Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
Quelques
cailloux pour se repérer dans la forêt des démarches. Et heureusement
qu'il y a les associations.
Toute personne
victime d'un problème de santé et qui désire travailler dépend
d'une part du ministère de la Santé et des caisses de Sécurité
sociale, d'autre part du ministère du Travail et de l'Emploi et
des organismes tels que la Cotorep,
l'EPSR, etc., dont le but est la réinsertion professionnelle.
Ces deux circuits sont totalement indépendants. Mais de leurs
décisions dépend la possibilité d'obtenir différents statuts :
personne handicapée, titulaire d'une carte d'invalidité, travailleur
handicapé, victime d'un accident du travail ou d'une maladie professionnelle.
À chacun de ces statuts correspondent des droits particuliers
et on peut dépendre de plusieurs d'entre eux en même temps ! Voici
trois exemples.
L'allergie
de Madeleine
Madeleine
travaille dans l'industrie chimique. Mais voilà qu'elle développe
une allergie à certains produits. La Cotorep la reconnaît " travailleuse
handicapée à titre temporaire ". Et là, trois hypothèses :
1 Son poste
de travail est amélioré pour mieux lui convenir ;
2 Elle est reclassée ailleurs dans l'entreprise, sur proposition
du médecin du travail ou de son employeur ;
3 Elle bénéficie de mesures de reconversion professionnelle. Si
Madeleine retrouve une place où ce problème d'allergie ne se pose
plus, elle perdra son statut. Mais si son allergie dure, elle
pourra en demander la reconnaissance comme maladie professionnelle.
L'accident
de Jean
Autre exemple,
Jean, maçon, a un accident de chantier qui provoque une perte
partielle de la motricité de ses doigts, lui interdisant l'exercice
de sa profession. Le préjudice est évalué par les services de
la santé et il obtient une pension d'invalidité. Et là, deux solutions
: soit il se sert des accords professionnels de branche pour retrouver
un travail ; soit il demande à la Cotorep de le reconnaître travailleur
handicapé, et bénéficie alors du soutien de l'EPSR pour sa reconversion.
La
maladie évolutive d'André
Par contre,
le simple déficit moteur moyen d'André ne l'a pas empêché de poursuivre
des études et de trouver un travail en milieu " classique ". Bien
que handicapé, il ne pourra pas prétendre au statut de travailleur
handicapé parce qu'il exerce un emploi comme une personne valide.
Ne possédant pas ce statut, il pourra être licencié dans les mêmes
conditions que les autres salariés. Si son état évolue et remet
en cause son emploi, peut-être voudra-t-il faire reconnaître son
handicap. La question se pose alors de savoir à partir de quand
il est nécessaire de demander le statut de travailleur handicapé
pour bénéficier des protections correspondantes.
L'intervention
de la Sécu
Dans le cas
de Jean (notre deuxième exemple), tant que son état n'est pas
considéré comme " consolidé " (devenu stable) par la Sécurité
sociale, il est en arrêt de travail. En cas de maladie professionnelle
ou d'accident du travail, cela passe nécessairement par la Sécurité
sociale. Puis, quand les médecins de la Sécurité sociale reconnaissent
la consolidation, ils fixent son taux d'incapacité permanente
partielle (IPP) ouvrant droit à indemnisation. Si ce taux est
inférieur à 10 %, l'indemnisation est versée sous la forme d'un
capital indépendant de son salaire (c'est une pension d'invalidité).
Si ce taux d'IPP est supérieur ou égal à 10 %, l'accidenté reçoit
une rente (mensuelle, trimestrielle, etc.) basée sur son salaire
antérieur ; c'est aussi une pension d'invalidité… Le revenu minimum
servant de base est fixé à 95 000 francs par an. Avantage non
négligeable : l'employeur ne pourra licencier une personne accidentée
du travail qu'en respectant des procédures particulières. Lorsque
l'état de l'accidenté est jugé " consolidé ", le médecin du travail
se prononce sur son aptitude à conserver son emploi antérieur.
S'il décide de l'inaptitude, il y a deux possibilités : soit le
travailleur est reclassé dans l'entreprise et son poste de travail
est aménagé ; soit il est licencié, avec un doublement de ses
indemnités de licenciement et une dispense d'effectuer son préavis.
Si, la plupart du temps, un accident professionnel ne souffre
pas de contestation, le cas des maladies professionnelles est
plus complexe ; car le salarié doit apporter la preuve du rapport
de cause à effet entre la maladie et le poste de travail. Depuis
mars 2000, les organismes de Sécurité sociale sont obligés de
respecter des délais dans les procédures de reconnaissance : 1
mois pour un accident du travail, 3 mois pour une maladie professionnelle,
avec un délai supplémentaire de 3 mois pour complément d'information.
Les décisions prises par la Sécurité sociale sont contestables.
Celles dites " de première instance " se concluant souvent par
un avis négatif, il est possible de faire appel. Les associations
apportent un précieux soutien. Par exemple, la Fnath du département
du Tarn, sur une cinquantaine de dossiers qu'elle défend par an
auprès de la Sécurité sociale, obtient 2 avis positifs en première
instance, et plus de 40 en appel !
La
Cotorep : priorité au " dossier "
La Commission
technique d'orientation et de reclassement professionnel, ou Cotorep,
est sans conteste la structure la plus critiquée et la plus contestée
par les handicapés. Sous prétexte d'impartialité administrative,
elle donne la plupart du temps l'impression de s'occuper davantage
des dossiers que des personnes. Depuis la loi fondatrice du 30
juin 1975, il existe une Cotorep dans chaque département,
qui est rattachée à la Direction départementale du travail et
de l'emploi. Y siègent les représentants des organismes représentatifs
de l'État, des travailleurs et des employeurs et des handicapés.
