Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
Les
rayons d'un herboriste ou d'une boutique diététique
sont un maquis où s'enchevêtrent ampoules, poudres,
comprimés et autres gélules. Quelques points de
repère pour acheter ce qui convient.
De la tisane
aux gélules, en passant par les teintures mères
et les onguents ou, depuis peu, les patchs (Le laboratoire
des 3 Chênes vante ses patchs aux plantes pour la circulation
sanguine, la ménopause, le tonus sexuel, contre le stress,
la migraine et les douleurs articulaires. Il promet sa conversion
à la culture bio pour 2001), les plantes se mettent
en quatre pour séduire le consommateur. La forme n'est
pas innocente.
Pour
un problème d'insomnie, l'herboriste du Palais-Royal, à
Paris, répond spontanément " tisane "
: " Il faut déjà voir s'il ne s'agit pas d'une
mauvaise digestion, précise la vendeuse. Et si les conditions
d'endormissement sont bonnes : les chiffres du réveil en
cristaux liquides lumineux gênent le sommeil, tout comme
la tête orientée à l'ouest ou au sud.
Ce préalable posé, la jeune femme conseille une
tisane faite de douze plantes : aubépine, ballote, balsamite,
fleur et feuille d'oranger, lavande, marjolaine, passiflore, réglisse,
saule, serpolet, valériane ; entrant en synergie, ces "
simples " apaisent la nervosité et effacent la fatigue
cérébrale. " Boire chaud le soir est un bon
point, souligne cette conseillère. Et l'eau chaude exalte
les principes actifs des plantes. "De petits flacons d'huiles
essentielles courent aussi sur les rayons de la boutique. "
Contre l'insomnie, j'ajouterais quelques gouttes d'huile essentielle
de lavande sur l'oreiller."
Infusion ou décoction
Autre recette
qui a fait ses preuves : l'infusion de fleurs de tilleul, à
l'effet sédatif et calmant. À ne pas confondre avec
la décoction, pour laquelle on laisserait bouillir le tilleul
dans l'eau. Car, en décoction, d'autres composantes de
la même plante sont mobilisées : les flavonoïdes
qui, pour leur part, fluidifient le sang. La différence
d'effet est notoire, or elle ne tient qu'à quelques minutes
d'ébullition en plus.
De même, un coup de fatigue justifiera de prendre de la
poudre de plante sèche de prêle, telle quelle ou
sous forme de gélules, pour sa richesse en silice, aux
propriétés reminéralisantes. Alors que, prise
en décoction de 10 à 15 grammes de plante sèche
par litre d'eau, la prêle délivrera des saponosides,
à effet diurétique.
Tisanes, décoctions, teintures officinales (obtenues à
partir de la plante sèche) ou teintures mères (obtenues
à partir de la plante fraîche) font partie de l'arsenal
classique.
Que valent les gélules d'invention plus récente
? Elles renferment parfois la plante séchée et réduite
en poudre. Elles peuvent aussi être remplies d'extrait sec
ou nébulisat : les substances actives de la plante ont
d'abord été extraites grâce à un solvant
(eau, alcool, éther) puis l'extrait liquide est évaporé
et réduit en poudre sèche. Cette seconde préparation
serait nettement plus efficace.
Huiles
essentielles avec prudence
Quant aux
huiles essentielles, qui définissent l'aromathérapie,
elles sont à utiliser avec précaution. Elles sont
obtenues par distillation d'une partie de la plante (de la fleur
à la racine en passant par les feuilles, les graines ou
l'écorce), comme les essences des parfums. Très
concentrées en principes actifs, elles sont des bactéricides
efficaces dont la puissance invite à la modération.
À titre d'exemple, un excès d'huile essentielle
de thym (antiseptique), peut entraîner des convulsions chez
un nourrisson et envoyer même un adulte aux urgences de
l'hôpital.
