Alternative Santé - L'Impatient, le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
Alternative Santé l'Impatient. Etre responsable de sa santé, prévenir la maladie, se soigner par des médecines douces, alternatives et naturelles médecines alternatives, médecines douces, santé, magazine de santé, journal de santé, Association de soutien au journal alternative santé l'impatient, défense des droits des patients et malades, vaccination, médecine non conventionnelle, environnement

 

 

 

 

 

 

MARS 2001

DECES PERINATAL
ACCOMPAGNER LE DEUIL

Antennes relais
Portables: vigilence
Décès périnatal
Santé et dignité
Respectons la bioviversité
Dossier du Mois
Le Thermalisme
Cures rares
Interview
Diététique
Témoignages
Ils se rebiffent
Partenariat
Mauvais points

 

 

La perte d'un enfant en cours de grossesse ou au moment de l'accouchement est une grande souffrance pour les parents. Cette douleur, longtemps niée par les équipes médicales, commence à être prise en compte dans les maternités.

 

Filmé, soigné, sollicité… Le fœtus est aujourd'hui une personne. Mais que se passe-t-il lorsque, au-delà de trois mois de grossesse, ou lors de l'accouchement,
le bébé tellement attendu décède (1) ? Pendant longtemps (et encore trop souvent), les équipes médicales ont choisi le silence. Le Pr Didier Lemery, gynécologue obstétricien du CHU de Clermont-Ferrand, se rappelle ses débuts : " Nous devions baptiser l'enfant, puis vite le dissimuler. Nous n'avons commencé à le montrer aux parents que dans les années 80. " Au CHU de Lille, sa consœur, le Dr Anne-Sylvie Valat se souvient aussi : " On faisait tout pour éviter que les parents ne souffrent. On endormait la mère, on cachait l'enfant, on parlait de l'avenir… Les couples en sortaient souvent en mauvais état. " Ce déni, qui tendait à interdire le deuil, n'était pas sans conséquence pour les couples.

Indispensables rituels

Le deuil, pour se faire, nécessite l'existence de " traces ", explique Geneviève Delaisi de Parsceval, psychanalyste en gynécologie obstétrique à l'hôpital Saint-Antoine, à Paris, et auteur de nombreux textes sur ce sujet : " Le deuil se fera d'autant mieux que les parents auront des traces. C'est pour cela qu'actuellement des rituels se mettent en place là où il y avait du déni. Un accompagnement s'organise où il y avait de la dénégation. " Ainsi, il y a six ans, à l'hôpital Jeanne de Flandre, à Lille, Angèle et Denis ont rencontré attention et appui lors de la perte de leurs jumelles, à cinq mois de grossesse. " Quand j'ai voulu voir mes filles, raconte Angèle, on m'a dit : elles sont belles. Je suis restée longtemps près d'elles, d'abord seule puis avec mon mari. Nous les avons prises dans nos bras. Ensuite, le Dr Valat, l'obstétricienne, nous a expliqué ce qui s'était passé et le Dr Dumoulin, qui s'occupe des parents dans le deuil, nous a demandé ce que nous voulions faire avec les petites. "
D'abord indécis, ils suivent les conseils du médecin. Ils ont prénommé leurs filles, les ont photographiées, ont bénéficié de certificats de naissance délivrés par la maternité, ont organisé des obsèques suivies d'une inhumation dans le " carré des anges ", au cimetière de Lille, réservé aux nouveau-nés à partir de quatre à cinq mois de grossesse. Le retour à la maison a été difficile, mais Angèle a encore été accompagnée par les appels téléphoniques du Dr Dumoulin…

