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Décembre 2000

L'embryon, objet de toutes les convoitises

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La France autorisera-t-elle le clonage humain et la recherche
sur les embryons ?
Une révolution dont personne ne peut mesurer les conséquences.

 

 

Le 16 août 2000, le gouvernement britannique annonce qu'il est favorable au clonage humain à des fins thérapeutiques. Un avis qui déclenche des controverses dans le monde entier.

Qu'est-ce que le clonage ?

Le clonage est une nouvelle méthode de reproduction qui tient de la greffe. On part d'un ovocyte (gamète femelle non encore parvenue à maturité) dont on retire le noyau. On remplace celui-ci par le noyau d'une cellule prise sur le corps d'un adulte et l'on obtient ainsi un embryon. Si on l'implante
chez une mère porteuse, il va donner naissance à un clone, c'est-à-dire à un individu identique sur le plan génétique et immunologique à l'adulte sur lequel a été prélevé le noyau cellulaire. Ce noyau peut aussi bien provenir d'une cellule de peau que de muscle ou d'ailleurs : Dolly a été clonée à partir du noyau d'une cellule de mamelle de brebis, prouvant que l'on peut ainsi " fabriquer " un mammifère, sans père et sans reproduction sexuelle. L'expérience a été ensuite reproduite pour des veaux, des souris, des porcs, des chèvres. Avec les recherches actuelles sur les primates, l'homme n'est plus loin.

Clonage thérapeutique

S'il y a un relatif consensus pour interdire le clonage reproductif, le débat se focalise sur le clonage à des fins thérapeutiques. Le processus est le même, mais le but est d'obtenir seulement des embryons de quelques semaines, dont les cellules pourraient servir ensuite à diverses applications médicales (thérapies cellulaires). " La distinction entre clonage reproductif et clonage cellulaire est une mystification. Autoriser ce dernier, ce serait laisser la porte ouverte à toutes les utilisations possibles de ces embryons, soulevant des questions éthiques considérables ", assure Didier-Claude Rod, médecin et député vert au Parlement européen.
Sur le plan biologique, le clonage pose des problèmes redoutables, rappelle une étude publiée par les revues Science et La Recherche (septembre 2000) : le taux de réussite chez les animaux clonés est très faible (2 %), de nombreux animaux meurent à la naissance et, chez ceux qui survivent, certains présentent des troubles graves du développement. Quant aux primates, les tentatives d'implantation d'embryons réalisées par clonage n'ont jamais réussi. Ce qui vaut sans doute mieux, car les chercheurs ont constaté que ces embryons étaient " un véritable musée des horreurs " biologique. Les auteurs en concluent que le clonage humain, même à des fins thérapeutiques, n'est pas pour demain.

La recherche sur l'embryon

À l'initiative du groupe des Verts, le Parlement européen a adopté, le 6 septembre, une Résolution s'opposant à toute forme de clonage, qu'il soit reproductif ou seulement thérapeutique. En France, dans le cadre de la préparation de la révision des lois de bioéthique, il n'est pour le moment question d'interdire que le clonage reproductif. Pour la psychanalyste Monette Vacquin (lire interview page 32), ce débat n'est qu'un moyen de faire admettre la recherche sur les embryons. Jusqu'ici celle-ci est interdite, sauf si elle peut servir à la santé de l'embryon ou à améliorer les techniques d'assistance à la procréation. L'Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques et le Conseil d'État, suivant en cela un avis du Comité national d'éthique, proposent d'autoriser de manière plus large la recherche sur les embryons, en utilisant à cet effet les embryons dits " surnuméraires ". Étant donné le fort pourcentage d'échecs à la réimplantation, les fécondations in vitro portent toujours sur la création de plusieurs embryons. Ceux qui ne sont pas utilisés sont congelés, dans l'attente d'éventuelles nouvelles tentatives de réimplantation. Personne ne connaît le nombre de ces embryons surnuméraires : 10 000 selon l'OPECST, 300 000 selon le Pr Mattéi !

Cellules " totipotentes "

La fabrication des embryons pour la recherche resterait interdite. Mais y a-t-il vraiment une différence entre l'utilisation d'embryons surnuméraires par les chercheurs et la création d'embryons à ces fins ? Ce n'est pas l'avis de Monette Vacquin. La principale raison avancée pour ces recherches (comme pour le clonage) est l'utilisation de cellules dites " totipotentes ". Au début du développement embryonnaire, les cellules ne sont pas différenciées selon les fonctions qu'elles auront dans les organes. Ces cellules seraient intéressantes pour soigner différentes maladies graves, mais les recherches à ce sujet ne font que commencer et les résultats ne sont pas assurés.
Considérer l'embryon, même à ses débuts, comme un simple matériau de recherche soulève d'importantes questions éthiques. Plusieurs demandes de brevets sur des embryons humains, incluant l'utilisation des cellules embryonnaires, leur manipulation génétique ou leur clonage, ont été déposées à l'Office européen des brevets et l'une d'entre elles a été acceptée. Jusqu'où ira-t-on ?

 

 

 

 

 

 

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