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MARS 2001

Portables et antennes-relais

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Pas sûrs, les toits !

 

 

Dangerosité des antennes-relais et des portables ? ALTERNATIVE SANTÉ - L'Impatient a consacré depuis mai 1999 plusieurs enquêtes à ces questions.
Dans ce numéro, le danger des antennes-relais nous semble confirmé
et, à coup sûr, l'utilisation des portables requiert la prudence.

Blond, grand, 26 ans, Alexis C. occupe depuis 1992 une chambre de bonne au
7e étage d'un immeuble HLM, rue Laplace, à Paris, non loin du dôme des Invalides. Jusqu'en 1999, il n'a eu aucun problème de sommeil, ni ressenti de trouble particulier. Juste à côté de chez lui, séparé par un mur en briques d'une dizaine de centimètres, se trouve un espace sous toiture où les habitants de l'immeuble viennent étendre leur linge. On y accède par une porte qui jouxte celle de son minuscule appartement. Cet été-là, d'incessantes allées et venues troublent la quiétude du palier, Alexis entend des bruits de travaux et il découvre qu'une énorme armoire métallique a été érigée au dos du mur qui est à la tête de son lit. En émergent de gros câbles électriques qui rejoignent, au-dessus du toit, une colonne métallique, avec au sommet trois antennes-relais. Elles surplombent quasiment sa petite chambre.

Novembre 1999, l'installation est mise en service. Pratiquement au même moment, Alexis subit une opération prévue de longue date. Après quatre jours d'hôpital, le jeune homme rentre chez lui. Décembre se passe sans qu'il récupère : il se sent très fatigué, sans énergie, il dort de longues nuits et a besoin de siestes dans la journée. Les vacances de Noël le ramènent à Lyon dans sa famille : ça va beaucoup mieux, huit heures de sommeil lui suffisent. Il rentre à Paris et la fatigue reprend : il est comme assommé et a d'irrépressibles envies de dormir. Côté travail, il rencontre des problèmes de mémoire et de concentration : " Cela ne m'était jamais arrivé auparavant, comme si tout était flou dans mon esprit ", affirme-t-il. Chose étrange, dès qu'il part quelques jours, son état se rétablit. En septembre 2000, il entend parler, pour la première fois, des possibles nuisances des antennes-relais. " Et, là, ça été le déclic. J'ai fait le lien avec ce qui m'arrivait depuis un an. Désormais je n'habite plus "chez moi" : je squatte à droite à gauche et cherche désespérément un autre logement. J'ai perdu une année de travail et je tiens à témoigner de mon expérience pour éviter que cela n'arrive à d'autres. "

Dans la Creuse, Nadine et Alain J. estiment, eux aussi, être victimes des sept antennes-relais, dont trois sont orientées vers leur maison, disposées sur un pylône de quarante mètres édifié dans un champ voisin de leur propriété et situé à cinquante mètres de leur habitation. " Depuis 1998, année de mise en service des antennes, mon mari rencontre des difficultés de sommeil. Mes enfants et moi-même devons faire face à une fatigue inexpliquée et à des maux de tête que nous ne connaissions pas auparavant. Et tous ces troubles disparaissent quand nous partons en vacances, pour réapparaître dès que nous remettons les pieds chez nous, témoigne Nadine J. Chose plus étonnante, les œufs mis à couver dans la couveuse du poulailler construit à trente mètres du pylône, n'arrivent pas à terme et seuls deux œufs sur treize ont normalement éclos. Quand Alain a ouvert les œufs non éclos, il a trouvé des poussins desséchés dans leur coquille. Depuis 1984 qu'il élève de la volaille, c'est bien la première fois qu'il est confronté à une telle perte ", déclare encore Nadine J. Un couple de souris blanches offert à leur fille est, lui, mort très rapidement après avoir développé une sorte de pelade sur tout le dos. " Bien sûr, reconnaît Nadine, tout ça, c'est peut-être du hasard. Mais cela fait beaucoup de coïncidences. Tout récemment encore, Alain est allé bâcher des stères de bois stockés quasiment sous le pylône. Il a travaillé là quelques heures et il en est revenu épuisé, blanc comme un linge, tremblotant, les jambes flageolantes… Jamais rien de cela ne lui était arrivé avant. On a l'impression de vivre un cauchemar ", ajoute-t-elle. Déménager serait la solution, mais cette maison est leur seul bien, sa valeur a décru avec l'implantation du pylône qui défigure complètement leur environnement et pour laquelle ils n'ont pas été consultés et n'ont touché aucune compensation financière !