La maternité Jeanne de Flandres du CHU de Lille est exemplaire dans l'accompagnement de ce deuil, et cela par la volonté conjointe de deux médecins, les Drs Anne-Sylvie Valat et Maryse Dumoulin. Depuis 1993, elles s'occupent exclusivement des bébés décédés et de leurs parents. Maryse Dumoulin rappelle le principe fondamental de son accompagnement : " Dès cet âge-là, nous considérons un fœtus comme un enfant, et une femme enceinte comme une mère, pas comme une personne malade. " " L'objectif n'est pas forcément que tout le monde voie son enfant, poursuit le Dr Anne-Sylvie Valat, gynécologue obstétricienne, mais qu'on en ait la possibilité ". Une enquête menée en 1997 à la maternité auprès des parents de 144 enfants décédés (78 de manière spontanée et 66 par IMG - interruption médicale de grossesse) révèle que, dans leur grande majorité, ceux-ci acceptent plutôt bien l'accompagnement : 94 % dotent leur enfant d'un prénom, 96 % acceptent l'autopsie, tandis que 85 % veulent le voir et 83 % gardent une photographie. Seuls moins de 4 % des couples refusent toute proposition…
Femmes et hommes ne réagissent pas de la même façon. Jean-Luc et Sylvie avaient déjà un enfant lors du décès de leur petite fille à huit mois de grossesse : " Quand j'ai accouché de cet enfant mort, j'entendais les autres femmes mettre au monde leur enfant et je me disais : pourquoi cela nous arrive à nous ? C'était fondamental pour moi d'acheter une tombe et d'organiser un enterrement - auquel mon fils est venu. " Jean-Luc, malgré son chagrin, était surtout préoccupé de la santé de sa femme. " J'ai d'abord été soulagé que ma femme soit là, même si j'étais frappé par le décès du bébé. J'ai eu plus vite le désir de refaire un enfant. "

Des associations de parole et d'écoute

Des associations d'aide et de partage sont en train de naître. À Bordeaux, Jocelyne, infirmière et maman d'une petite fille décédée à huit mois de grossesse, a créé en décembre 1998 une association de parole et d'écoute parentale : AANA, Association Antoine, Nubia, Aline et les autres (2) ; Angèle, aujourd'hui à Clermont-Ferrand, a également créé un groupe de parole (3), en lien avec le Pr Didier Lemery, gynécologue obstétricien et la maternité de l'Hôtel-Dieu du CHU de Clermont-Ferrand. La jeune femme est convaincue : " Quand on perd un enfant, il ne faut pas rester seul. Parler à d'autres qui ont vécu la même chose peut aider. Il faut apprendre à ne pas vivre le deuil comme un échec, mais comme une épreuve que l'on dépasse, dans la perspective d'avoir un ou plusieurs autres enfants "…

Florence Roux

(1) Les morts fœtales et périnatales sont très diverses. Certaines surviennent spontanément, d'autres sont provoquées, telles les IMG, interruptions médicales de grossesse
(2) 32, avenue du 8-Mai-1945, 33210 Toulenne. Tél. : 05 56 76 16 06.
(3) " Axelle, Elise, Tom et les autres ", Angèle Billiet, 20, allée de la Tiretaine, 63100 Clermont-Ferrand.

Abonnement Gratuit à la News Letter
E-Mail
Nom (optionnel)
  Inscription

 

 

Le droit

À partir de six mois de grossesse, tout enfant né est déclaré à l'état civil, qu'il décède lors de la naissance ou peu après, ou qu'il soit mort in utero. Dans ce dernier cas, on reçoit " un acte d'enfant né sans vie ". Cette déclaration à l'état civil déclenche une reconnaissance juridique, des funérailles ou un permis d'inhumer et des droits civils et sociaux. Par exemple, l'enfant est inscrit sur le livret de famille et sa mère bénéficie d'un congé de maternité.
Avant cette limite de six mois, tous les enfants ne sont pas traités également. Depuis 1993, la loi reconnaît, dès quatre mois et demi de grossesse ou avec un poids d'au moins 500 grammes, les enfants nés en vie et viables, mais décédés avant trois jours : ils font donc l'objet de déclarations de naissance et de décès. Par contre, ceux morts in utero n'existent pas pour la loi avant six mois : ce sont des " produits " innommés susceptibles dans le pire des cas, d'être traités comme des déchets hospitaliers. F. R.

 

Retour

Accueil - Dossiers - S'abonner - Email - Livres conseillés - Forum - News letter -
Copyright Alternative-Santé L'Impatient © 1998 - 2002