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MARS 2001

Interview
Jean-Pierre Grouzard,
président de la Fédération française des curistes médicalisés

 

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LES CURISTES SONT LES NOUVEAUX PARTENAIRES DU THERMALISME

 

 


ALTERNATIVE SANTÉ - L'Impatient : Quels sont les objectifs de votre Fédération ?

Jean-Pierre Grouzard : Nous voulons informer les curistes sur leurs droits et faire respecter ceux-ci. Nous veillons notamment au maintien de la qualité des soins, menacée par certaines sociétés qui veulent soumettre le thermalisme à une logique marchande et industrielle. Elles veulent plus de clients en moins de temps.

Des établissements essaient de faire retirer des prestations remboursées certains soins pourtant très performants. Simultanément, ils font pression sur les médecins pour qu'ils multiplient les prescriptions de soins supplémentaires non remboursés. À Amélie-les-Bains, en 2000, les thermes ont supprimé la douche vapeur inscrite depuis longtemps dans son forfait. Au Mont-Dore, par contre, ils ont dû renoncer à supprimer les injections de gaz en rhumatologie. On assiste par ailleurs à une diminution du temps des soins, limité aux temps minimaux définis par la convention signée avec l'assurance maladie. Ces pratiques sont opposées à une médecine personnalisée : les temps de soins peuvent varier selon l'âge, le poids ou l'état de santé du curiste. Seuls les médecins doivent déterminer les temps de soins, comme ils choisissent les doses des médicaments adaptées à chaque patient. Nuisibles aux patients, ces pratiques sont une grave atteinte à l'éthique médicale et à l'indépendance des médecins.

Que répondez-vous à la Chaîne thermale du soleil qui vous attaque en justice ?


Nos positions sont soutenues par de nombreux médecins et professeurs de médecine, le Syndicat national des médecins des stations thermales ainsi que l'Ordre des médecins. De son côté, la Caisse nationale d'assurance maladie veut obliger les chaînes thermales à respecter les ordonnances des médecins. Les stations du Mont-Dore et d'Amélie-les-Bains risquent d'être sanctionnées pour leurs pratiques. Les sociétés qui exploitent les stations thermales doivent comprendre que les curistes sont les nouveaux partenaires du thermalisme et que sa modernisation ne peut se faire sans eux. Nous sommes opposés à la volonté de transformer le thermalisme en simple activité de tourisme et de loisir avec les cures de remise en forme de huit jours. Ces cures de remise en forme, non remboursées par la Sécurité sociale, ne sont pas du thermalisme et doivent se faire, soit à des heures séparées de celles des cures thermales, soit dans des établissements séparés. Le thermalisme est à la fois médical et social. Il doit reposer sur des soins de qualité accessibles à tous.

Que pensez-vous du rapport de l'Igas sur le thermalisme ?

C'est un rapport extrêmement rigoureux et salutaire. Il y a déjà quelques travaux qui répondent aux critères modernes de l'évaluation, comme le montre le récent livre du Pr Queneau, Médecine thermale : faits et preuves (éd. Masson). Mais le rapport demande à juste titre un vaste plan d'évaluation. Il a repris nombre de nos remarques et met en cause les pressions sur les médecins et les menaces sur la qualité des soins. Ses propositions sont la dernière chance du thermalisme et il ne faut pas qu'il reste lettre morte. Nous allons demander au ministre de la Santé un suivi annuel de la mise en place des mesures préconisées par l'Igas.

Propos recueillis par Régis Pluchet

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