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FEVRIER 2001

 

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homéopathie et dépression

 

Si les indications de l'homéopathie sont nombreuses, on ne pense pas toujours y recourir lors d'une dépression. Le Dr Isa, médecin homéopathe, nous fait part de son expérience et de sa pratique. Son avis autorisé nous offre une approche nuancée de ce délicat problème de santé.

"Docteur, je déprime… " Bien rare est cette entrée en matière. Plus fréquemment, nous entendons : " Docteur, je ne me sens pas bien… ". Médecins et homéopathes, nous avons appris au cours de nos études à entendre la plainte exprimée par les mots des malades, quand ce ne sont pas leurs maux qui parlent à leur place. Déjà, au XIXe siècle, Hahnemann écrivait : " Il n'existe aucune maladie dite somatique où l'on ne puisse découvrir des modifications constantes de l'état psychique du malade. " Et dans ses observations il montra que l'inverse était vrai : chacun des remèdes dont nous disposons en tant qu'homéopathe, rarement psychiatre, présente une multitude de symptômes psychiques et physiques, et notre rôle est d'apparier ces remèdes avec le patient venu nous consulter.

Reconnaître la dépression

" Je suis fatiguée, je n'en peux plus de ce travail de fou, je n'arrive plus à réfléchir, j'ai besoin de calme, de solitude… ", me distille mademoiselle C. en économisant autant que possible ses mots. Une plainte pudique, beaucoup de silences et de soupirs. Le repli physique chez cette jeune femme longiligne que je connais depuis l'enfance. Et, avec son cas, je retrouve Natrum Mur., le remède des périodes difficiles de son enfance, quand elle ne voulait plus aller en classe (ayant préféré les cours par correspondance, seule dans sa chambre pendant un an), ou de sa tristesse quand le travail qu'elle souhaitait ne répondait pas à son attente. Dépression ? Epuisement ? Me noyant sous un flot de paroles décousues, presque incohérentes, avec quelques rires incontrôlés, mélangeant un divorce (quelques années avant), la ménopause, le traitement hormonal, les troubles psychiatriques de sa fille : madame B. est à la limite d'une phase maniaque. Quelques années plus tard vient une phase de mutisme, de mimiques pauvres, de tristesse avec des idées suicidaires, de désespoir avec les mêmes insomnies d'endormissement, les mêmes bouffées de chaleur alternant avec des froids de mort, les mêmes cauchemars : oui, là encore, c'est une dépression d'abord masquée, puis bien réelle justiciable de Platina puis Lachesis. Perturbées dans le cours de leur pensée, réceptives profondément à leur environnement affectif et professionnel, incapables d'avoir un comportement en harmonie avec l'attente de la société à leur égard, ces deux femmes aux deux extrêmes de la vie professionnelle décompenseront sous forme dépressive ; pour d'autres personnes, ce seront des deuils récents, la baisse des performances intellectuelles avec l'âge, une maladie physique qui les atteint aussi dans leur humeur. Je suis médecin et, selon la gravité des troubles, je pose un diagnostic de déprime ou de dépression légère ou grave, voire de dépression masquée sous une constellation de troubles physiques. Homéopathe, je cherche ensuite à reconnaître pour chacun les remèdes qui peuvent soit l'aider, soit le guérir à court ou à long terme. Après un long interrogatoire où s'entremêlent les circonstances ayant conduit à cet état, les manifestations psychiques et physiques et leur mode d'apparition, le comportement habituel du patient (qui permet de mesurer la différence entre l'état normal et pathologique), le passé familial et personnel et enfin les traitements déjà pris, vient le temps de la comparaison entre ces signes et ce que je connais des remèdes homéopathiques.

Des remèdes personnalisés

Sans établir de liste exhaustive, car trop nombreux sont les remèdes utilisables dans un contexte dépressif, voici quelques tableaux symptomatiques.

