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Décembre 2000

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Vaches folles
Les Français sont-ils des veaux ?

 

Tout le monde en convient, c'est la guerre économique. Et naturellement il y a, il y eut et il y aura des blessés et des décès. Aujourd'hui et plus tard, ceux de la vache folle. Hier, ceux du sang contaminé. Quant aux victimes du vaccin contre l'hépatite B, on fait toujours tout au ministère de la Santé pour étouffer l'affaire. Des hommes, des femmes nous appellent, attendent un signe, une reconnaissance de leur maladie. Les instances officielles font la sourde oreille. Honte à elles.
Dans cette guerre, la loi est celle du marché. On " rentabilise " le vaccin hépatite B en vaccinant des millions de Français. On ne teste pas le sang contaminé par économie. On achète les farines animales anglaises interdites parce qu'elles sont 30 % moins chères. Quand le mal est accompli, on cherche des coupables. En fait, des boucs émissaires, car c'est tout le système, mélange de profits et d'intérêts personnels, qui est pervers. L'économie n'est pas d'abord au service de l'homme. Elle se sert la première. Dans ce contexte, les questions de santé publique sont un frein à la rentabilité.
Comme dans toutes les guerres, tous les moyens sont bons. On fait flèche de tout argument. Pour la vache, c'est le consommateur qui est montré du doigt : il veut les prix les plus bas. Pour le vaccin hépatite B, on n'a pas reculé devant l'utilisation d'un mensonge : la transmission par la salive. Idéal pour affoler les mères, obliger les ados à passer à la seringue. Or aujourd'hui pas plus qu'hier la contamination par la salive n'est prouvée. La société actuelle ne craint pas de terroriser ses propres enfants, de les manipuler. On m'a rapporté de source sûre, que des petits de l'école primaire pleuraient dans les cours de récréation à l'idée qu'ils avaient pu être contaminés par la vache folle…
Pour faire accepter les bavures, les ratés, les erreurs, les fautes, les esprits éclairés de gauche comme de droite rappellent avec gravité que le risque zéro n'existe pas !

Cette position théorique relève quasiment de la pensée magique : on affirme cela parce qu'on croit qu'on ne sera jamais atteint, soi-même, les siens, ou ses proches. Ces belles généralités fondent quand on est concerné : pourquoi moi ? Pourquoi payer de ma vie ? Pourquoi ne m'a-t-on pas prévenu des risques ?
Ceux qui affirment qu'il n'y a pas de risque zéro, seraient crédibles s'ils agissaient en conséquence : mettre tout en œuvre pour reconnaître les " rares " victimes, les défendre, les indemniser. Or, il n'en est rien. Nul n'ignore que, si la France ne compte que peu de morts de la nouvelle forme de la maladie de Creutzfeldt-Jakob, c'est parce qu'on n'a pas pratiqué les autopsies nécessaires. Manière d'enterrer le problème. Nul n'ignore que l'on cherche à minimiser le nombre des victimes du vaccin hépatite B.


Le principe de précaution, que l'on voudrait voir appliqué pour éviter les risques évitables, fait l'objet de nombreux articles moqueurs chez nos confrères les plus sérieux. Le dernier en date revient à Claude Allègre dans son Ephéméride de l'hebdomadaire L'Express. " Principe de précaution, piège à c… " a-t-il titré (16/11). Il lui préfère le principe de prévention : faire plus, prendre des initiatives qui préviennent les maux. Ignore-t-il que l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments existe, pourquoi ne pas lui donner plus de moyens ? Il n'en parle même pas. Ce qu'il propose d'immédiatement réalisable relève bien de la simple précaution : " Il faut interdire les farines animales pour les herbivores, bovins et ovins, mais aussi pour les truites, les saumons, les poulets, les lapins… un herbivore ne peut pas être transformé en carnivore sans risque… C'est une prévention essentielle. " Le père du mammouth écrase les évidences.
Lors de la conférence de presse où il a décidé l'arrêt momentané des farines animales, le Premier ministre, Lionel Jospin a affirmé qu'il ne pouvait se fonder que sur l'avis des scientifiques et des experts ! Comme si la décision politique ne relevait que de la science ! En politique, la raison n'est rien sans le courage. Et puis, peut-on vraiment se fier aux experts ? Quand il leur faut anticiper les risques, leurs avis sont contradictoires.


À l'image des débats citoyens organisés sur les OGM, les décisions qui engagent la santé publique devraient être " holistiques ", globales. L'avis des scientifiques importe, leur rôle est d'éclairer les citoyens. Constitués en jurys, ceux-ci devraient pouvoir les interroger sur l'ensemble des questions que chacun se pose. Puis peser les conséquences économiques, familiales et sociétales des choix à faire, et borner les risques acceptables.
Il faut redonner ses lettres de noblesse à la démocratie. La " refonder ". Cela en mettant à la portée de tous les informations nécessaires. Les Français sont des veaux, affirmait le général de Gaulle. Ce n'est pas une raison pour leur faire avaler des couleuvres et les gaver de vaches folles. Les vaches d'ailleurs ne sont pas folles, c'est la folie de l'homme qui contamine le monde.

Pierre Dhombre

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 
 
 
 

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