À l'heure de l'achat, une lecture attentive des étiquettes
laisse perplexe. Limitées au strict nom de la plante ou,
au contraire, surchargées de mentions, elles appellent
impérativement un conseil. " Je sais bien, soupire
le vendeur d'une boutique diététique parisienne.
Les fabricants n'ont toujours pas de charte commune. Le "titrage",
qui doit donner la concentration du principe actif, devient une
notion fourre-tout. Certains flacons arborent la mention "titrée"
seule, vraisemblablement jugée vendeuse. " Un petit
truc pour savoir si l'on a affaire à une poudre sèche
ou à un nébulisat : ouvrir la gélule et verser
le contenu dans l'eau : la poudre surnage et le nébulisat
se mélange.
Un autre point titille la vigilance du consommateur. À
quoi bon les plantes, si elles apportent à l'organisme
des pesticides aussi concentrés que l'essence végétale
elle-même ? Le label AB, pour " agriculture biologique
", cautionne la moitié des deux cents plantes les
plus couramment utilisées. Celles émanant d'une
cueillette en milieu sauvage présentent aussi une relative
garantie de pureté quant aux pesticides.
Des
OGM dans la teinture mère
L'affaire
se corse avec les marques les plus commerciales, que les spécialistes
déconseillent. Même si un nom aussi connu que Arko
met l'accent sur ses gélules 100 % végétales.
Car, en ces temps de " vache folle ", la gélule
proprement gélatineuse, c'est-à-dire fabriquée
à partir d'os de buf notamment, reste en travers
des gorges. Cette méfiance, affirme-ton, ne serait pas
fondée.
Les fabricants de gélatine sont obligés, pour satisfaire
aux règles de la pharmacopée européenne et
à la directive 1999-82 CE (Conseil de l'Europe) de fournir
à leurs clients un certificat de conformité. Par
la voix de leurs porte-parole européens à Bruxelles,
Gelatin Manufacturers of Europe, ils assurent que les matières
premières qu'ils utilisent sont a priori hors de soupçon.
Les procédés de fabrication
inactiveraient de toute façon les agents indésirables
: os et peaux de porcs et de bovins sont passés dans diverses
préparations dont l'acide chlorhydrique ; le produit obtenu
est purifié, filtré avant d'être chauffé
à 140° C minimum pendant quatre secondes, puis figé.
Cela dit, les gélules destinées à la phytothérapie
sont de plus en plus souvent fabriquées à partir
de la cellulose du bois, ce qui élude le problème.
Le seul ennui est que ce matériau, plus difficile à
travailler et à colorer, coûte plus cher.
Une lectrice rapporte que, s'étant vu prescrire des huiles
essentielles mixées dans de l'huile de maïs, comme
il est souvent d'usage, elle a remonté la filière
jusqu'au fournisseur. Lequel a reconnu qu'il ne pouvait pas garantir
l'origine du maïs. De la difficulté de vivre dans
le goût et le respect de la nature
Spécial
patients (trop) impatients
L'aspect
pratique compte pour une part dans le choix du patient. "
Si la demande est à la fois de guérir vite, avec
un traitement facile et au goût sans problème, la
réponse évidente est la gélule, reconnaît
Claudine Luu, pharmacienne et directrice d'un laboratoire phytothérapique
près de Montpellier. Mais, à chaque fois que vous
prenez une gélule, l'enveloppe qui tombe sur la muqueuse
gastrique en pompe l'humidité pour son propre compte avant
que la plante elle-même ne le fasse : à la longue,
l'estomac peut se fatiguer. " C'est pourquoi la pharmacienne
recommande plus volontiers une forme liquide, fût-elle légèrement
alcoolisée.
Autre handicap des plantes pour les gens pressés : le méticuleux
mélange de gouttes qu'il faut effectuer matin et soir,
voire plus souvent, et en général pendant des semaines.
" Pourquoi ne pas se faire prescrire le mélange tout
fait, sous forme de préparation magistrale, par le médecin
? " suggère Claudine Luu. l