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La digestion
commence bien avant l'ingestion
À la simple vue ou
à l'odeur d'un repas, on se met à saliver, anticipant
la première bouchée. L'organisme se prépare
déjà en sécrétant des sucs digestifs
et des hormones.
Deux hormones jouent un rôle particulier lors de la digestion.
L'insuline, sécrétée par le pancréas,
est la pierre angulaire du métabolisme du sucre. Cette
hormone permet au glucose de pénétrer dans les cellules.
Une mauvaise sécrétion ou une mauvaise activité
de l'insuline favorise la prise de poids et le diabète.
La leptine, de son côté, signale au cerveau que nous
sommes rassasiés. Chez des souris génétiquement
obèses, la leptine n'est pas sécrétée.
Si on leur en injecte, elles maigrissent " miraculeusement
" ! Disons-le tout de suite, la méthode n'est pas
efficace chez l'homme, sauf chez certains obèses et sous
contrôle médical (cela concerne 5 % des obésités
dites " massives ", d'origine héréditaire).
Par ailleurs,
le stress peut bloquer ou stimuler l'appétit, en favorisant
la sécrétion d'hormones. " Lorsqu'on est stressé,
notre sécrétion de sérotonine (Substance
exerçant dans l'organisme un rôle de transmission
d'effets biologiques, en particulier au niveau du système
nerveux central (régulation du sommeil, humeur, douleur
)
est déréglée, précise le Dr Nys (Auteur
de Maigrir selon son profil hormonal, éd. Presses du Châtelet),
endocrinologue aux hôpitaux parisiens Necker et Beaujon,
et cela déclenche des pulsions pour les aliments sucrés.
En même temps, la POMC (pro-opio-mélano-cortine),
une autre hormone, se grippe et nous incite à stocker davantage.
Il n'en faut pas plus pour prendre les fameux " kilos-stress
" dont on peut avoir grand mal à se débarrasser.
D'autant que la leptine se bloque : elle n'envoie plus de signe
de rassasiement ! " Autre cas de figure, le stress coupe
l'appétit, le système " stockage " est
poussé au maximum. Le peu de nourriture avalé est
intégralement stocké, ce qui explique le manque
d'appétit.
Si nous sécrétons tous les mêmes hormones,
certaines personnes ont tendance à produire plus d'insuline
tandis que d'autres fabriqueront plus d'hormones du stress, par
exemple. En fonction de ce simple constat, il est possible de
dégager un " profil hormonal " propre à
chacun, qui fournit des indications sur la façon dont l'organisme
réagit à tel ou tel groupe d'aliments, s'il a tendance
à stocker ou pas, et qui, cerise sur le gâteau, met
en avant les risques de maladies encourus à long terme,
etc.
Trois profils hormonaux, insuline, leptine et stress, ont été
définis, à partir d'observations très fines
des comportements des malades face à l'alimentation. Ils
sont déterminés sur la base d'un questionnaire utilisé
depuis près d'un an en milieu hospitalier. Ce questionnaire
permet d'une part d'aider le patient à exprimer ses habitudes
alimentaires, d'autre part de préparer la consultation
proprement dite. À l'hôpital Beaujon (à Paris),
ce test est distribué systématiquement aux personnes
qui consultent pour un problème de poids. " Cela nous
facilite vraiment la vie, explique Mme Bernard, diététicienne.
Le test est simple, donne de bonnes pistes et cerne bien les habitudes
alimentaires des gens qui consultent pour cause de surpoids. De
plus, déterminer le profil hormonal permet de proposer
une diététique très personnalisée
", renchérit le Dr Cordray, endocrinologue à
Saint-Germain-en-Laye, attaché aux hôpitaux de Paris.
Ainsi, on peut conseiller aux personnes de type " insuline
" d'éviter les sucres rapides causes de surpoids et
surtout de diabète gras ; tandis qu'une personne "
leptine " peut en consommer sans subir les mêmes dommages.
" Je reçois chaque jour à mon cabinet des personnes
qui s'étonnent de grossir alors qu'elles ne mangent pas,
ou l'inverse. C'est injuste, mais c'est comme cela ", convient
le Dr Nys. L'important est de ne pas se battre contre ses propres
hormones, car la lutte est perdue d'avance. Mieux vaut les prendre
en compte et apprendre à manger selon son profil.
Profil
" insuline "
Vous aimez
le sucré. Soit vous mangez de tout en grande quantité,
soit vous mangez peu aux repas mais grignotez toute la journée.
Vous avez souvent faim entre les repas. Vous souffrez peut-être
d'un peu d'hypertension et d'un début de diabète.
Attention : chaque fois que vous mangez du sucré, le pancréas
secrète de l'insuline. Cette hormone stocke les graisses
et, de plus, empêche celles qui sont conservées d'être
brûlées. Si vous mangez beaucoup, vous stockez beaucoup,
mais si vous grignotez, ce n'est pas mieux : le pancréas
travaille en permanence, et le stockage devient de plus en plus
conséquent. À force, la moindre quantité
ingérée ne peut être brûlée.