Autre cas, celui de Maurice Calvet. Il y a plus d'une dizaine d'années, France Télécom a implanté à dix mètres du portail de sa maison familiale, à Saint-Victor, en Ardèche, un pylône de vingt mètres cinquante supportant des paraboles à faisceau hertzien. À l'époque, travaillant au Liban, ce fonctionnaire ne s'est pas opposé à l'installation. Depuis huit ans, il est revenu au pays et s'habitue peu à peu à cette " terrible nuisance esthétique ". Jusqu'à ce jour de février 2000 où il voit arriver un camion-grue et une équipe d'hommes qui lui expliquent la raison de leur présence : ils viennent installer des antennes itineris sur le pylône. " J'ai immédiatement envoyé une lettre recommandée à la direction de France Télécom. J'y exprimais mon opposition et, en même temps, j'ai proposé qu'ils s'installent à quelque distance de là, sur une hauteur boisée m'appartenant. Cela à titre gracieux, souligne-t-il. Non seulement je n'ai reçu aucune réponse à mon courrier mais, en avril, ils remontaient la hauteur du pylône avec quatre perches de deux mètres cinquante chacune pour installer à chaque extrémité une antenne-relais de puissance suffisante pour couvrir tout le plateau ardéchois sur un rayon de trente kilomètres. ". Depuis, Maurice Calvet a de violents maux de tête, qui disparaissent dès qu'il s'éloigne de sa maison et du pylône. Sa cuisine et sa terrasse sont les pires endroits. Pour tenter de se protéger, il porte un turban doublé de feuilles d'aluminium (1) ; au mur, derrière le rideau de son bureau, il a également mis des feuilles d'aluminium ; ainsi que sur le paravent derrière lequel il dort. Il est désormais sujet à des pertes d'équilibre et à des problèmes de tension.
Scientifiquement, ces témoignages n'ont qu'une valeur d'exemple. La " banalité " - que les victimes nous excuse - des effets observés peut faire trouver leur origine dans de multiples causes. Le nombre de plaintes est encore trop réduit pour peser face aux énormes enjeux économiques de la téléphonie mobile. Néanmoins, la concomitance des faits est très troublante. Par ailleurs, c'est souvent après coup que les personnes établissent une relation entre le développement de leurs maux et la pose des antennes, ce qui écarte a priori tout phénomène de psychose (même si celle-ci peut survenir après). " Les opérateurs disent qu'il n'y a pas de preuve de la dangerosité des champs électromagnétiques produits par ces antennes, car il n'existe pas de statistiques significatives. Mais il n'y a pas de preuve dans l'autre sens non plus, rappelle Louis Gougeon, médecin à la retraite et radio-amateur passionné. Ces champs transportent de l'énergie qui peut avoir une action sur les organismes vivants, même s'il n'y a pas d'organicité décelable. Il existe une notion bien connue des utilisateurs de ces ondes appelée : syndrome des hyperfréquences (ou des micro-ondes) et pouvant affecter les personnes soumises à des champs électromagnétiques importants. Il se traduit par divers symptômes : asthénie, palpitations, fatigue, maux de tête, perturbation du sommeil, difficultés de concentration "…, qui ne sont pas sans rappeler les exemples cités.

