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La
France autorisera-t-elle le clonage humain et la recherche
sur les embryons ?
Une révolution dont personne ne peut mesurer les conséquences.
Le 16 août
2000, le gouvernement britannique annonce qu'il est favorable
au clonage humain à des fins thérapeutiques. Un
avis qui déclenche des controverses dans le monde entier.
Qu'est-ce
que le clonage ?
Le clonage
est une nouvelle méthode de reproduction qui tient de la
greffe. On part d'un ovocyte (gamète femelle non encore
parvenue à maturité) dont on retire le noyau. On
remplace celui-ci par le noyau d'une cellule prise sur le corps
d'un adulte et l'on obtient ainsi un embryon. Si on l'implante
chez une mère porteuse, il va donner naissance à
un clone, c'est-à-dire à un individu identique sur
le plan génétique et immunologique à l'adulte
sur lequel a été prélevé le noyau
cellulaire. Ce noyau peut aussi bien provenir d'une cellule de
peau que de muscle ou d'ailleurs : Dolly a été clonée
à partir du noyau d'une cellule de mamelle de brebis, prouvant
que l'on peut ainsi " fabriquer " un mammifère,
sans père et sans reproduction sexuelle. L'expérience
a été ensuite reproduite pour des veaux, des souris,
des porcs, des chèvres. Avec les recherches actuelles sur
les primates, l'homme n'est plus loin.
Clonage
thérapeutique
S'il y a
un relatif consensus pour interdire le clonage reproductif, le
débat se focalise sur le clonage à des fins thérapeutiques.
Le processus est le même, mais le but est d'obtenir seulement
des embryons de quelques semaines, dont les cellules pourraient
servir ensuite à diverses applications médicales
(thérapies cellulaires). " La distinction entre clonage
reproductif et clonage cellulaire est une mystification. Autoriser
ce dernier, ce serait laisser la porte ouverte à toutes
les utilisations possibles de ces embryons, soulevant des questions
éthiques considérables ", assure Didier-Claude
Rod, médecin et député vert au Parlement
européen.
Sur le plan biologique, le clonage pose des problèmes redoutables,
rappelle une étude publiée par les revues Science
et La Recherche (septembre 2000) : le taux de réussite
chez les animaux clonés est très faible (2 %), de
nombreux animaux meurent à la naissance et, chez ceux qui
survivent, certains présentent des troubles graves du développement.
Quant aux primates, les tentatives d'implantation d'embryons réalisées
par clonage n'ont jamais réussi. Ce qui vaut sans doute
mieux, car les chercheurs ont constaté que ces embryons
étaient " un véritable musée des horreurs
" biologique. Les auteurs en concluent que le clonage humain,
même à des fins thérapeutiques, n'est pas
pour demain.
La
recherche sur l'embryon
À
l'initiative du groupe des Verts, le Parlement européen
a adopté, le 6 septembre, une Résolution s'opposant
à toute forme de clonage, qu'il soit reproductif ou seulement
thérapeutique. En France, dans le cadre de la préparation
de la révision des lois de bioéthique, il n'est
pour le moment question d'interdire que le clonage reproductif.
Pour la psychanalyste Monette Vacquin (lire interview page 32),
ce débat n'est qu'un moyen de faire admettre la recherche
sur les embryons. Jusqu'ici celle-ci est interdite, sauf si elle
peut servir à la santé de l'embryon ou à
améliorer les techniques d'assistance à la procréation.
L'Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques
et le Conseil d'État, suivant en cela un avis du Comité
national d'éthique, proposent d'autoriser de manière
plus large la recherche sur les embryons, en utilisant à
cet effet les embryons dits " surnuméraires ".
Étant donné le fort pourcentage d'échecs
à la réimplantation, les fécondations in
vitro portent toujours sur la création de plusieurs embryons.
Ceux qui ne sont pas utilisés sont congelés, dans
l'attente d'éventuelles nouvelles tentatives de réimplantation.
Personne ne connaît le nombre de ces embryons surnuméraires
: 10 000 selon l'OPECST, 300 000 selon le Pr Mattéi !
Cellules
" totipotentes "
La fabrication
des embryons pour la recherche resterait interdite. Mais y a-t-il
vraiment une différence entre l'utilisation d'embryons
surnuméraires par les chercheurs et la création
d'embryons à ces fins ? Ce n'est pas l'avis de Monette
Vacquin. La principale raison avancée pour ces recherches
(comme pour le clonage) est l'utilisation de cellules dites "
totipotentes ". Au début du développement embryonnaire,
les cellules ne sont pas différenciées selon les
fonctions qu'elles auront dans les organes. Ces cellules seraient
intéressantes pour soigner différentes maladies
graves, mais les recherches à ce sujet ne font que commencer
et les résultats ne sont pas assurés.
Considérer l'embryon, même à ses débuts,
comme un simple matériau de recherche soulève d'importantes
questions éthiques. Plusieurs demandes de brevets sur des
embryons humains, incluant l'utilisation des cellules embryonnaires,
leur manipulation génétique ou leur clonage, ont
été déposées à l'Office européen
des brevets et l'une d'entre elles a été acceptée.
Jusqu'où ira-t-on ?