Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
FEVRIER
2001
Interview
Didier carrière, directeur de l'EPSR du Tarn
Les
équipes de préparation et de suite de reclassement (EPSR) sont
reconnues comme structures d'accompagnement des travailleurs handicapés.
Didier Carrière anime celle du Tarn.
ALTERNATIVE
SANTÉ - L'Impatient : comment intervenez-vous dans l'itinéraire
du handicapé ?
Didier Carrière
: Officiellement, comme EPSR, nous intervenons une fois que la
Cotorep a attribué la " qualité " de travailleur handicapé. Nous
ne sommes pas un " bureau de placement " qui affecterait chaque
personne à une case prédéterminée, mais une structure d'accompagnement
personnalisé. Le travailleur handicapé qui arrive chez nous a
" son " référent dans notre équipe. Il verra toujours la même
personne. Cette relation individualisée est importante. Nous pensons
que c'est nécessaire pour obtenir la meilleure insertion professionnelle.
Le premier entretien est un dialogue approfondi qui permet de
déterminer un plan d'action : formation, maintien dans l'emploi,
recherche d'emploi, projet personnel, etc.
Comment
intervenez-vous dans la recherche d'emploi ?
Notre action
se fait en relation permanente avec l'ANPE. Toutes les offres
d'emploi susceptibles d'être assurées par un travailleur handicapé
nous sont transmises. Nous recherchons les personnes correspondantes.
Nous avons fait le choix d'une " discrimination " positive, en
proposant l'offre seulement aux personnes dont nous pensons qu'elle
peut leur convenir. Les travailleurs handicapés sont souvent en
situation psychologique difficile ; il faut éviter que leur recherche
d'emploi soit une suite d'échecs.
Intervenez-vous
aussi pour des personnes ayant déjà un emploi ?
Oui, notre
action concerne toute personne reconnue handicapée, qu'elle soit
au chômage ou en activité. Pour ces dernières, il faut d'abord
examiner l'adaptation de son poste de travail. Nous pouvons intervenir
avec les autres - employeurs, médecin du travail, AGEFIPH, etc.
- pour proposer et trouver des solutions : aménagement du poste
de travail, formation complémentaire, reclassement dans l'entreprise
ou à l'extérieur, etc. Lorsque la relation avec l'employeur est
au stade du conflit, nous essayons de trouver quand même des solutions.
Elles peuvent passer par des procédures et des financements publics
ou privés (branches professionnelles, conventions régionales,
etc.). Notre rôle n'est pas de départager les deux parties. Nous
ne sommes pas une association de défense des handicapés, mais
nous avons une mission de service public d'accompagnement.
Quel
conseil donneriez-vous aux personnes concernées ?
Ne pas attendre.
Lorsqu'il y a un problème de santé lié au travail, il faut s'interroger
le plus tôt possible. Ce problème est-il de l'ordre du handicap
? Si oui, il ne faut pas hésiter à entreprendre des démarches.
Consulter le médecin du travail, qui respectera la confidentialité
; demander conseil aux associations, qu'il s'agisse d'associations
de défense, ou d'EPSR. Même si ces derniers ne peuvent intervenir
officiellement qu'après décision de la Cotorep, ils peuvent informer
et conseiller. Il ne faut pas hésiter à poser un dossier de reconnaissance
de travailleur handicapé à la Cotorep. Car c'est en intervenant
le plus tôt possible que nous pourrons utiliser le plus efficacement
tous les dispositifs existants. (autre papier) TRAVAILLER chez
soi Supprimer les déplacements et construire ses propres conditions
de travail. Une bonne solution si on sait éviter les pièges. Le
handicap induit parfois une plus grande fatigabilité, des difficultés
de déplacement, des problèmes de communication (auditive, visuelle,
etc.). La solution du travail à domicile apparaît séduisante.
Elle permet de choisir son rythme, d'éviter de trop se déplacer
et de séjourner dans des bureaux bruyants, de tenir compte des
contraintes médicales… La télématique, qui combine l'informatique
et les télécommunications, a révolutionné le travail à domicile.
C'est le " télétravail " : le salarié accomplit sa tâche sur ordinateur
(enregistrement de données, conception de programmes, gestion
de fichiers, travaux d'écriture…) et communique avec son employeur
par fax ou courrier électronique. Le réseau Internet rompt définitivement
l'isolement, en mettant à disposition une prodigieuse quantité
d'informations et la possibilité d'établir des contacts avec le
monde entier. Rapidité, efficacité, modernité constituent les
principales qualités du télétravail. Gérer son temps, son espace…
et son isolement Néanmoins, cette forme de travail comporte certains
écueils, qu'il vaut mieux connaître.
Celui du
temps. Parce qu'on n'est plus soumis à des contraintes horaires,
et que le travail " à la tâche " ne tient pas compte du temps,
on peut travailler beaucoup… L'organisation du temps de travail
à domicile doit respecter la vie privée. Lorsque le bureau est
à l'intérieur du logement, comment se réserver un week-end tranquille
s'il reste du travail à accomplir, et éviter les appels ou le
déclenchement des fax à toute heure ?
Celui de
l'espace disponible qui ne doit pas empiéter sur celui de la vie.
Mais contraintes de lieu et d'action, surtout dans l'exiguïté
des logements citadins, font que beaucoup travaillent encore,
sinon sur leur table de cuisine, du moins dans des conditions
qui n'ont rien de commode. Écran d'ordinateur, clavier, téléphone-fax,
imprimante, scanner… (pour ne citer que les éléments les plus
indispensables) prennent de la place. Pour le travailleur handicapé
qui voudrait se lancer dans le télétravail, il faut réaliser au
préalable une étude ergonomique des lieux pour savoir si la disposition
de l'espace, du mobilier, de l'écran… lui convient pour éviter
toute fatigue inutile. Le financement d'une installation adaptée
peut être réfléchi en concertation avec l'employeur et co-financé
par l'Agepith . Le contrat de travail doit clairement préciser
et identifier tous ces aspects.
Celui de
l'absence de contraintes extérieures. Les jours de fatigue, il
faut compter sur sa seule volonté pour " s'y mettre ". Cela suppose
de la rigueur. Le manque de contact relationnel augmente l'isolement
psychologique. Le télétravail peut favoriser la fuite dans le
virtuel, psychologiquement éprouvant. Un contact physique (c'est-à-dire
pas seulement par téléphone) régulier doit être maintenu avec
l'employeur et les collègues. Néanmoins, le télétravail offre
une réelle opportunité à certains handicapés pour s'insérer professionnellement,
voire fonder, une fois aguerris, leur propre entreprise.