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Dangerosité
des antennes-relais et des portables ? ALTERNATIVE SANTÉ
- L'Impatient a consacré depuis mai 1999 plusieurs enquêtes
à ces questions.
Dans ce numéro, le danger des antennes-relais nous semble
confirmé
et, à coup sûr, l'utilisation des portables requiert
la prudence.
Blond, grand, 26 ans, Alexis C. occupe depuis 1992 une chambre
de bonne au
7e étage d'un immeuble HLM, rue Laplace, à Paris,
non loin du dôme des Invalides. Jusqu'en 1999, il n'a eu
aucun problème de sommeil, ni ressenti de t rouble
particulier. Juste à côté de chez lui, séparé
par un mur en briques d'une dizaine de centimètres, se
trouve un espace sous toiture où les habitants de l'immeuble
viennent étendre leur linge. On y accède par une
porte qui jouxte celle de son minuscule appartement. Cet été-là,
d'incessantes allées et venues troublent la quiétude
du palier, Alexis entend des bruits de travaux et il découvre
qu'une énorme armoire métallique a été
érigée au dos du mur qui est à la tête
de son lit. En émergent de gros câbles électriques
qui rejoignent, au-dessus du toit, une colonne métallique,
avec au sommet trois antennes-relais. Elles surplombent quasiment
sa petite chambre.
Novembre 1999,
l'installation est mise en service. Pratiquement au même
moment, Alexis subit une opération prévue de longue
date. Après quatre jours d'hôpital, le jeune homme
rentre chez lui. Décembre se passe sans qu'il récupère
: il se sent très fatigué, sans énergie,
il dort de longues nuits et a besoin de siestes dans la journée.
Les vacances de Noël le ramènent à Lyon dans
sa famille : ça va beaucoup mieux, huit heures de sommeil
lui suffisent. Il rentre à Paris et la fatigue reprend
: il est comme assommé et a d'irrépressibles envies
de dormir. Côté travail, il rencontre des problèmes
de mémoire et de concentration : " Cela ne m'était
jamais arrivé auparavant, comme si tout était flou
dans mon esprit ", affirme-t-il. Chose étrange, dès
qu'il part quelques jours, son état se rétablit.
En septembre 2000, il entend parler, pour la première fois,
des possibles nuisances des antennes-relais. " Et, là,
ça été le déclic. J'ai fait le lien
avec ce qui m'arrivait depuis un an. Désormais je n'habite
plus "chez moi" : je squatte à droite à
gauche et cherche désespérément un autre
logement. J'ai perdu une année de travail et je tiens à
témoigner de mon expérience pour éviter que
cela n'arrive à d'autres. "
Dans la Creuse, Nadine et Alain J. estiment, eux aussi, être
victimes des sept antennes-relais, dont trois sont orientées
vers leur maison, disposées sur un pylône de quarante
mètres édifié dans un champ voisin de leur
propriété et situé à cinquante mètres
de leur habitation. " Depuis 1998, année de mise en
service des antennes, mon mari rencontre des difficultés
de sommeil. Mes enfants et moi-même devons faire face à
une fatigue inexpliquée et à des maux de tête
que nous ne connaissions pas auparavant. Et tous ces troubles
disparaissent quand nous partons en vacances, pour réapparaître
dès que nous re mettons
les pieds chez nous, témoigne Nadine J. Chose plus étonnante,
les ufs mis à couver dans la couveuse du poulailler
construit à trente mètres du pylône, n'arrivent
pas à terme et seuls deux ufs sur treize ont normalement
éclos. Quand Alain a ouvert les ufs non éclos,
il a trouvé des poussins desséchés dans leur
coquille. Depuis 1984 qu'il élève de la volaille,
c'est bien la première fois qu'il est confronté
à une telle perte ", déclare encore Nadine
J. Un couple de souris blanches offert à leur fille est,
lui, mort très rapidement après avoir développé
une sorte de pelade sur tout le dos. " Bien sûr, reconnaît
Nadine, tout ça, c'est peut-être du hasard. Mais
cela fait beaucoup de coïncidences. Tout récemment
encore, Alain est allé bâcher des stères de
bois stockés quasiment sous le pylône. Il a travaillé
là quelques heures et il en est revenu épuisé,
blanc comme un linge, tremblotant, les jambes flageolantes
Jamais rien de cela ne lui était arrivé avant. On
a l'impression de vivre un cauchemar ", ajoute-t-elle. Déménager
serait la solution, mais cette maison est leur seul bien, sa valeur
a décru avec l'implantation du pylône qui défigure
complètement leur environnement et pour laquelle ils n'ont
pas été consultés et n'ont touché
aucune compensation financière !
