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JANVIER 2001

Autoportrait

Ghislaine-Lafait-Hémard
" Je salue chaque plante "

Vaincre l'illetrisme
hépatite b en 1998...

Dossier du Mois
Se soigner avec les plantes
l'efficacité des plantes
les femmes préfèrent les simples
les phyto-hormones
je salue chaque plante
gélules, poudres, tisanes
Millepertuis
Fiches pratiques

 

 

 

Ghislaine-Lafait-Hémard est enseignante et praticienne en énérgétique chinoise, Qi Gong et Dao-Yin

 

J'aime me lever tôt et venir attendre le soleil dans mon petit jardin d'herbes. Ouvert à l'est, un peu à l'écart d'un hameau du Morvan, c'est au jardin que je commence ma journée chaque fois que je peux quitter Paris. Là, après quelques exercices énergétiques, je m'assois vers le levant : un long moment de silence qui est pour moi comme une nourriture subtile et essentielle. Seuls m'accompagnent le chant des oiseaux et parfois la présence bondissante d'un écureuil roux.

Dans les premiers rayons du soleil, je fais le tour du jardin et salue chaque plante. Il y a les amies de longue date, qui ont eu le temps de s'installer et d'unir leur présence en un entrelacs harmonieux : la mélisse qui éclate de santé, la tanaisie au parfum unique, la menthe, plusieurs variétés de sauge, la mauve, l'origan… et puis d'autres plantes rapportées de différents coins de nature : l'alchémille qui offre chaque matin sa perle de rosée, la bourrache au bleu lumineux, la verveine officinale si discrète. Ce matin, je suis heureuse de voir que toutes se portent bien. Ce coin de nature les a acceptées et reconnues. Nous allons pouvoir coopérer.

J'ai une longue histoire avec les plantes, et si maintenant je traverse avec leur aide le temps de la ménopause, c'est à sept ans que je les ai rencontrées. Ma sœur aînée commençait ses études de pharmacie et devait connaître la plupart des plantes de nos régions. Nous partions donc souvent, herbier sous le bras, pour de longues promenades de reconnaissance dans notre Picardie entre mer et campagne. C'est ainsi que très tôt j'ai pu tutoyer les plantes. Après mes études et quelques années d'enseignement des lettres, j'ai pris conscience que, perchée dans ma tête, j'avais oublié mon corps et ses racines ; le sommeil me fuyait. Alors j'ai peu à peu réappris l'écoute des sensations, l'importance de la lenteur, et j'ai accompli un très long chemin pour me réapproprier mon corps à travers différentes pratiques occidentales puis orientales, avant de faire ma propre synthèse. Je la transmets maintenant à d'autres. Avec ce retour aux racines, j'ai retrouvé les plantes. Depuis, nous ne nous sommes plus quittées.
Il y a donc ce jardin ami aux portes du Morvan. J'y récolte des plantes pour le quotidien. Le thym et la sarriette: tous deux chassent l'infection ; le romarin aux multiples vertus ; la mélisse qui aide le système digestif et combat les migraines qui y trouvent leur origine ; la tanaisie qui participe à la préparation de la chartreuse chère à ma grand-mère ; et aussi le mélilot, mon préféré je crois ; et les différentes variétés de sauge. J'utilise ces dernières plantes pour leur apport œstrogénique à la ménopause. Mais mon terrain de récolte est vaste comme l'univers et j'en sais les lieux privilégiés. C'est ainsi que chaque année, au cœur de l'été, nous passons une semaine dans un chalet d'alpage en Gruyère. Là, à mille cinq cents mètres, c'est l'éclatement végétal. J'endosse le " gilet à herbes " que je me suis confectionné : taillé dans un beau vieux drap de lin et cousu de poches de toutes tailles. Chaque marche dans la nature les voit se remplir. C'est là que je fais provision d'alchémille et d'achillée millefeuille pour leur apport précieux en progestérone, de millepertuis aux mille ressources ; ou encore de prêle qui reminéralise - je la réduis en poudre et en prends un peu chaque matin dans du miel ou mêlée aux aliments, elle prévient l'ostéoporose.
Après le temps délicat du séchage, ces plantes iront à Paris remplir les petits tiroirs de bois décorés de leur nom. À la fin des repas en famille ou entre amis, j'aime préparer une infusion selon les demandes ou besoins de chacun. Offrir une infusion, c'est comme un rite. Je crois que mes enfants n'oublieront jamais celui du bol tout chaud apporté au lit avec le baiser du soir : la ronce ou la mauve pour le mal de gorge d'Anne-Claire, le cynorrhodon pour le plaisir de François, l'aubépine ou le mélilot pour le sommeil d'Aude ou de Capucine.
Mais je pense profondément que l'amour posé sur les plantes dans ces moments-là leur donne leur valeur essentielle.


Je ne suis ni phytothérapeute, ni médecin, je suis une femme qui aime
les plantes et aime soigner avec son amie la nature, en unissant la connaissance et la précision à l'intuition et à la tendresse.

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