Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
Les
greffes d'organes et de tissus se banalisent. Mais elles suscitent
toujours de nombreux débats. Respecte-t-on les personnes
décédées ?
Sont-elles toujours nécessaires ? N'y a-t-il pas de risques
?
Reins,
cur, foie, poumon, cornée, pancréas, moelle
osseuse Avec plus de 3 000 greffes (dont 1 800 de reins)
par an aujourd'hui contre moins de 700 en 1980, les greffes d'organes
sont devenues une pratique médicale reconnue. Tous les
grands courants religieux ou philosophiques sont favorables aux
dons d'organes, 80 % des Français les approuvent. Mais
lorsque le choix se pose concrètement, ce n'est pas toujours
facile. Ces dons suscitent encore de nombreuses interrogations.
À côté de ceux qui y voient un geste de solidarité
pour sauver des vies ou rendre leur autonomie aux malades, certains
s'inquiètent d'une médecine qui a besoin de morts
pour soigner des vivants. On a vu s'organiser des trafics d'organes
prélevés sur des enfants ou des adultes en Asie
et en Amérique latine. De tels trafics n'existent pas en
France. Mais différents scandales ont mis en lumière
des faits graves.
Les
abus
En 1992 éclate
l'affaire d'Amiens : les parents de Christophe, un adolescent
décédé accidentellement, ont consenti au
prélèvement de quatre organes, mais ils découvrent
que l'on lui a retiré, à leur insu, des artères,
des veines et les deux cornées.
Un rapport de l'Inspection générale des affaires
sociales confirme les dérives de la transplantation : permutations
injustifiées sur les listes d'attente, filières
de recrutement de patients italiens, disparition de quelques-uns
des organes prélevés. Autre scandale : plusieurs
centaines d'enfants sont contaminés par des hormones de
croissance provenant de thyroïdes prélevées
dans de mauvaises conditions : 72 sont morts victimes de la maladie
de Creutzfeldt-Jakob (Les hormones de croissance étant
aujourd'hui produites par génie génétique,
le risque n'existe plus). Dans un livre consacré à
ces affaires, Les Yeux de Christophe (éd. du Rocher), Alain
Tesnière, le père du jeune homme, montre par ailleurs
que les médecins abusent de la notion de consentement présumé,
prévue par la loi et selon laquelle toute personne qui
n'a pas fait connaître son opposition de son vivant est
considérée comme donneur.
Contrairement aux discours des militants du don d'organes, les
greffes ne sont plus seulement une affaire de solidarité,
mais une véritable industrie s'étendant à
tous les éléments et produits du corps humain. Outre
les 3 000 greffes d'organes, près de 25 000 greffes de
tissus (peau, cornée, tendons, valves cardiaques, veines
et artères, fragments osseux), sont pratiquées chaque
année ainsi que 700 greffes de moelle osseuse (qui est
assimilée à un organe) et des greffes de cellules
(provenant du sang). S'y ajoutent le placenta récupéré,
sans le consentement de la mère, pour de nombreux médicaments
ou cosmétiques et les très nombreux " résidus
opératoires " (tissus) après intervention chirurgicale.
Les transplantations d'organes sauvent des vies. Mais ce n'est
pas une panacée : si la survie est très bonne pour
les reins (93 % au bout de trois ans), elle est moyenne pour le
foie et le cur (70 % au bout de trois ans) et faible pour
les poumons (29 % au bout de cinq ans). Ce qui aurait dû
rester un moyen exceptionnel, pour lequel on devrait chercher
des alternatives, est devenu aujourd'hui un formidable enjeu scientifico-industriel.
Dans un système de santé où la prévention
est trop négligée, trop de greffes ne servent-elles
pas à pallier les conséquences du mode de vie -
cur usé prématurément, cirrhoses d'origine
alcoolique ? Cela ne se fait-il pas au détriment
des greffes destinées à soigner des maladies congénitales
ou acquises accidentellement ?
Le
registre des refus
Lors du vote
des lois de bioéthique, en 1994, l'affaire d'Amiens est
encore dans les esprits. Les structures chargées du contrôle
des prélèvements et greffes sont entièrement
transformées par la création de l'Établissement
français des greffes. La loi concerne les prélèvements
d'organes et de tissus, les dons de gamètes (ovocytes et
spermatozoïdes) et les prélèvements pour autopsie
ou à des fins de recherche scientifique, ainsi que le "
don du corps à la science " (Un don qui ne respecte
pas la dignité du corps, puisque celui-ci n'est jamais
rendu aux proches, après utilisation). Elle propose un
compromis entre les principes de l'inviolabilité et de
la dignité des corps et celui de la solidarité.
Elle rappelle les règles de la gratuité, de l'anonymat
et du consentement (Cheveux, dents, ongles et poils échappent
à cette réglementation et peuvent d'ailleurs être
commercialisés). Pour les donneurs d'organes vivants, un
consentement écrit devant un juge est nécessaire
(les prélèvement d'organes à des fins scientifiques
étant interdits). Mais pour les tissus, s'agissant presque
toujours de " résidus opératoires ", le
consentement n'est actuellement pas requis. Concernant les personnes
décédées, le consentement exprès est
requis uniquement pour les prélèvements à
des fins scientifiques. Mais pour les greffes, la loi de 1994
garde la notion de consentement présumé, malgré
les vives critiques dont elle a fait l'objet de la part des juristes,
de Jacques Testart et de son équipe, ainsi que du Collectif
national des usagers de la santé (lire pages 23-24). Toutefois,
elle rend obligatoire la recherche du témoignage des familles
lorsque la volonté du défunt n'est pas connue. Un
Registre national automatisé des refus a par ailleurs été
créé, courant 1998, avec beaucoup de retard, mais
il a fait l'objet de campagnes d'information et d'une distribution
massive de formulaires (40 000 refuseurs inscrits fin 1999).
Dans le cadre de la prochaine révision des lois de 1994,
différentes modifications sont proposées : améliorer
les règles de sécurité sanitaire (en raison
des risques de contamination virale), considérer la moelle
osseuse non plus comme un organe mais comme un tissu, préciser
les conditions de consentement pour les tissus et les résidus
opératoires (y compris le placenta). Un point important
consistera à définir les conditions de prélèvement
de cellules embryonnaires ou ftales (sur des embryons ou
ftus morts spontanément ou par avortement).
La
place des patients
Des voix
s'élèvent pour qu'un Registre officiel puisse enregistrer
non seulement les refuseurs, mais aussi les donneurs (la fédération
France Adot déclare recenser 350 000 donneurs potentiels),
comme cela se fait pour la moelle osseuse (85 000 donneurs potentiels).
Le Conseil d'État s'y est opposé. Il est aussi hostile
à ce que des associations de patients participent à
la recherche des témoignages sur la volonté du défunt,
craignant qu'une sur-représentation des associations de
greffés n'aboutisse à des pressions. Mais, à
l'heure où se prépare une loi sur les droits des
patients, on ne peut esquiver le débat. Ce sont les associations
nationales d'usagers de la santé, qui représenteraient
aussi bien les donneurs que les refuseurs, qui à tous les
niveaux doivent être associées au contrôle
du respect de la loi, des règles de sécurité
et d'éthique, dans les structures chargées du prélèvement
des organes et tissus et de leur transplantations (France Adot
est représentée à l'Établissement
français des greffes. Il serait souhaitable que d'autres
associations d'usagers y soient également).