Alternative
Santé - L'Impatient,
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aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
Décembre
2000
THÉRAPIES
COGNITIVES
Se donner les moyens de changer
Modifier
nos manières de réagir, nos réactions spontanées
pour mieux vivre, tel est l'objectif des thérapies cognitives.
Les thérapies
cognitives reposent sur l'idée que nos soucis, nos angoisses
et beaucoup de nos souffrances proviennent plus de notre façon
de vivre et de ressentir les événements que des
événements eux-mêmes.
Mises au point aux États-Unis dans les années soixante
par le psychologue Albert Ellis et le psychiatre Aaron Beck, elles
sont basées sur le repérage de ces réactions
disproportionnées par rapport à la réalité,
sur leur dépassement
et leur remplacement par d'autres réactions plus appropriées.
" Ces thérapies ont été scientifiquement
validées dans le cadre d'études rigoureusement conduites
", annonce le Dr Patrick Légeron, psychiatre dans
l'unité de thérapie comportementale et cognitive
de l'hôpital Sainte-Anne, à Paris, ancien président
de l'AFTCC (Association française de thérapie comportementale
et cognitive). " Ce sont même les seules psychothérapies
pratiquées en France qui aient fait l'objet d'une recherche
scientifique dûment validée. " En trente-cinq
ans, en effet, plusieurs centaines d'études ont été
menées (Études publiées dans
: American Journal of Psychiatry, Archives of General Psychiatry,
British Journal of Psychiatry, Journal of Abnormal Psychology
; et dans des revues de thérapie comportementale, dont
le Journal de thérapie comportementale et cognitive, Revue
francophone de clinique comportementale et cognitive , P.
Légeron et J. Van Rillaer, Approche théorique des
thérapies comportementales et cognitives chez l'adulte.
Encycl. méd. chir. (Elsevier, Paris), Psychiatrie, 37-820-A-40,
1999, 6 p. ).
Intervenir
sur le dialogue interne
Le mot "
cognitif " vient du latin " cognitio ", il désigne
la connaissance. Dans le cadre des thérapies, il fait référence
au fait que tous les événements renvoient celui
ou celle qui les reçoit à un mode de pensée
inducteur de comportements. " Quand l'esprit pense, écrivait
Platon, il est simplement en train de se parler à lui-même,
de se poser des questions, d'y répondre " (Platon,
Théétète). C'est sur ce dialogue intérieur
que se proposent d'intervenir les thérapeutes cognitivistes.
Prenons l'exemple d'un enfant réprimandé chaque
fois qu'il fait preuve d'indépendance et s'écarte
des prescriptions parentales. Il finit par associer l'idée
d'autonomie à celle de punition et réagira de façon
anxieuse chaque fois qu'il sera amené à faire preuve
d'initiative et de liberté. Ce système de croyance
irrationnelle entraîne des distorsions de la perception
de soi, d'autrui et des expériences de la vie. Selon A.
Ellis, ce sont ces croyances profondément enracinées
qui sont à l'origine des émotions négatives.
Ainsi, le déprimé retient d'une situation les détails
le confirmant dans le sentiment qu'il ne vaut rien, alors que
l'anxieux, lui, en retire les signes de danger. Certaines personnes
tendent à s'attribuer la responsabilité d'événements
extérieurs sans rapport avec elles-mêmes et se sentent
coupables de ce qui arrive : " Cela n'arrive qu'à
moi ! " D'autres étendent l'expérience malheureuse
d'un événement spécifique à toutes
sortes de situations dont le rapport avec la première n'est
que lointain : " C'est toujours comme ça ". Enfin,
l'erreur logique la plus fréquente et la plus générale
consiste à tirer des conclusions sans preuves : "
Il me critique, donc il m'en veut personnellement. "
Accéder
aux schémas pour les modifier
Nos réactions
spontanées induites par nos schémas cognitifs correspondent
à l'ensemble des croyances et des convictions intimes que
nous entretenons sur nous-même et sur le monde. Le but des
thérapies cognitives consiste à déceler ces
schémas pour les modifier. Elles utilisent un bon nombre
de techniques propres aux thérapies comportementales, dont
elles sont les cousines proches. " La thérapie comportementale
aide les gens à changer de comportement, alors que la thérapie
cognitive agit sur les pensées ", observe le Dr Légeron.
