Alternative
Santé - L'Impatient,
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L'histoire
du millepertuis en France est exemplaire du flou qui règne
autour de la phytothérapie. Médicament ou non, telle
est la question. En attendant, la plante soigne.
Millepertuis
contre Prozac. En Allemagne, l'affaire est entendue depuis des
lustres. La fleur jaune " aux mille petits trous " (mille
" perthuis ") y est en effet promue médicament
antidépresseur depuis 1988 et remboursée à
ce titre par le système de Sécurité sociale.
Mieux : en septembre 2000, les chercheurs allemands publiaient
un essai comparatif entre le millepertuis et un médicament
allopathique
à base d'une molécule du nom d'imipramine (type
Anafranil). Menée auprès de quelque 300 patients,
l'étude a démontré un effet à peu
près équivalent des deux substances, ce qui conforte
les partisans des plantes.
Sous forme d'extrait (en teinture mère, en gélule),
le millepertuis, dont l'huile cicatrise les brûlures (Lire
Alternative Santé - L'Impatient n° 267, mai 2000.),
agirait sur la dépression, parce que l'une de ses composantes,
l'hypericine, inhiberait l'enzyme qui détruit les neurotransmetteurs.
Ses autres composantes joueraient également un rôle
qui reste à déterminer par les chercheurs. En tout
état de cause, la plante stimule la production de mélatonine,
une hormone qui favorise le sommeil.
Le millepertuis s'est récemment attiré les foudres
de la réglementation française. On a parlé
d'un complot des fabricants d'antidépresseurs chimiques,
ce qui reste à prouver. Mais les Français, champions
notoires dans la consommation des tranquillisants et autres anxiolytiques,
sont aussi gros consommateurs de médicaments, donc plus
en danger potentiel d'interactions médicamenteuses néfastes
que leurs voisins allemands.
Une chose est sûre, l'État a cru bon de prévenir
le public contre l'usage du millepertuis. Le 1er mars 2000, l'Agence
française de sécurité sanitaire des produits
de santé (Afssaps) publiait un communiqué mettant
en garde les médecins contre l'usage éventuel par
leurs patients du millepertuis comme antidépresseur léger.
Car la plante diminue l'effet d'autres médicaments pris
en même temps (notamment des antirétroviraux, utilisés
contre le VIH, et les contraceptifs oraux), en activant leur élimination
par le foie. A contrario, les patients qui auraient associé
le millepertuis à d'autres médicaments étaient
invités à " ne pas interrompre brutalement
la prise de millepertuis ", sous peine d'activation tout
aussi brutale de ces médicaments.
En avril 2000, la Direction générale de la concurrence
et de la répression des fraudes interdisait la vente du
millepertuis (flacons de teinture mère, ampoules de suc,
gélules de poudre, comprimés, etc.) en tant que
" complément nutritionnel ", dans les magasins
de diététique et de produits " biologiques
". Considérée comme un médicament -
sans pour autant bénéficier d'une autorisation de
mise sur le marché -, la teinture mère de millepertuis
est accessible au grand public dans les seuls rayons des pharmacies.
Quant à la vente du millepertuis sur Internet, largement
répandue, elle semble insoucieuse de cette réglementation.