Monsieur G., 45 ans, a décidé de cesser de fumer. C'est un homme peu loquace sur lui-même, pudique sur ses difficultés conjugales. Très exigeant, perfectionniste, actif et autoritaire, il devient sujet à de violentes colères, puis se renferme, rumine et finit par ne plus voir personne. Tout est de sa faute, il ne sert plus à rien. Il m'évoque Aurum metalicum, mais je ne dois pas oublier que ces sentiments d'échec peuvent conduire au suicide.

Madame H., 48 ans, en larmes, car son mari a une maîtresse et qu'elle a décidé de se séparer de lui. Elle prend un traitement antidépresseur qui ne l'empêche pas de pleurer pour un oui ou pour un non et elle ne veut plus continuer. Cette femme perfectionniste ne supporte pas de devoir travailler sans être au mieux de sa forme et ne se console que lorsque ses amies lui proposent de sortir. Quelques prises d'Ignatia et de Lycopodium suffiront à lui redonner le tonus nécessaire et à faire face aux difficultés, sans autre remède antidépresseur mais avec un suivi médical mensuel.

Monsieur O. est dépressif depuis plus de dix ans, dépression dite endogène (qui trouve son origine à l'intérieur du sujet lui-même et non dans des causes extérieures). Il prend quatre remèdes à visée régulatrice de son humeur, en plus d'un traitement pour une bronchite chronique consécutive à deux broncho-pneumonies dans son enfance. Ebéniste de métier, il ne croit plus à son travail, délaisse ses outils, ne sort plus guère, mange, grossit et tousse… malgré les antibiotiques et les séances de kinésithérapie respiratoire. En cinq ans, il ne prend plus que deux remèdes psychiatriques et les doses ont diminué de moitié, il voyage avec sa femme maintenant qu'il est à la retraite, désire perdre du poids - même s'il n'est pas forcément prêt à faire le nécessaire - et respirer mieux (les traitements antibiotiques sont devenus exceptionnels). Il est fier de m'annoncer que le psychiatre lui-même avait proposé de diminuer encore l'un des remèdes. Et ce, grâce à Kali carbonicum qui l'a rendu plus " souple " face aux frustrations de sa vie d'ébéniste (elle ne s'est pas conclue comme il l'aurait souhaité) et lui a permis un meilleur dialogue avec son épouse qui supportait patiemment son insatisfaction permanente, ses plaintes autour de son cœur, de ses bronches, de ses jambes, de ses yeux, etc.

Je rencontre aussi parfois Sepia (je la désigne, comme beaucoup de mes patients, par le nom de la spécialité par laquelle je la traite) souvent de noir vêtue, qui se mure dans un mutisme agressif, figée sur sa chaise, elle blesse ceux qu'elle aime dès qu'ils veulent l'aider : plus rien ne la tente, plus rien ne lui fait plaisir, même pas la cage de " devoirs " dans laquelle elle préfère se renfermer. Quant à parler sexualité, plus rien n'est possible entre mycoses et cystites.

Ou encore Phosphoric acid, tout aussi découragé, plus épuisé, muet car " vidé " même au niveau de la mémoire et qui ne peut plus faire le moindre effort intellectuel ou physique tant il s'est surmené.

Moins fatigué, Phosphorus récupère vite en général, car il sait charmer et attirer la sympathie, mais il peut tout aussi vite s'effondrer et décompenser à la suite d'un choc affectif ou d'une maladie infectieuse déprimant les défenses immunitaires.

Tout proche est Natrum muriaticum, fragile affectivement, sujet à des crises existentielles quand la vie ne répond pas à son attente, ou Natrum sulfuricum dont le tempérament dépressif se retrouve aux changements de temps ou de saison, quand il fait humide. Masquée par de nombreux troubles physiques (diarrhées explosives, maux de tête, douleurs rhumatismales, somnolences dans la journée), cette déprime mêlée d'angoisses matinales peut être secondaire à un traumatisme crânien, passer inaperçue et parfois conduire au suicide.

Natrum carbonicum, lui, est ralenti, fatigué physiquement, intellectuellement et moralement : il manque de confiance en soi et demande sans cesse à être aidé par son entourage. Cette dépendance affective ancienne est souvent la blessure profonde de ces patients qui se sentent des incapables définitifs, ce qui les rend agressifs autant qu'angoissés.