En réalité, la Cotorep se décompose en deux sections qui fonctionnent
de façon séparée.
La première
section accorde le statut de travailleur handicapé (TH), et évalue
le niveau de handicap : A (pour léger ou temporaire), B (pour
modéré ou durable), C (pour important ou définitif). Cette reconnaissance
peut s'accompagner d'une procédure de reclassement. La première
section se prononce sur l'orientation du travailleur handicapé
: soit en milieu de travail ordinaire, soit en entreprise protégée
; ainsi que sur les mesures propres (aménagement du poste, par
exemple) à son maintien dans l'activité initiale ou à son reclassement.
Elle désigne également les établissements et/ou les services qui
assureront la rééducation, le reclassement ou l'accueil des personnes
handicapées. Concrètement, elle confie le sort des handicapés
aux Equipes de préparation et de suite de reclassement (EPSR)
qui doivent respecter les décisions prises par la Cotorep. On
peut faire appel des décisions de la première section en s'adressant
à la Commission départementale des travailleurs handicapés.
La deuxième
section a une autre fonction. Elle accorde la carte d'invalidité
aux personnes dont le niveau de handicap est reconnu supérieur
ou égal à 80 %, qui permet l'octroi de certains avantages : déduction
d'une demi-part fiscale pour la déclaration de revenus, la vignette
automobile gratuite (celle-ci a été supprimée en septembre 2000),
et elle ouvre droit à des allocations complémentaires pour couvrir
des frais professionnels (équipement bureautique, véhicule aménagé)
permettant d'employer une tierce personne… Aucune allocation ne
peut être obtenue de la Cotorep si la personne handicapée perçoit
des prestations de la Sécurité sociale pour les mêmes raisons.
La possession de la carte d'invalidité est indépendante de la
reconnaissance de travailleur handicapé prononcée par la première
section. On peut faire appel des décisions de la deuxième section
auprès du " tribunal du contentieux de l'incapacité " (terminologie
qui fleure bon l'humanisme administratif !)
Démarches
: avec l'aide des associations
Les démarches
à effectuer auprès de la Cotorep sont toutes les mêmes, qu'elles
s'adressent à la première ou à la seconde section. Il faut remplir
un dossier sur lequel est notée la nature de la demande : statut
TH, orientation professionnelle, carte invalidité, allocations,
etc. Le dossier comporte un questionnaire médical que le médecin
traitant doit remplir. C'est dès la constitution de ce dossier
que l'aide des associations s'avère précieuse. Tant pour la rédaction
de la partie administrative que pour la partie médicale. Elles
peuvent suggérer de joindre telle ou telle pièce, de vérifier
que le médecin note telle information d'une manière précise, etc.
Il faut réunir tous les documents pouvant justifier la demande
: certificat médical, attestations, devis, etc. Et être le plus
précis possible pour ne pas aboutir à des décisions qui ne conviennent
pas.
Des
" verdicts " contestables
Les dossiers
sont étudiés par l'équipe technique de la Cotorep : médecin, psychologue,
assistante sociale. Cette équipe peut convoquer le demandeur pour
des entretiens ou des examens complémentaires. C'est sur son avis
que sont appelés à se prononcer les membres des sections de la
Cotorep. Si les dossiers sont constitués à titre individuel, chaque
demandeur peut requérir d'être entendu, en se faisant assister
de la personne de son choix : responsable d'association, syndicaliste,
etc. Légalement, la Cotorep doit convoquer les personnes concernées
à assister à la réunion qui décidera de leur sort. C'est rarement
le cas, par manque de temps et de personnel. Cette absence de
convocation est illégale et elle permet éventuellement de faire
annuler les décisions pour vice de forme… mais de telles procédures
d'annulations sont longues et ne résolvent pas les problèmes d'urgence.
Dans le meilleur des cas, le verdict parvient à l'intéressé deux
à trois mois après le dépôt de son dossier. Mais cela peut être
plus long. En règle générale, les décisions prises sont temporaires
: le statut de TH étant accordé pour une durée de un à cinq ans
et il ne faut pas oublier de demander à temps son renouvellement.
La carte d'invalidité est, elle, accordée dans un premier temps
pour cinq ans ; au bout de cette période, elle peut être renouvelée
pour une nouvelle période de cinq ans ou devenir définitive. Il
est aberrant que des handicaps sans espoir d'amélioration n'ouvrent
pas droit automatiquement et définitivement au statut ou à la
carte d'invalidité ! Organisme administratif, la Cotorep tient
le sort des handicapés entre ses mains. C'est le lieu de l'attente
et du secret, où les décisions se prennent pour les TH, hors de
leur présence la plupart du temps. Surchargées de demandes, les
sections de la Cotorep sont sujettes à de nombreux dysfonctionnements
qui ont été dénoncés dans un rapport demandé par la Mission d'évaluation
et de contrôle de l'Assemblée nationale (disponible sur le site
Internet de l'Assemblée : www.assembléenationale.fr).
Les associations apportent l'assistance qui permet de faire face
aux méandres administratifs. Bien conseillé par elles et par les
EPSR, un TH peut effectuer son parcours sans contact direct (hors
convocations) avec la Cotorep…, et s'épargner bien des tensions.