Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
La
diversité du monde vivant semblait être jusqu'au
milieu du XXe siècle une donnée immuable. Elle nous
apparaît actuellement fragile, menacée et érodée.
Comment réagir face à cette situation nouvelle ?
On oublie
trop souvent que la mort fait partie de la vie, et que c'est même
une condition de la variété du vivant. Tout au long
de l'évolution, des espèces ont disparu et les temps
géologiques ont été ponctués de vagues
d'extinctions massives. On estime que le total des espèces
ayant existé sur terre est dix fois supérieur à
celui des espèces actuelles. L'extinction est donc un phénomène
normal. Mais, depuis plus d'un siècle, on a la preuve que
l'homme est la cause de la disparition de nombreux organismes.
L'apparition d'une espèce demande au minimum plusieurs
milliers d'années, tandis que sa disparition peut survenir
dans l'espace d'une génération humaine. Et le rythme
actuel des extinctions est bien supérieur à celui
de l'apparition de nouvelles espèces. Conserver la biodiversité
est donc devenu indispensable.
En France,
nous vivons entourés de plus de quatre mille espèces
de plantes sauvages, sans compter les champignons et de plusieurs
centaines d'espèces animales.
Mais la survie de nombre de ces organismes est problématique
et plusieurs ont d'ores et déjà disparu. Par exemple,
la violette de Cry (Viola cryana), éliminée par
des récoltes excessives, ou la naufragée des Baléares
(Naufraga balearica), dont le seul biotope (milieu géographique
offrant des conditions favorables à une ou plusieurs espèces
vivantes) en Corse vient d'être détruit par les rejets
d'une bergerie Le palmier nain (Chamaerops humilis), notre
seul palmier indigène, a été totalement éliminé
par le bétonnage de la côte d'Azur. La modification
des méthodes de culture a fait disparaître depuis
quarante ans la plupart des plantes liées aux cultures
de céréales connues sous le nom de " messicoles
", comme le pied d'alouette, la nielle des blés et
le bleuet. Tout cela s'accompagne de pollutions chimiques qui
influent à la fois sur les milieux et sur les espèces.
Il s'agit en particulier des pesticides, dont les effets négatifs
sont unanimement reconnus, mais aussi des fertilisants. Car les
prairies fortement engraissées sont - paradoxalement peut-être
- beaucoup plus pauvres du point de vue de la variété
des espèces que les prairies maigres traditionnelles. Finis
le salsifis sauvage, le millepertuis, la pimprenelle ou les narcisses
cohabitant avec trente autres plantes : il ne reste plus que la
berce, le trèfle et l'envahissant pissenlit, qui adorent
l'azote.
Un
réservoir de gènes pour l'avenir
Les espèces
domestiques que nous utilisons ne sont pas forcément mieux
loties que leurs consurs sauvages. En modelant les plantes
à son usage depuis des siècles, l'homme a produit
une extraordinaire diversité de formes, de couleurs et
d'adaptations diverses. Ainsi de la pomme de terre, de la tomate
ou du pommier, à l'intérieur desquelles ont été
développées diverses variétés, nommées
" cultivars " (de l'anglais, cultivated variety). C'est
ainsi que la " Bintje " et la " Belle-de-Fontenay
" sont des cultivars de pomme de terre, la " Roma "
et la " Poire jaune " de tomate, la " Golden "
et la " Reinette du Mans ", des cultivars de pomme -
parmi des centaines voire des milliers d'autres pour chaque espèce.
Chacun de ces cultivars possède ses qualités propres
d'adaptation à un terroir, de résistance à
certaines maladies, de saveur et de conservation.
Le développement des industries agroalimentaires modernes
a entraîné des améliorations génétiques,
en particulier l'augmentation des rendements. Mais, en même
temps, le nombre de variétés utilisées a
considérablement diminué. Sur cinq mille variétés
de pommes connues, on n'en commercialise plus qu'une dizaine.
Erreur
d'appréciation
La façon
dont on présente habituellement la nécessité
de préserver la biodiversité peut laisser rêveur.
D'après les personnes autorisées, il faudrait absolument
préserver un maximum d'espèces végétales
car elles représentent un " réservoir de gènes
" qui pourra dans le futur s'avérer utile, voire indispensable.
Les céréales sauvages proches du blé, dont
il existe un grand nombre dans le sud-est de l'Europe et au Proche-Orient,
permettraient grâce au génie génétique
d'apporter au blé des qualités de résistance
à certaines maladies ou à la sécheresse,
qui pourraient être bénéfiques pour l'homme
(en tous cas pour les chercheurs ).
Parmi les innombrables plantes des régions tropicales du
globe, en particulier dans les forêts, un grand nombre n'ont
pas encore été répertoriées. Et même
celles qui l'ont été ne sont pas bien connues quant
à leurs propriétés médicinales. La
mode est donc venue d'écumer les savoirs traditionnels
des peuples
vivant près de la nature, afin de déterminer quelles
plantes peuvent nous être utiles (voir ALTERNATIVE SANTÉ
- L'Impatient n° 257). C'est surtout dans le domaine de la
médecine que se trouve l'intérêt. Se basant
sur les indications des guérisseurs, on recherche en laboratoire
les principes actifs pour en synthétiser des molécules
dont le brevet sera ensuite vendu aux géants de la chimie.
Ceux-ci en fabriqueront des médicaments qui sauveront l'humanité
ou qui serviront à soulager les foies occidentaux engorgés
par les excès !
La
gratuité de la vie
Cette approche
de la biodiversité profite aux chercheurs et aux laboratoires.
Mais ne serait-il pas préférable de mettre l'accent
sur la prévention, sur l'hygiène de vie, sur l'alimentation
? Sans doute, mais soyons réalistes : le profit serait
nettement moindre.
Préserver la biodiversité ? Oui, certainement. Il
semble même bizarre de devoir se poser la question. Mais
pas forcément dans un but utilitaire. Pas forcément
dans un but quel qu'il soit, d'ailleurs. Simplement par respect
pour la vie et pour la mort. Simplement parce que j'aime découvrir
les merveilles de la nature, parce que j'aime savoir que je vis
entouré d'une multitude de végétaux et d'animaux
qui partagent avec moi la vie sur cette terre. Parce que, dans
le domaine des variétés créées par
l'homme, on peut considérer ces dernières comme
des uvres d'art et qu'il est toujours dommage qu'une uvre
d'art disparaisse En résumé, il faut simplement
se souvenir que la diversité est indispensable à
la vie. l