Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
JANVIER
2001
Autoportrait
Ghislaine-Lafait-Hémard
" Je salue chaque plante "
Ghislaine-Lafait-Hémard
est enseignante et praticienne en énérgétique
chinoise, Qi Gong et Dao-Yin
J'aime me
lever tôt et venir attendre le soleil dans mon petit jardin
d'herbes. Ouvert à l'est, un peu à l'écart
d'un hameau du Morvan, c'est au jardin que je commence ma journée
chaque fois que je peux quitter Paris. Là, après
quelques exercices énergétiques, je m'assois vers
le levant : un long moment de silence qui est pour moi comme une
nourriture subtile et essentielle. Seuls m'accompagnent le chant
des oiseaux et parfois la présence bondissante d'un écureuil
roux.
Dans les
premiers rayons du soleil, je fais le tour du jardin et salue
chaque plante. Il y a les amies de longue date, qui ont eu le
temps de s'installer et d'unir leur présence en un entrelacs
harmonieux : la mélisse qui éclate de santé,
la tanaisie au parfum unique, la menthe, plusieurs variétés
de sauge, la mauve, l'origan et puis d'autres plantes rapportées
de différents coins de nature : l'alchémille qui
offre chaque matin sa perle de rosée, la bourrache au bleu
lumineux, la verveine officinale si discrète. Ce matin,
je suis heureuse de voir que toutes se portent bien. Ce coin de
nature les a acceptées et reconnues. Nous allons pouvoir
coopérer.
J'ai une longue
histoire avec les plantes, et si maintenant je traverse avec leur
aide le temps de la ménopause, c'est à sept ans
que je les ai rencontrées. Ma sur aînée
commençait ses études de pharmacie et devait connaître
la plupart des plantes de nos régions. Nous partions donc
souvent, herbier sous le bras, pour de longues promenades de reconnaissance
dans notre Picardie entre mer et campagne. C'est ainsi que très
tôt j'ai pu tutoyer les plantes. Après mes études
et quelques années d'enseignement des lettres, j'ai pris
conscience que, perchée dans ma tête, j'avais oublié
mon corps et ses racines ; le sommeil me fuyait. Alors j'ai peu
à peu réappris l'écoute des sensations, l'importance
de la lenteur, et j'ai accompli un très long chemin pour
me réapproprier mon corps à travers différentes
pratiques occidentales puis orientales, avant de faire ma propre
synthèse. Je la transmets maintenant à d'autres.
Avec ce retour aux racines, j'ai retrouvé les plantes.
Depuis, nous ne nous sommes plus quittées.
Il y a donc ce jardin ami aux portes du Morvan. J'y récolte
des plantes pour le quotidien. Le thym et la sarriette: tous deux
chassent l'infection ; le romarin aux multiples vertus ; la mélisse
qui aide le système digestif et combat les migraines qui
y trouvent leur origine ; la tanaisie qui participe à la
préparation de la chartreuse chère à ma grand-mère
; et aussi le mélilot, mon préféré
je crois ; et les différentes variétés de
sauge. J'utilise ces dernières plantes pour leur apport
strogénique à la ménopause. Mais mon
terrain de récolte est vaste comme l'univers et j'en sais
les lieux privilégiés. C'est ainsi que chaque année,
au cur de l'été, nous passons une semaine
dans un chalet d'alpage en Gruyère. Là, à
mille cinq cents mètres, c'est l'éclatement végétal.
J'endosse le " gilet à herbes " que je me suis
confectionné : taillé dans un beau vieux drap de
lin et cousu de poches de toutes tailles. Chaque marche dans la
nature les voit se remplir. C'est là que je fais provision
d'alchémille et d'achillée millefeuille pour leur
apport précieux en progestérone, de millepertuis
aux mille ressources ; ou encore de prêle qui reminéralise
- je la réduis en poudre et en prends un peu chaque matin
dans du miel ou mêlée aux aliments, elle prévient
l'ostéoporose.
Après le temps délicat du séchage, ces plantes
iront à Paris remplir les petits tiroirs de bois décorés
de leur nom. À la fin des repas en famille ou entre amis,
j'aime préparer une infusion selon les demandes ou besoins
de chacun. Offrir une infusion, c'est comme un rite. Je crois
que mes enfants n'oublieront jamais celui du bol tout chaud apporté
au lit avec le baiser du soir : la ronce ou la mauve pour le mal
de gorge d'Anne-Claire, le cynorrhodon pour le plaisir de François,
l'aubépine ou le mélilot pour le sommeil d'Aude
ou de Capucine.
Mais je pense profondément que l'amour posé sur
les plantes dans ces moments-là leur donne leur valeur
essentielle.
Je ne suis ni phytothérapeute, ni médecin, je suis
une femme qui aime
les plantes et aime soigner avec son amie la nature, en unissant
la connaissance et la précision à l'intuition et
à la tendresse.