Autre cas,
celui de Maurice Calvet. Il y a plus d'une dizaine d'années,
France Télécom a implanté à dix mètres
du portail de sa maison familiale, à Saint-Victor, en Ardèche,
un pylône de vingt mètres cinquante supportant des
paraboles à faisceau hertzien. À l'époque,
travaillant au Liban, ce fonctionnaire ne s'est pas opposé
à l'installation. Depuis huit ans, il est revenu au pays
et s'habitue peu à peu à cette " terrible nuisance
esthétique ". Jusqu'à ce jour de février
2000 où il voit arriver un camion-grue et une équipe
d'hommes qui lui expliquent la raison de leur présence
: ils viennent installer des antennes itineris sur le pylône.
" J'ai immédiatement envoyé une lettre recommandée
à la direction de France Télécom. J'y exprimais
mon opposition et, en même temps, j'ai proposé qu'ils
s'installent à quelque distance de là, sur une hauteur
boisée m'appartenant. Cela à titre gracieux, souligne-t-il.
Non seulement je n'ai reçu aucune réponse à
mon courrier mais, en avril, ils remontaient la hauteur du pylône
avec quatre perches de deux mètres cinquante chacune pour
installer à chaque extrémité une antenne-relais
de puissance suffisante pour couvrir tout le plateau ardéchois
sur un rayon de trente kilomètres. ". Depuis, Maurice
Calvet a de violents maux de tête, qui disparaissent dès
qu'il s'éloigne de sa maison et du pylône. Sa cuisine
et sa terrasse sont les pires endroits. Pour tenter de se protéger,
il porte un turban doublé de feuilles d'aluminium (1) ;
au mur, derrière le rideau de son bureau, il a également
mis des feuilles d'aluminium ; ainsi que sur le paravent derrière
lequel il dort. Il est désormais sujet à des pertes
d'équilibre et à des problèmes de tension.
Scientifiquement, ces témoignages n'ont qu'une valeur d'exemple.
La " banalité " - que les victimes nous excuse
- des effets observés peut faire trouver leur origine dans
de multiples causes. Le nombre de plaintes est encore trop réduit
pour peser face aux énormes enjeux économiques de
la téléphonie mobile. Néanmoins, la concomitance
des faits est très troublante. Par ailleurs, c'est souvent
après coup que les personnes établissent une relation
entre le développement de leurs maux et la pose des antennes,
ce qui écarte a priori tout phénomène de
psychose (même si celle-ci peut survenir après).
" Les opérateurs disent qu'il n'y a pas de preuve
de la dangerosité des champs électromagnétiques
produits par ces antennes, car il n'existe pas de statistiques
significatives. Mais il n'y a pas de preuve dans l'autre sens
non plus, rappelle Louis Gougeon, médecin à la retraite
et radio-amateur passionné. Ces champs transportent de
l'énergie qui peut avoir une action sur les organismes
vivants, même s'il n'y a pas d'organicité décelable.
Il existe une notion bien connue des utilisateurs de ces ondes
appelée : syndrome des hyperfréquences (ou des micro-ondes)
et pouvant affecter les personnes soumises à des champs
électromagnétiques importants. Il se traduit par
divers symptômes : asthénie, palpitations, fatigue,
maux de tête, perturbation du sommeil, difficultés
de concentration "
, qui ne sont pas sans rappeler les
exemples cités.