Inquiétude évidente

Soucieux de mieux connaître les effets sur la santé de cette nouvelle technologie, Roger Santini, chercheur à l'Insa (Institut national des sciences appliquées) de Lyon et auteur d'un livre sur les téléphones portables (2), a lancé une enquête, sous forme de questionnaire à remplir et à lui renvoyer, initiative que nous avons relayée dans nos colonnes. À ce jour, près de 400 réponses lui sont parvenues, ce qui donne une idée de l'inquiétude qui règne. Mais elles n'ont pas encore été exploitées. " Nous ne disposons d'aucun moyen financier pour travailler sur le sujet, regrette le chercheur. Outre la faiblesse de nos moyens d'investigation, le sujet est très complexe. Il faut tenir compte, pour évaluer l'impact des implantations, des particularités de chacune d'elles : en termes de puissance, d'orientation, de distance par rapport aux témoins, d'environnement métallique ou non, et aussi selon le nombre de canaux de fréquence qu'elle utilise… Et même si on mesure le champ électromagnétique émis, celui-ci, établi à un moment donné, n'a qu'une valeur indicative, car il peut changer dans l'heure qui suit en fonction du nombre d'appels téléphoniques traités par l'antenne. "

"Je pense, confirme le Dr Gougeon, que le vrai problème de la téléphonie mobile est celui des antennes. Car elles émettent en continu 24 heures sur 24 avec une puissance bien supérieure à celle des téléphones portables." Développement du marché oblige, les opérateurs augmentent cette puissance au fur et à mesure que la demande en communications croît. Et l'évolution technologique aidant, l'invention de portables transmettant des données multimédias (accès à Internet, à des banques de données…) nécessitera d'augmenter encore cette puissance et de changer les longueurs d'onde de transmission. Il devient urgent d'effectuer des recherches concernant l'impact des antennes-relais sur les populations proches, et pour le moins d'édicter des règles d'implantation.

Quelles limites ?

Pour l'instant, des recommandations de la Commission européenne, adoptées le 31 juillet 1999, fixent des limites d'exposition. Pour les matériels de SFR et Itineris utilisant des fréquences autour de 900 mégahertz, l'intensité du champ électromagnétique créé ne doit pas dépasser les 41 volts par mètre. Pour la bande de fréquences de 1800 MHz sur laquelle opère Bouygues-Téléphone, cette intensité ne doit pas excéder 58 volts par mètre. Ces limites sont, aux dires des opérateurs, effectivement respectées. Néanmoins deux remarques doivent être faites. La première concerne la valeur même de ces recommandations : elles ont été
élaborées pour éviter les effets thermiques (d'élévation de température) engendrés par cette forme d'ondes - proches des micro-ondes qui servent, rappelons-le, à réchauffer les aliments. Or les symptômes décrits plus haut font partie des effets athermiques moins connus, parfois niés par la communauté scientifique, et qui apparaissent à des niveaux d'exposition beaucoup plus bas que ceux recommandés. La seconde remarque concerne les normes beaucoup plus restrictives que se sont imposées d'autres pays. Là où la France et la Commission européenne se contentent de 41 volts par mètre, la Russie et l'Italie limitent cette intensité à 6 volts, et Genève à 4 volts. Soit des expositions dix fois inférieures.

Enfin, si les opérateurs affirment respecter les recommandations européennes, ils clament que les champs électromagnétiques engendrés derrière et sous les stations-relais sont inexistants, ou presque, puisque ne dépassant pas 0,5 volt par mètre. Faux, conclut une enquête de Sciences et Avenir (septembre 2000). À partir de 31 mesures effectuées dans 15 appartements parisiens ou de la proche banlieue et situés à proximité d'antennes, le magasine révèle que les intensités relevées " dépassent très largement les 0,5 V/m avancés par France Télécom R & D " !
Hormis ces normes, on le voit toutes relatives, l'implantation des stations-relais en France n'est soumise à aucune réglementation. Offrant des contreparties financières aux collectivités, aux syndics d'immeubles, aux propriétaires privés, les opérateurs font main basse sur les toits et les points hauts (clochers, collines…) du paysage. D'ores et déjà, il y en aurait de 10 000 à 30 000 installées sur le territoire. Impossible d'obtenir des chiffres exacts, aucun registre n'existe.