Une affaire de spécialiste

Le plus angoissé de tous les dépressifs est Arsenicum album, soucieux des moindre détails. Il vérifie toujours tout, craint la solitude et s'isole de son entourage par ce comportement, ce qui le désespère, l'inquiète, alors il range tout chez lui comme si sa mort était toute proche.

Graphite fait partie des plus inhibées. Elle est apathique, dès le réveil, elle s'angoisse de la journée à venir et l'inhibition la cloue dans son fauteuil. Sans aucun désir, elle néglige tout et ressasse ses fautes et remords, ce qui augmente son inhibition. Eczéma, constipation, somnolence complètent le cortège des troubles de ces personnes (souvent des femmes), têtues et susceptibles, avides de consolation.

Causticum est inhibé, mais c'est par la peur : peur d'être abandonné, de ne plus être aimé, de finir sa vie seul, soit à la suite de ruptures affectives mal gérées, soit à la suite d'une dégradation de son état physique (en particulier neurologique) qui le fait décompenser moralement et lui ôte tout courage pour " faire face ". Bien d'autres remèdes peuvent encore être évoqués pour apaiser la souffrance de personnes dépressives : Arnica ou Ignatia pour les suites de deuil, Conium chez un célibataire aigri, etc. Mais avant tout je voudrais insister sur la nécessité de l'intervention d'un médecin homéopathe pour le choix délicat de ces remèdes. Une dépression est souvent une urgence et il ne s'agit pas de perdre du temps à patauger avec des remèdes mal choisis : lorsque des traitements psychiatriques ou de phytothérapie (comme le millepertuis), ou encore une réelle psychothérapie au-delà de la simple " écoute bienveillante ", du médecin sont nécessaires, il est indispensable et parfois vital de le reconnaître. Néanmoins, ces exemples montrent que l'homéopathie peut toujours avoir sa place dans ce contexte, qu'elle n'est pas incompatible avec les traitements antidépresseurs hospitaliers. Et les patients pourraient témoigner du confort de vie que nos granules leur apportent.

Dr Isa

(1) Samuel Hahnemann, médecin allemand né en 1755 à Meissen, mort à Paris en 1843. Fondateur de l'homéopathie.

Précautions d'usage

L'article ci-contre ne doit pas être pris comme une incitation à l'automédication. La dépression est un problème trop grave pour laisser la place à des approximations. Seul un médecin peut être à même de juger de l'état dépressif d'un malade. Il serait par ailleurs dangereux de croire que l'homéopathie peut, à elle seule, venir à bout de perturbations importantes de l'humeur. L'objectif de cet article est d'expliquer d'une part que la dépression peut prendre différentes formes que le thérapeute devra décrypter ; d'autre part que l'homéopathie propose des remèdes qui, prescrits correctement en fonction des caractéristiques du malade, peuvent aider à surmonter des états dépressifs (avec éventuellement l'appoint des antidépresseurs classiques ou de phytothérapie, comme le millepertuis), ou encore d'en prévenir les récidives. Mais il est des cas où l'hospitalisation est absolument nécessaire pour éviter que les malades ne mettent leur vie en danger.


 

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L'article ci-contre ne doit pas être pris comme une incitation à l'automédication. La dépression est un problème trop grave pour laisser la place à des approximations. Seul un médecin peut être à même de juger de l'état dépressif d'un malade. Il serait par ailleurs dangereux de croire que l'homéopathie peut, à elle seule, venir à bout de perturbations importantes de l'humeur. L'objectif de cet article est d'expliquer d'une part que la dépression peut prendre différentes formes que le thérapeute devra décrypter ; d'autre part que l'homéopathie propose des remèdes qui, prescrits correctement en fonction des caractéristiques du malade, peuvent aider à surmonter des états dépressifs (avec éventuellement l'appoint des antidépresseurs classiques ou de phytothérapie, comme le millepertuis), ou encore d'en prévenir les récidives. Mais il est des cas où l'hospitalisation est absolument nécessaire pour éviter que les malades ne mettent leur vie en danger.

 

 

 

 

 

 

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