Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
"J'accuse
le ministère
de la Santé d'avoir manipulé les chiffres
"
Depuis
la création du Centre national d'information indépendante
sur les déchets (CNIID) en 1997, Pierre-Emmanuel Neurohr
se bat pour
révéler les conséquences désastreuses
de
l'incinération classique sur l'environnement
et la santé.
On s'attendait
à un débat feutré, on assista à une
sérieuse altercation ! C'était le 24
octobre dernier, dans les locaux de l'Inserm (Institut national
de la santé et de la recherche médicale). On y présentait
une expertise collective officielle sur la " Dioxine dans
l'environnement : quels risques pour la santé ".
Lors des questions, une voix s'éleva et déclara
: " J'accuse le ministère de la Santé d'avoir
manipulé les chiffres de contamination des Français
par les dioxines. " C'était Pierre-Emmanuel Neurohr,
directeur du Centre national d'information indépendante
sur les déchets (CNIID).
Selon lui, le chiffre d'exposition des Français aux dioxines
ne serait pas de 1,3 pg/kg/jour (picogrammes par kilo de poids
corporel par jour) comme le soutient le ministère de la
Santé, mais de 4,9, chiffre très nettement supérieur
au seuil de tolérance admis en France. Nous l'avons interrogé
pour en savoir plus.
ALTERNATIVE
SANTÉ - L'Impatient : Vous avez récemment déclaré
que le principe de précaution est ridiculisé (Le
Quotidien du Médecin, 18 sept. 2000). Pourquoi ?
Il existe un principe de précaution qui veut que, dans
le doute, on privilégie
la santé publique au détriment, s'il le faut, des
intérêts financiers. J'estime
que ce principe est actuellement ridiculisé en France.
La dose journalière admissible (DJA) de dioxines aux États-Unis
(0,01 pg/kg/jour) est plus de 131 fois inférieure à
la DJA française, et les Américains sont nettement
en avance sur la recherche en cette matière. Il est évident
que, si l'on applique le principe de précaution, la dose
la plus sûre est la plus stricte, d'autant que les preuves
montrant la haute toxicité des dioxines pour l'homme s'accumulent.
Pourtant la France a choisi la norme la plus laxiste (entre 1
et 4 pg/kg/jour), s'alignant sur celle fixée par l'Organisation
mondiale de la santé (OMS), en mai 1998.
De plus, la DJA française ne s'intéresse qu'aux
effets cancérogènes des dioxines, sans se soucier
des effets plus subtils tels que les dérèglements
hormonaux et la baisse de la spermatogenèse (ensemble des
phénomènes aboutissant à la production des
spermatozoïdes).
Il est d'autant plus urgent de remettre en question notre DJA
que celle-ci est aujourd'hui déjà dépassée
pour l'ensemble de la population française et que l'on
continue à construire des incinérateurs urbains
classiques.
Je constate ici le même laxisme que pour l'amiante. Le débat
est toujours aussi simpliste, or la réalité représente
potentiellement des cancers et des morts.
Que
pensez-vous de l'attitude très rassurante du ministère
de l'Environnement à propos de l'incinération des
déchets ?
En plus d'être laxiste, le ministère de l'Environnement
ment aux Français en matière d'incinération
de déchets. Les chiffres avancés dans les rapports
officiels sont mensongers car ils passent sous silence de nombreux
paramètres, ce qui fausse leur interprétation. Le
principe de contrôle inopiné n'est pas respecté
; les échantillons prélevés ne sont pas représentatifs
du fonctionnement continu des fours ; enfin, les échantillons
sont uniquement prélevés sur les fumées rejetées
par la cheminée des fours et ne tiennent pas compte notamment
des cendres volantes mises en décharge.
Celles-ci n'ont pourtant pas disparu ; pour les 12 millions de
tonnes de déchets brûlés par an, on obtient
4 millions de tonnes de mâchefers dont 1 million est vendu
pour la fabrication de routes. Et l'on compte 10 nanogrammes de
dioxines par kilo de mâchefers
Enfin, le ministère de l'Environnement fait état
de 5 à 10 projets de construction d'incinérateurs
alors qu'il s'agirait de 30 à 40 projets selon l'enquête
conduite par les diverses associations de protection de la nature
avec lesquelles nous travaillons.
En
ce qui concerne la production de déchets, que conseillez-vous
de faire ?
Entre 1970 et 1998, le tonnage annuel de déchets incinérés
en France est passé de 10 à 23 millions de tonnes.
Nous avons mis au point le plus fantastique système de
production de déchets, dont nous nous sommes rendus prisonniers.
L'exemple hospitalier l'illustre parfaitement : nous allons nous
faire soigner, ce qui engendre une grande quantité de déchets
dont on se débarrasse par l'incinération, ce qui
met notre santé elle-même en péril.
Le problème,
c'est que nos produits ne sont pas éco-compatibles (biodégradables
ou totalement recyclables - carton, verre ). J'estime donc
qu'il n'incombe pas aux citoyens de subventionner l'incinération
des déchets lorsque ce sont les industriels qui, en amont,
ne font pas d'efforts quant à la conception de leurs produits.
Notre stratégie consiste à montrer que notre société
du " tout jetable " a des répercussions graves
sur la santé et qu'il existe un potentiel de réduction
de ces déchets à la source : renforcer le système
de tri-recyclage - déficient en France - et faire pression
sur les industriels pour qu'il produisent " éco-compatible
".
Nous demandons aujourd'hui une mesure d'urgence de moratoire sur
la construction d'incinérateurs. Plus nous combattrons
l'incinération comme moyen " magique " de nous
débarrasser de nos déchets, plus nous irons vers
de vraies solutions telles que le tri/recyclage et l'éco-compatibilité.
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