Conseils
Éviter les sucres à index glycémique élevé
qui provoquent une augmentation de sucre dans le sang : miel,
sucre, pomme de terre, corn flakes (lire notre hors-série
n° 19 " Savoir ce que l'on mange " ), et insister
sur les glucides " lents " : champignons, légumes
verts, chocolat noir, haricots, légumes secs, yaourt, pâtes
complètes, pomme, orange, pamplemousse, boulghour. Non
au soda, purée de pomme de terre, raisin, pain blanc, jus
de fruit, carotte fraîche
Fuir par dessus tout les
aliments (chocolat au lait, biscuits, viennoiseries, dragées,
gâteaux secs, pâtisserie, lait concentré sucré
)
riches en sucres et graisses. Car votre organisme adore brûler
les premiers et stocker les secondes
Consommer des fibres (céréales, fruits, légumes).
Elles ralentissent l'absorption des sucres et un régime
riche en fibres est souvent plus pauvre en graisses.
Si vous craquez et avez envie de grignoter, choisissez au moins
des aliments peu insulino-sécréteurs, c'est-à-dire
pauvre en sucres : yaourt, fruit, tranche de pain.
Les sports conseillés sont de type " endurance ",
qu'il s'agisse de la simple marche, de la natation ou du cyclisme.
Ce genre d'exercice améliore l'action de l'insuline, ce
qui permet au pancréas d'en sécréter moins.
Profil
" leptine "
Vous n'arrivez
pas à perdre quelques kilos malgré vos efforts.
Vous sautez souvent des repas, et il peut vous arriver de passer
des jours entiers sans manger de protéines car vous n'aimez
pas beaucoup la viande ni le poisson. Attention : lorsque vous
sautez un repas, votre production de leptine devient infime. Le
message signalant que les réserves sont satisfaisantes
ne parvient pas jusqu'au cerveau. Celui-ci s'affole et donne l'ordre
de stocker autant que possible dès la première occasion.
C'est pourquoi croire que sauter un repas fait maigrir est une
erreur : c'est l'inverse ! L'organisme se vengera aux prochains
apports, en stockant même un peu plus que nécessaire,
en prévision d'une nouvelle " disette ".
Conseils
C'est en mangeant plus que l'on maigrira ou que l'on maintiendra
son poids. Consommer des aliments qui tiennent au corps et ne
plus sauter de repas. Objectif : surtout éviter les graisses
; cela mis à part, on peut manger de tout, y compris des
aliments riches en sucres, qui sont presque conseillés,
mais en quantité modérée !
Profil
" stress "
Vous éprouvez
un besoin irrépréssible de manger, et vous avez
l'impression que cela vous calme. Vous consommez beaucoup de café,
et préférez le salé au sucré. Vous
essayez de vous calmer en fumant mais vous vous sentez fréquemment
nerveux. Vous êtes souvent gonflé avec le ventre
parfois douloureux. Vous pouvez perdre et gagner 1 ou 2 kilos
sans raison, du jour au lendemain. Attention : vous devez jouer
sur les deux tableaux : gérer votre stress et améliorer
votre alimentation.
Conseils
Revenir à des produits simples et sains, faciles à
digérer : une pomme de terre est plus digeste qu'une purée
classique elle-même plus facilement assimilable qu'une purée
toute préparée en flocons
Diminuer la consommation de fibres, qui peut irriter et ballonner.
Réduire la consommation de sel et de boissons gazeuses.
S'abstenir de fumer juste après les repas (ou arrêter
totalement !) car le tabac bloque les sécrétions
digestives.
Manger dans le calme et se reposer cinq minutes après les
repas pour bien amorcer la digestion.
On
est souvent " moitié-moitié "
Le plus souvent,
il est difficile de se départager entre les trois profils,
on est " moitié-moitié " !
Soit : Insuline/leptine
Vous mangez peu, voire oubliez de manger, mais vos aliments sont
très sucrés. La sécrétion de leptine
est réduite lors des repas trop légers (ou absents)
et celle d'insuline est à son maximum en raison de votre
alimentation sucrée.
Appliquez le régime " leptine ", sans toutefois
manger les aliments sucrés.
Soit : Insuline/stress
Vous vous sentez nerveux et vous mangez du sucré pour vous
apaiser. C'est que le cerveau sécrète des peptides
opioïdes, similaires aux dérivés de l'opium.
Cela vous détend, certes, mais vous épuisez votre
pancréas
Appliquez le régime " insuline ", et réduisez
les fibres pendant quelque temps.
Soit : Leptine/stress
Vous mangez de tout, surveillez tout, limitez souvent vos apports
quotidiens. Vous êtes la caricature de la personne en restriction
calorique dont nous parlons au début de l'article. Vous
ne sautez pas de repas mais vos rations caloriques sont très
inférieures à des rations " normales ".
Perdre du poids devient souvent obsessionnel. La leptine, mal
sécrétée puisque vous mangez peu, se combine
aux hormones du stress produites justement parce que vous n'arrivez
pas à maigrir. Votre organisme est bloqué, et ce
blocage peut aller jusqu'à l'obésité.
Appliquez le régime " leptine ", avec une restriction
sur les fibres.
La
table n'est pas tout
Enfin, n'oublions
pas que l'alimentation n'est qu'une composante de notre hygiène
de vie. Le sommeil, l'oxygénation, l'activité physique
sont également importants. En cas de stress, il est quasiment
indispensable de pratiquer un sport et/ou au moins une activité
anti-stress quelle qu'elle soit : musique, relaxation, peinture,
mosaïque, yoga
Certaines sont même plus indiquées
que d'autres en fonction du profil hormonal (par exemple, la relaxation
correspond bien au profil " stress ", une activité
soutenue convient mieux au profil " leptine "). Et maintenant,
bon appétit !
Anne Dufour
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