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ALTERNATIVE
SANTÉ - L'Impatient : Quels sont les objectifs de votre
Fédération ?
Jean-Pierre
Grouzard : Nous voulons informer les curistes sur leurs droits
et faire respecter ceux-ci. Nous veillons notamment au maintien
de la qualité des soins, menacée par certaines sociétés
qui veulent soumettre le thermalisme à une logique marchande
et industrielle. Elles veulent plus de clients en moins de temps.
Des établissements
essaient de faire retirer des prestations remboursées certains
soins pourtant très performants. Simultanément,
ils font pression sur les médecins pour qu'ils multiplient
les prescriptions de soins supplémentaires non remboursés.
À Amélie-les-Bains, en 2000, les thermes ont supprimé
la douche vapeur inscrite depuis longtemps dans son forfait. Au
Mont-Dore, par contre, ils ont dû renoncer à supprimer
les injections de gaz en rhumatologie. On assiste par ailleurs
à une diminution du temps des soins, limité aux
temps minimaux définis par la convention signée
avec l'assurance maladie. Ces pratiques sont opposées à
une médecine personnalisée : les temps de soins
peuvent varier selon l'âge, le poids ou l'état de
santé du curiste. Seuls les médecins doivent déterminer
les temps de soins, comme ils choisissent les doses des médicaments
adaptées à chaque patient. Nuisibles aux patients,
ces pratiques sont une grave atteinte à l'éthique
médicale et à l'indépendance des médecins.
Que
répondez-vous à la Chaîne thermale du soleil
qui vous attaque en justice ?
Nos positions sont soutenues par de nombreux médecins et
professeurs de médecine, le Syndicat national des médecins
des stations thermales ainsi que l'Ordre des médecins.
De son côté, la Caisse nationale d'assurance maladie
veut obliger les chaînes thermales à respecter les
ordonnances des médecins. Les stations du Mont-Dore et
d'Amélie-les-Bains risquent d'être sanctionnées
pour leurs pratiques. Les sociétés qui exploitent
les stations thermales doivent comprendre que les curistes sont
les nouveaux partenaires du thermalisme et que sa modernisation
ne peut se faire sans eux. Nous sommes opposés à
la volonté de transformer le thermalisme en simple activité
de tourisme et de loisir avec les cures de remise en forme de
huit jours. Ces cures de remise en forme, non remboursées
par la Sécurité sociale, ne sont pas du thermalisme
et doivent se faire, soit à des heures séparées
de celles des cures thermales, soit dans des établissements
séparés. Le thermalisme est à la fois médical
et social. Il doit reposer sur des soins de qualité accessibles
à tous.
Que
pensez-vous du rapport de l'Igas sur le thermalisme ?
C'est un rapport
extrêmement rigoureux et salutaire. Il y a déjà
quelques travaux qui répondent aux critères modernes
de l'évaluation, comme le montre le récent livre
du Pr Queneau, Médecine thermale : faits et preuves (éd.
Masson). Mais le rapport demande à juste titre un vaste
plan d'évaluation. Il a repris nombre de nos remarques
et met en cause les pressions sur les médecins et les menaces
sur la qualité des soins. Ses propositions sont la dernière
chance du thermalisme et il ne faut pas qu'il reste lettre morte.
Nous allons demander au ministre de la Santé un suivi annuel
de la mise en place des mesures préconisées par
l'Igas.
Propos
recueillis par Régis Pluchet
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