Souvent accompagnés d'une " sensation de faim douloureuse ", ils apparaissent à jeun et sont immédiatement calmés par la prise d'aliments ; ils reprennent environ trois heures après le repas. Parfois, des vomissements, des nausées, des brûlures d'estomac, une intolérance à certains aliments peuvent s'ajouter ou survenir seuls. Ces symptômes varient d'une personne à l'autre. C'est pourquoi il faut consulter en cas de persistance de l'un ou l'autre de ces troubles.
Plus rarement, il arrive que les personnes atteintes ne souffrent d'aucune douleur, il s'agit d'ulcères asymptomatiques.

Trouver les causes…
Parmi les facteurs conduisant à l'ulcération, deux ont été identifiés précisément : l'infection à Helicobacter pylori, déjà évoquée, et la prise de médicaments. La bactérie est à l'origine de plus de 90 % des ulcères gastro-duodénaux et de 80 % des ulcères gastriques. Parmi les médicaments incriminés figurent en bonne place l'aspirine, tous les médicaments qui en contiennent et les fameux AINS, les anti-inflammatoires non stéroïdiens ; nommons l'Advil, le Voltarène, le Feldène, le Nurofen, médicaments en vente libre et largement auto-administrés. La cause médicamenteuse est plus fréquente dans les ulcères gastriques.
D'autres facteurs jouent également un rôle. La cigarette notamment. Les fumeurs sont en effet davantage sujets aux ulcères et à leurs complications (hémorragies ou perforations).
Le stress, autrefois pointé du doigt, reste réputé aggraver la maladie, surtout s'il conduit à boire de l'alcool et à fumer. Mais, dans l'état actuel des connaissances, il ne joue pas seul un rôle primordial dans la formation de l'ulcère. Des ulcères se déclenchent chez des sujets non stressés.

… pour un bon traitement
Le traitement de l'ulcère est fonction de son origine. Si elle est médicamenteuse, il consiste dans la prise d'antiulcéreux. Dès qu'on suppose une infection à Helicobacter pylori, le traitement médical optimal repose sur une trithérapie associant un antisécrétoire, type IPP (antiulcéreux) à deux antibiotiques pendant une semaine. Les antisécrétoires sont nécessaires à l'action des antibiotiques, car leur efficacité est diminuée en milieu acide. L'éradication d'Helicobacter pylori est obtenue dans 90 % des cas avec les deux associations suivantes : inhibiteurs de pompes à protons (IPP) + amoxiciline + clarithomycine, et IPP + métronidazole + clarithomycine.

Les récidives
Les risques de récidive après une éradication réussie d'Helicobacter pylori sont inférieurs à 5 % dans les douze mois qui suivent le traitement. Si le traitement n'a pu venir à bout de la bactérie, le risque de récidive est alors très élevé : 60 à 80 %.

Comment savoir si on a un ulcère ?
Seul un examen peut révéler un ulcère. Il existe deux techniques. La première est l'endoscopie haute digestive pratiquée par fibroscopie. Un tube est inséré par la bouche jusque dans l'estomac. À son extrémité, une petite caméra permet d'inspecter l'intérieur de l'estomac, de l'œsophage et du duodénum. Quoi qu'en disent les médecins, l'examen n'est pas très agréable, même si le fond de la bouche est endormi. L'avantage réside dans la possibilité de prélever un bout de tissu pour en faire une analyse (biopsie). C'est ainsi qu'est détectée l'infection à Helicobacter pylori. Le deuxième examen est la radiographie appelée aussi repas baryté ou transit baryté-œsogastrique, en raison du baryum liquide ingéré par le patient avant l'examen. Cette substance recouvrira la muqueuse de l'estomac, de l'œsophage et du duodénum pour permettre la radiographie. Beaucoup moins désagréable pour le patient, elle ne permet pas de prélèvement, on ne peut donc confirmer la présence de l'Helicobacter pylori.

La chirurgie est-elle utile ?
En cas de complications de l'ulcère, la chirurgie reste l'unique recours.
L'hémorragie interne se signale par des traces de sang dans les vomissements ou dans les selles (elles prennent une couleur noire comme du goudron). L'intervention consistera à enlever une partie de l'estomac ou à sectionner les nerfs contrôlant la sécrétion acide de l'estomac (vagotomie).
La péritonite (passage du contenu de l'intestin dans l'abdomen), consécutive à la perforation de l'ulcère, surprend le sujet par une violente douleur inhabituelle. Une chirurgie d'urgence s'impose alors.

Marie-Laure Wallon

Helicobacter pylori :

1 Français sur 5 concerné
Cette bactérie vit enfouie dans la couche de mucus qui tapisse la muqueuse de l'estomac.
Environ, 50 % de la population mondiale en serait porteuse. On estime que 10 à 20 % des personnes infectées souffriront un jour ou l'autre d'un ulcère.
L'Helicobacter pylori est non seulement l'agent infectieux de la majorité des ulcères et de certaines gastrites chroniques, mais il peut aussi favoriser le développement d'un cancer de l'estomac (le lymphome de Malte). Aujourd'hui, le consensus veut que l'on éradique la bactérie uniquement en cas d'ulcère en évolution. Soumettre l'ensemble de la population à une endoscopie est bien sûr inenvisageable d'un point de vue financier. Et l'on sait pourtant que la bactérie est présente dans l'estomac d'un Français sur cinq ! Cela pose un gros problème de responsabilité médicale.

 

 
 
 
 

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