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L'ulcère
n'est plus ce qu'il était ! Avant la découverte,
en 1995, d'une bactérie : Helicobacter pylori, identifiée
comme étant responsable de la maladie ulcéreuse
dans 90 % des cas, l'ulcère était considéré
comme une maladie chronique survenant même chez des jeunes
adultes. On l'imputait à la prise de médicaments
et surtout au stress. Difficile d'en venir à bout : les
patients vivaient avec " leur " ulcère. "
C'était une maladie de toute une vie, qui évoluait
par poussées, le plus souvent saisonnières, entrecoupées
d'accalmies ", pré cise
le Dr Gilles Rapoport, gastro-entérologue hépatologue
à Paris. Les "ulcéreux" vivaient sous
la menace de perforations et d'hémorragies. " Ils
suivaient des traitements au long cours.
Aujourd'hui, un traitement antibiotique unique peut suffire à
guérir cette maladie en éradiquant l'Helicobacter
pylori. Encore faut-il distinguer le vrai ulcère des simples
ulcérations. " L'ulcère - ou la maladie ulcéreuse
- est, en fait, très rare ", précise Laurent
Mallet, du service gastro-entérologie de l'hôpital
Saint-Joseph, qui constate n'en voir qu'une dizaine de "
vrais " cas par an. Il se caractérise par la présence
d'un trou dans la paroi ; on parle alors de perforation ; chaque
année, des gens meurent encore d'ulcère en France.
Autrement on parle d'ulcérations, ça fait mal, ça
gêne mais il n'y a pas de plaie (et c'est bien suffisant
pour souffrir !) : il s'agit de lésions de la muqueuse
avec éventuellement une plaie qui peut se mettre à
saigner. En l'absence de saignement, on parlera simplement de
dyspepsie ulcéreuse. Le grand public, lui, ne fait pas
la différence. D'où un nombre très important
de gens qui disent avoir eu un ulcère. " Il faut préciser
aussi que, jusque dans les années 80, on ne pratiquait
pas l'endoscopie, seul examen fiable pour prouver l'ulcère
", ajoute le Dr Laurent Mallet.
Il existe deux localisations d'ulcères et d'ulcérations
: dans l'estomac (ulcère gastrique) et dans le duodénum.
L'ulcère duodénal siège dans la partie haute
de l'intestin grêle, il est beaucoup plus répandu
(9 cas sur 10) et ne dégénère pas. Le premier,
lui, peut très exceptionnellement favoriser l'apparition
d'un cancer de l'estomac.
Manger
pour calmer la douleur
Les symptômes les plus fréquents d'ulcération
sont des crampes, des douleurs pénibles ou de vives brûlures
situées dans l'épigastre, la région supérieure
de l'estomac. Souvent accompagnés d'une " sensation
de faim douloureuse ", ils apparaissent à jeun et
sont immédiatement calmés par la prise d'aliments
; ils reprennent environ trois heures après le repas. Parfois,
des vomissements, des nausées, des brûlures d'estomac,
une intolérance à certains aliments peuvent s'ajouter
ou survenir seuls. Ces symptômes varient d'une personne
à l'autre. C'est pourquoi il faut consulter en cas de persistance
de l'un ou l'autre de ces troubles.
Plus rarement, il arrive que les personnes atteintes ne souffrent
d'aucune douleur, il s'agit d'ulcères asymptomatiques.
Trouver
les causes
Parmi les facteurs conduisant à l'ulcération, deux
ont été identifiés précisément
: l'infection à Helicobacter pylori, déjà
évoquée, et la prise de médicaments. La bactérie
est à l'origine de plus de 90 % des ulcères gastro-duodénaux
et de 80 % des ulcères gastriques. Parmi les médicaments
incriminés figurent en bonne place l'aspirine, tous les
médicaments qui en contiennent et les fameux AINS, les
anti-inflammatoires non stéroïdiens ; nommons l'Advil,
le Voltarène, le Feldène, le Nurofen, médicaments
en vente libre et largement auto-administrés. La cause
médicamenteuse est plus fréquente dans les ulcères
gastriques.
D'autres facteurs jouent également un rôle. La cigarette
notamment. Les fumeurs sont en effet davantage sujets aux ulcères
et à leurs complications (hémorragies ou perforations).