" Mais, en général, aucune thérapie
ne travaille sur l'une sans travailler sur l'autre. Dans la réalité,
il n'y a aucune thérapie comportementale pure et aucune
thérapie cognitive pure. "
Concrètement, le thérapeute joue un rôle actif
et directif, tout en entretenant avec son patient une relation
" collaborative ". Avec lui, il analyse le problème
à résoudre, lui explique la démarche, met
en place un plan précis : meilleure compréhension
de soi, réflexion sur ses objectifs, action sur l'environnement.
Il met à jour les schémas de pensée du patient
et lui explique comment ils influencent ses émotions et
ses comportements.
Dans le cas de Cécile, par exemple, 41 ans, qui déprime
parce qu'elle se sent dévalorisée, une première
étape consistera à repérer le postulat qu'elle
a adopté l'incitant à briller toujours et partout,
et à dominer les situations, " sinon je ne vaux rien
", analyse-t-elle. Pour aider son patient, le thérapeute
peut proposer des exercices à pratiquer en dehors des séances.
Par exemple, écrire sur une fiche ses pensées automatiques
en cas de forte émotion ou se poser régulièrement
des questions telles que : " Mes convictions sont-elles pleinement
justifiées ? " ou " Dans ma situation, que se
dirait une autre personne ? " ; se donner des auto-instructions
: " Stop ! Rediscuter ma décision, c'est me détruire.
Je vais travailler à ce que cette impulsion diminue. "
La
thérapie est brève et structurée
La thérapie
se déroule soit en individuel, soit en groupe. Thérapeute
et patient se mettent d'accord sur un agenda qui précise
en début de séance les thèmes abordés.
À la fin de chaque séance, les points importants
apparus au cours de l'entretien sont résumés. Brève,
elle est conduite en 15 à 25 séances d'une durée
hebdomadaire de 45 minutes pour des états dépressifs
ou anxieux d'apparition récente. Il est recommandé
de prévoir, au début, deux séances hebdomadaires.
" La thérapie dure de six mois à trois ans
pour des difficultés plus anciennes ou pour des troubles
de la personnalité, correspondant à une manière
d'être pathologique ", précise le Dr Légeron.
Contrairement à la psychanalyse, dont les cures durent
en moyenne de cinq à dix ans, et qui fait de la compréhension
du passé une fin en soi, en thérapie cognitive l'histoire
du sujet est abordée et travaillé pour tenter de
comprendre le présent. Par ailleurs, les thérapies
cognitives n'utilisent pas les postulats psychanalytiques classiques
et ne travaillent pas sur l'inconscient. " La question à
se poser, s'interroge le Dr Légeron, serait d'ailleurs
de savoir si la psychanalyse aide beaucoup les gens. Les psychothérapies
longues ne donnent pas plus de résultats que les psychothérapies
brèves. "
Par rapport au travail en tête-à-tête thérapeute-patient,
les thérapies de groupe offrent l'avantage de créer
une relation d'aide entre des individus qui se reconnaissent et
se soutiennent. Exposer devant tout un groupe ses problèmes,
entendre ceux des autres constitue une expérience originale
et enrichissante. Grâce à l'expression des émotions,
à l'acceptation de sa vulnérabilité, les
participants abandonnent petit à petit leurs défenses
et expriment leur vérité profonde. Le groupe offre
ainsi un contexte qui entraîne la disparition des attitudes
fâcheuses et le renforcement des conduites saines.