Inquiétude
évidente
Soucieux de
mieux connaître les effets sur la santé de cette
nouvelle technologie, Roger Santini, chercheur à l'Insa
(Institut national des sciences appliquées) de Lyon et
auteur d'un livre sur les téléphones portables (2),
a lancé une enquête, sous forme de questionnaire
à remplir et à lui renvoyer, initiative que nous
avons relayée dans nos colonnes. À ce jour, près
de 400 réponses lui sont parvenues, ce qui donne une idée
de l'inquiétude qui règne. Mais elles n'ont pas
encore été exploitées. " Nous ne disposons
d'aucun moyen financier pour travailler sur le sujet, regrette
le chercheur. Outre la faiblesse de nos moyens d'investigation,
le sujet est très complexe. Il faut tenir compte, pour
évaluer l'impact des implantations, des particularités
de chacune d'elles : en termes de puissance, d'orientation, de
distance par rapport aux témoins, d'environnement métallique
ou non, et aussi selon le nombre de canaux de fréquence
qu'elle utilise
Et même si on mesure le champ électromagnétique
émis, celui-ci, établi à un moment donné,
n'a qu'une valeur indicative, car il peut changer dans l'heure
qui suit en fonction du nombre d'appels téléphoniques
traités par l'antenne. "
"Je pense,
confirme le Dr Gougeon, que le vrai problème de la téléphonie
mobile est celui des antennes. Car elles émettent en continu
24 heures sur 24 avec une puissance bien supérieure à
celle des téléphones portables." Développement
du marché oblige, les opérateurs augmentent cette
puissance au fur et à mesure que la demande en communications
croît. Et l'évolution technologique aidant, l'invention
de portables transmettant des données multimédias
(accès à Internet, à des banques de données
)
nécessitera d'augmenter encore cette puissance et de changer
les longueurs d'onde de transmission. Il devient urgent d'effectuer
des recherches concernant l'impact des antennes-relais sur les
populations proches, et pour le moins d'édicter des règles
d'implantation.
Quelles
limites ?
Pour l'instant,
des recommandations de la Commission européenne, adoptées
le 31 juillet 1999, fixent des limites d'exposition. Pour les
matériels de SFR et Itineris utilisant des fréquences
autour de 900 mégahertz, l'intensité du champ électromagnétique
créé ne doit pas dépasser les 41 volts par
mètre. Pour la bande de fréquences de 1800 MHz sur
laquelle opère Bouygues-Téléphone, cette
intensité ne doit pas excéder 58 volts par mètre.
Ces limites sont, aux dires des opérateurs, effectivement
respectées. Néanmoins deux remarques doivent être
faites. La première concerne la valeur même de ces
recommandations : elles ont été
élaborées pour éviter les effets thermiques
(d'élévation de température) engendrés
par cette forme d'ondes - proches des micro-ondes qui servent,
rappelons-le, à réchauffer les aliments. Or les
symptômes décrits plus haut font partie des effets
athermiques moins connus, parfois niés par la communauté
scientifique, et qui apparaissent à des niveaux d'exposition
beaucoup plus bas que ceux recommandés. La seconde remarque
concerne les normes beaucoup plus restrictives que se sont imposées
d'autres pays. Là où la France et la Commission
européenne se contentent de 41 volts par mètre,
la Russie et l'Italie limitent cette intensité à
6 volts, et Genève à 4 volts. Soit des expositions
dix fois inférieures.
Enfin, si
les opérateurs affirment respecter les recommandations
européennes, ils clament que les champs électromagnétiques
engendrés derrière et sous les stations-relais sont
inexistants, ou presque, puisque ne dépassant pas 0,5 volt
par mètre. Faux, conclut une enquête de Sciences
et Avenir (septembre 2000). À partir de 31 mesures effectuées
dans 15 appartements parisiens ou de la proche banlieue et situés
à proximité d'antennes, le magasine révèle
que les intensités relevées " dépassent
très largement les 0,5 V/m avancés par France Télécom
R & D " !
Hormis ces normes, on le voit toutes relatives, l'implantation
des stations-relais en France n'est soumise à aucune réglementation.
Offrant des contreparties financières aux collectivités,
aux syndics d'immeubles, aux propriétaires privés,
les opérateurs font main basse sur les toits et les points
hauts (clochers, collines
) du paysage. D'ores et déjà,
il y en aurait de 10 000 à 30 000 installées sur
le territoire. Impossible d'obtenir des chiffres exacts, aucun
registre n'existe.
