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MARS 2001

NATURE : RESPECTONS LA BIODIVERSITE

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La diversité du monde vivant semblait être jusqu'au milieu du XXe siècle une donnée immuable. Elle nous apparaît actuellement fragile, menacée et érodée. Comment réagir face à cette situation nouvelle ?

 

On oublie trop souvent que la mort fait partie de la vie, et que c'est même une condition de la variété du vivant. Tout au long de l'évolution, des espèces ont disparu et les temps géologiques ont été ponctués de vagues d'extinctions massives. On estime que le total des espèces ayant existé sur terre est dix fois supérieur à celui des espèces actuelles. L'extinction est donc un phénomène normal. Mais, depuis plus d'un siècle, on a la preuve que l'homme est la cause de la disparition de nombreux organismes. L'apparition d'une espèce demande au minimum plusieurs milliers d'années, tandis que sa disparition peut survenir dans l'espace d'une génération humaine. Et le rythme actuel des extinctions est bien supérieur à celui de l'apparition de nouvelles espèces. Conserver la biodiversité est donc devenu indispensable.

En France, nous vivons entourés de plus de quatre mille espèces de plantes sauvages, sans compter les champignons et de plusieurs centaines d'espèces animales. Mais la survie de nombre de ces organismes est problématique et plusieurs ont d'ores et déjà disparu. Par exemple, la violette de Cry (Viola cryana), éliminée par des récoltes excessives, ou la naufragée des Baléares (Naufraga balearica), dont le seul biotope (milieu géographique offrant des conditions favorables à une ou plusieurs espèces vivantes) en Corse vient d'être détruit par les rejets d'une bergerie… Le palmier nain (Chamaerops humilis), notre seul palmier indigène, a été totalement éliminé par le bétonnage de la côte d'Azur. La modification des méthodes de culture a fait disparaître depuis quarante ans la plupart des plantes liées aux cultures de céréales connues sous le nom de " messicoles ", comme le pied d'alouette, la nielle des blés et le bleuet. Tout cela s'accompagne de pollutions chimiques qui influent à la fois sur les milieux et sur les espèces. Il s'agit en particulier des pesticides, dont les effets négatifs sont unanimement reconnus, mais aussi des fertilisants. Car les prairies fortement engraissées sont - paradoxalement peut-être - beaucoup plus pauvres du point de vue de la variété des espèces que les prairies maigres traditionnelles. Finis le salsifis sauvage, le millepertuis, la pimprenelle ou les narcisses cohabitant avec trente autres plantes : il ne reste plus que la berce, le trèfle et l'envahissant pissenlit, qui adorent l'azote.

Un réservoir de gènes pour l'avenir

Les espèces domestiques que nous utilisons ne sont pas forcément mieux loties que leurs consœurs sauvages. En modelant les plantes à son usage depuis des siècles, l'homme a produit une extraordinaire diversité de formes, de couleurs et d'adaptations diverses. Ainsi de la pomme de terre, de la tomate ou du pommier, à l'intérieur desquelles ont été développées diverses variétés, nommées " cultivars " (de l'anglais, cultivated variety). C'est ainsi que la " Bintje " et la " Belle-de-Fontenay " sont des cultivars de pomme de terre, la " Roma " et la " Poire jaune " de tomate, la " Golden " et la " Reinette du Mans ", des cultivars de pomme - parmi des centaines voire des milliers d'autres pour chaque espèce. Chacun de ces cultivars possède ses qualités propres d'adaptation à un terroir, de résistance à certaines maladies, de saveur et de conservation.
Le développement des industries agroalimentaires modernes a entraîné des améliorations génétiques, en particulier l'augmentation des rendements. Mais, en même temps, le nombre de variétés utilisées a considérablement diminué. Sur cinq mille variétés de pommes connues, on n'en commercialise plus qu'une dizaine.

Erreur d'appréciation

La façon dont on présente habituellement la nécessité de préserver la biodiversité peut laisser rêveur. D'après les personnes autorisées, il faudrait absolument préserver un maximum d'espèces végétales car elles représentent un " réservoir de gènes " qui pourra dans le futur s'avérer utile, voire indispensable. Les céréales sauvages proches du blé, dont il existe un grand nombre dans le sud-est de l'Europe et au Proche-Orient, permettraient grâce au génie génétique d'apporter au blé des qualités de résistance à certaines maladies ou à la sécheresse, qui pourraient être bénéfiques pour l'homme (en tous cas pour les chercheurs…).
Parmi les innombrables plantes des régions tropicales du globe, en particulier dans les forêts, un grand nombre n'ont pas encore été répertoriées. Et même celles qui l'ont été ne sont pas bien connues quant à leurs propriétés médicinales. La mode est donc venue d'écumer les savoirs traditionnels des peuples vivant près de la nature, afin de déterminer quelles plantes peuvent nous être utiles (voir ALTERNATIVE SANTÉ - L'Impatient n° 257). C'est surtout dans le domaine de la médecine que se trouve l'intérêt. Se basant sur les indications des guérisseurs, on recherche en laboratoire les principes actifs pour en synthétiser des molécules dont le brevet sera ensuite vendu aux géants de la chimie. Ceux-ci en fabriqueront des médicaments qui sauveront l'humanité… ou qui serviront à soulager les foies occidentaux engorgés par les excès !

La gratuité de la vie

Cette approche de la biodiversité profite aux chercheurs et aux laboratoires. Mais ne serait-il pas préférable de mettre l'accent sur la prévention, sur l'hygiène de vie, sur l'alimentation ? Sans doute, mais soyons réalistes : le profit serait nettement moindre.
Préserver la biodiversité ? Oui, certainement. Il semble même bizarre de devoir se poser la question. Mais pas forcément dans un but utilitaire. Pas forcément dans un but quel qu'il soit, d'ailleurs. Simplement par respect pour la vie et pour la mort. Simplement parce que j'aime découvrir les merveilles de la nature, parce que j'aime savoir que je vis entouré d'une multitude de végétaux et d'animaux qui partagent avec moi la vie sur cette terre. Parce que, dans le domaine des variétés créées par l'homme, on peut considérer ces dernières comme des œuvres d'art et qu'il est toujours dommage qu'une œuvre d'art disparaisse… En résumé, il faut simplement se souvenir que la diversité est indispensable à la vie. l

François Couplan

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