Les thérapies cognitives ont ainsi, et à juste titre,
acquis droit de cité dans les hôpitaux, les dispensaires
d'hygiène mentale, les centres privés, les associations.
Deux
démarches complémentaires
" De
façon générale, les thérapies cognitives
se font plutôt en individuel, remarque le Dr Légeron,
à l'inverse des
thérapies comportementales qui utilisent d'autres techniques
: jeux de rôle, méthodes d'affirmation de soi, psychodrames
et se déroulent en groupe ; les deux démarches apparaissent
complémentaires l'une de l'autre. " La plupart des
cognitivistes sont également des comportementalistes et
proposent une association des deux méthodes (des séances
individuelles complétées par la participation à
un groupe).
Les perturbations psychologiques susceptibles d'être améliorées
ou guéries par les thérapies cognitives sont nombreuses.
Parmi les principales, on compte les troubles dépressifs,
d'intensité légère ou moyenne. En revanche,
la mélancolie, de même que les états délirants
ou les psychoses maniaco-dépressives représentent
une contre-indication. Le sens du réel doit être
conservé pour pouvoir tester les pensées dépressives
et établir la liaison entre les émotions, les pensées
et les comportements. Par ailleurs, les thérapies cognitives
nécessitent un minimum d'auto-contrôle et un engagement
important de la part des personnes qui veulent en bénéficier.
Les thérapies cognitives sont également intéressantes
pour les personnes atteintes de troubles anxieux, à l'exemple
de Caroline qui est prise de panique quand elle se trouve dans
un ascenseur ou un couloir de métro. Et pour les troubles
obsessionnels compulsifs (TOC), très invalidants sous leurs
formes les plus graves : dans le cas de Charles, qui vérifie
une centaine de fois avant de quitter son domicile que les fenêtres,
le gaz, l'électricité, ont bien été
fermés, ou encore de Ludivine qui nettoie tous les objets
avant de les toucher. Les thérapies cognitives sont indiquées
aussi pour la boulimie, les maladies liées au stress, les
troubles de la personnalité et les troubles addictifs (alcoolisme,
tabagie, difficultés de couple, troubles sexuels )
Comprendre
les personnalités difficiles
On peut dire
d'une personnalité qu'elle devient difficile quand des
traits de son caractère se rigidifient ou deviennent excessifs,
inadaptés aux situations ou répétitifs, et
qu'ils entraînent une souffrance pour elle-même ou
autrui. Le but de la thérapie sera alors de relativiser
les événements, de corriger les distorsions, d'assouplir
les schémas cognitifs, et non de les supprimer. Les personnes
souffrant de fortes dépendances doivent, pour se libérer
durablement, faire parfois plusieurs thérapies. Chez les
fumeurs, par exemple, renoncer au tabac passe par plusieurs étapes
: prise de conscience du problème, décision de changer
dans les mois à venir, diminution ou arrêt de la
consommation, maintien du nouveau comportement grâce à
l'adoption de conduites complémentaires telles que le sport
ou la musique. Mais, souvent, le fumeur n'arrive pas à
se libérer du tabac du premier coup, il lui faut parcourir
à nouveau les différentes étapes.
Quand la souffrance du patient est trop grande, aucune psychothérapie
ne pourra être conduite avec profit sans aide médicamenteuse.
" Un médicament adapté ajouté à
une thérapie cognitive donne un meilleur résultat
que l'une ou l'autre
des deux méthodes administrées séparément,
remarque le Dr Légeron. On peut arriver à trois
quart de succès. Les gens peuvent alors arrêter la
prise de médicaments. "
Les thérapies cognitives, enfin, sont utilisées
dans
le domaine du conseil et de
la formation en entreprise afin d'améliorer les relations
professionnelles et obtenir de chacun de meilleurs résultats.
Une approche intéressante pour pour résoudre des
mal-être
et gérer les difficultés du
quotidien.