Le stress, autrefois pointé du doigt, reste réputé
aggraver la maladie, surtout s'il conduit à boire de l'alcool
et à fumer. Mais, dans l'état actuel des connaissances,
il ne joue pas seul un rôle primordial dans la formation
de l'ulcère. Des ulcères se déclenchent chez
des sujets non stressés.
pour un bon traitement
Le traitement de l'ulcère est fonction de son origine.
Si elle est médicamenteuse, il consiste dans la prise d'antiulcéreux.
Dès qu'on suppose une infection à Helicobacter pylori,
le traitement médical optimal repose sur une trithérapie
associant un antisécrétoire, type IPP (antiulcéreux)
à deux antibiotiques pendant une semaine. Les antisécrétoires
sont nécessaires à l'action des antibiotiques, car
leur efficacité est diminuée en milieu acide. L'éradication
d'Helicobacter pylori est obtenue dans 90 % des cas avec les deux
associations suivantes : inhibiteurs de pompes à protons
(IPP) + amoxiciline + clarithomycine, et IPP + métronidazole
+ clarithomycine.
Les
récidives
Les risques de récidive après une éradication
réussie d'Helicobacter pylori sont inférieurs à
5 % dans les douze mois qui suivent le traitement. Si le traitement
n'a pu venir à bout de la bactérie, le risque de
récidive est alors très élevé : 60
à 80 %.
Comment savoir si on a un ulcère
?
Seul un examen peut révéler un ulcère. Il
existe deux techniques. La première est l'endoscopie haute
digestive pratiquée par fibroscopie. Un tube est inséré
par la bouche jusque dans l'estomac. À son extrémité,
une petite caméra permet d'inspecter l'intérieur
de l'estomac, de l'sophage et du duodénum. Quoi qu'en
disent les médecins, l'examen n'est pas très agréable,
même si le fond de la bouche est endormi. L'avantage réside
dans la possibilité de prélever un bout de tissu
pour en faire une analyse (biopsie). C'est ainsi qu'est détectée
l'infection à Helicobacter pylori. Le deuxième examen
est la radiographie appelée aussi repas baryté ou
transit baryté-sogastrique, en raison du baryum liquide
ingéré par le patient avant l'examen. Cette substance
recouvrira la muqueuse de l'estomac, de l'sophage et du
duodénum pour permettre la radiographie. Beaucoup moins
désagréable pour le patient, elle ne permet pas
de prélèvement, on ne peut donc confirmer la présence
de l'Helicobacter pylori.
La
chirurgie est-elle utile ?
En cas de complications de l'ulcère, la chirurgie reste
l'unique recours.
L'hémorragie interne se signale par des traces de sang
dans les vomissements ou dans les selles (elles prennent une couleur
noire comme du goudron). L'intervention consistera à enlever
une partie de l'estomac ou à sectionner les nerfs contrôlant
la sécrétion acide de l'estomac (vagotomie).
La péritonite (passage du contenu de l'intestin dans l'abdomen),
consécutive à la perforation de l'ulcère,
surprend le sujet par une violente douleur inhabituelle. Une chirurgie
d'urgence s'impose alors.
Marie-Laure
Wallon
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Helicobacter
pylori
:
1 Français
sur 5 concerné
Cette bactérie vit enfouie dans la couche de mucus qui
tapisse la muqueuse de l'estomac.
Environ, 50 % de la population mondiale en serait porteuse. On
estime que 10 à 20 % des personnes infectées souffriront
un jour ou l'autre d'un ulcère.
L'Helicobacter pylori est non seulement l'agent infectieux de
la majorité des ulcères et de certaines gastrites
chroniques, mais il peut aussi favoriser le développement
d'un cancer de l'estomac (le lymphome de Malte). Aujourd'hui,
le consensus veut que l'on éradique la bactérie
uniquement en cas d'ulcère en évolution. Soumettre
l'ensemble de la population à une endoscopie est bien sûr
inenvisageable d'un point de vue financier. Et l'on sait pourtant
que la bactérie est présente dans l'estomac d'un
Français sur cinq ! Cela pose un gros problème de
responsabilité médicale.
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