Des
vraies règles
C'est pour
promouvoir des règles de bonne conduite que s'est constituée
en octobre dernier (parution au Journal officiel le 07/10/2000)
l'association Priartem - Pour une réglementation des implantations
d'antennes-relais de téléphonie mobile - (3). "
Les dossiers commencent à s'accumuler, explique Chantal
Cicé, sa secrétaire. Ils concernent autant les témoignages
de riverains d'implantations que des demandes de renseignements
sur les risques encourus ou sur les moyens de s'opposer à
ces installations. "
C'est pour
mettre en lumière les données existantes dans le
domaine de la téléphonie mobile qu'Agir pour l'environnement
lance sa nouvelle campagne de cartes postales intitulée
" Insup-portables les antennes relais ? ". Alternative
Santé - l'Impatient adhère d'autant plus facilement
à cette campagne mettant en avant le principe de précaution
que le journal a été le premier (dans
son n° 256 de mai 1999) à dénoncer les incertitudes
concernant cette nouvelle technologie. De la même manière
il a suivi l'actualité relative à cette question,
qui a fait l'objet d'un rapport demandé en juin dernier
par le directeur général de la santé au Dr
Denis Zmirou, médecin épidémiologiste à
Grenoble, et remis le 16 janvier 2001 au ministère de la
Santé. Bien que considérant le faible impact sur
les habitants du voisinage, les experts réunis autour de
Denis Zmirou ont néanmoins recommandé " que
les bâtiments sensibles (hôpitaux, crèches
et écoles) situés à moins de cent mètres
d'une station de base macro-cellulaire ne soient pas atteints
directement par le faisceau de l'antenne ". Ils prônent
également " l'élaboration rapide (12 mois)
de règles et de procédures obligatoires préalablement
à toute installation, l'élaboration et la mise à
jour permanente d'une base de données nationale recensant
toutes les stations de base et de leurs caractéristiques,
ce qui aura l'avantage supplémentaire de faciliter les
éventuelles futures études épidémiologiques,
ainsi qu'un audit régulier (par sondage) du respect des
normes mené de façon indépendante ".
Dès le 7 février, lors d'une conférence de
presse au ministère de la Santé, il était
annoncé que la France allait rapidement adopter la réglementation
européenne en matière de puissance des antennes
; une plaquette d'information serait bientôt rendue publique,
et la Direction générale de la consommation et de
la répression des fraudes comptait, sous une quinzaine
de jours, élaborer des textes réglementant cette
fois le marché des portables.
Les choses sont en train de bouger. Et c'est fort heureux ! l
Cécile
Baudet
(1) Si l'on
met dans un four à micro-ondes un bol d'eau protégé
par de l'aluminium, l'eau ne s'échauffera pas lors de la
mise en marche du four. Cette expérience suggère
qu'il est possible de se protéger des rayonnements induits
par les antennes-relais, qui sont de même nature que ceux
des fours à micro-ondes, par des feuilles d'aluminium.
(2) Téléphones cellulaires Danger ? Roger Santini,
éd. Marco Pietteur Résurgence.
(3) Ces antennes sont indispensables au bon fonctionnement des
25 millions d'appareils en circulation en France. On évalue
à un ou deux ans la durée d'un portable. Ce qui
fait qu'il s'en achète environ 15 millions par an. Que
deviennent-ils après usage ? Ils restent dans les tiroirs
des utilisateurs. Quatre types de produits y seraient pourtant
recyclables : 1- leurs accumulateurs qui contiennent du nickel,
du cadmium ou du lithium ; 2- les plastiques du boîtier
et du clavier ; 3- l'électronique où l'on peut trouver
de l'étain, du plomb, du cuivre, de l'argent et de l'or
; 4- les écrans à cristaux liquides.
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Campagne
Agir pour l'environnement
Le principe
de la campagne Agir pour l'environnement est de donner à
signer des cartes postales, pré-rédigées
par les différents partenaires de la campagne (dont Alternative
Santé - L'Impatient), et qu'elles soient adressées
aux PDG des trois principaux opérateurs de téléphonie
mobile, ainsi qu'au ministre de l'Équipement et du Logement,
et à la secrétaire d'État à la Santé.
Sur ces cartes il est demandé d'arrêter l'exploitation
des antennes situées à proximité d'écoles,
de crèches, d'hôpitaux et maisons de retraite ; d'initier
des études épidémiologiques et sanitaires
pour connaître les effets thermiques et athermiques des
ondes hyperfréquences ; de renforcer la législation
afin de restreindre les normes d'émission et la puissance
des stations-relais ; de réaliser une cartographie précise
des implantations d'antennes sur le territoire français.
Pour se procurer ces cartes postales, qui sont envoyées
avec un document explicatif, vous pouvez écrire au journal,
à l'adresse de Cécile Baudet :
Alternative Santé - l'Impatient, 11, rue Meslay, 75003
Paris.
ou à Agir pour l'environnement, 97, rue Pelleport, 75020
Paris.
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