Des vraies règles

C'est pour promouvoir des règles de bonne conduite que s'est constituée en octobre dernier (parution au Journal officiel le 07/10/2000) l'association Priartem - Pour une réglementation des implantations d'antennes-relais de téléphonie mobile - (3). " Les dossiers commencent à s'accumuler, explique Chantal Cicé, sa secrétaire. Ils concernent autant les témoignages de riverains d'implantations que des demandes de renseignements sur les risques encourus ou sur les moyens de s'opposer à ces installations. "

C'est pour mettre en lumière les données existantes dans le domaine de la téléphonie mobile qu'Agir pour l'environnement lance sa nouvelle campagne de cartes postales intitulée " Insup-portables les antennes relais ? ". Alternative Santé - l'Impatient adhère d'autant plus facilement à cette campagne mettant en avant le principe de précaution que le journal a été le premier (dans son n° 256 de mai 1999) à dénoncer les incertitudes concernant cette nouvelle technologie. De la même manière il a suivi l'actualité relative à cette question, qui a fait l'objet d'un rapport demandé en juin dernier par le directeur général de la santé au Dr Denis Zmirou, médecin épidémiologiste à Grenoble, et remis le 16 janvier 2001 au ministère de la Santé. Bien que considérant le faible impact sur les habitants du voisinage, les experts réunis autour de Denis Zmirou ont néanmoins recommandé " que les bâtiments sensibles (hôpitaux, crèches et écoles) situés à moins de cent mètres d'une station de base macro-cellulaire ne soient pas atteints directement par le faisceau de l'antenne ". Ils prônent également " l'élaboration rapide (12 mois) de règles et de procédures obligatoires préalablement à toute installation, l'élaboration et la mise à jour permanente d'une base de données nationale recensant toutes les stations de base et de leurs caractéristiques, ce qui aura l'avantage supplémentaire de faciliter les éventuelles futures études épidémiologiques, ainsi qu'un audit régulier (par sondage) du respect des normes mené de façon indépendante ".
Dès le 7 février, lors d'une conférence de presse au ministère de la Santé, il était annoncé que la France allait rapidement adopter la réglementation européenne en matière de puissance des antennes ; une plaquette d'information serait bientôt rendue publique, et la Direction générale de la consommation et de la répression des fraudes comptait, sous une quinzaine de jours, élaborer des textes réglementant cette fois le marché des portables.
Les choses sont en train de bouger. Et c'est fort heureux ! l

Cécile Baudet

(1) Si l'on met dans un four à micro-ondes un bol d'eau protégé par de l'aluminium, l'eau ne s'échauffera pas lors de la mise en marche du four. Cette expérience suggère qu'il est possible de se protéger des rayonnements induits par les antennes-relais, qui sont de même nature que ceux des fours à micro-ondes, par des feuilles d'aluminium.
(2) Téléphones cellulaires Danger ? Roger Santini, éd. Marco Pietteur Résurgence.
(3) Ces antennes sont indispensables au bon fonctionnement des 25 millions d'appareils en circulation en France. On évalue à un ou deux ans la durée d'un portable. Ce qui fait qu'il s'en achète environ 15 millions par an. Que deviennent-ils après usage ? Ils restent dans les tiroirs des utilisateurs. Quatre types de produits y seraient pourtant recyclables : 1- leurs accumulateurs qui contiennent du nickel, du cadmium ou du lithium ; 2- les plastiques du boîtier et du clavier ; 3- l'électronique où l'on peut trouver de l'étain, du plomb, du cuivre, de l'argent et de l'or ; 4- les écrans à cristaux liquides.

 

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Campagne Agir pour l'environnement

Le principe de la campagne Agir pour l'environnement est de donner à signer des cartes postales, pré-rédigées par les différents partenaires de la campagne (dont Alternative Santé - L'Impatient), et qu'elles soient adressées aux PDG des trois principaux opérateurs de téléphonie mobile, ainsi qu'au ministre de l'Équipement et du Logement, et à la secrétaire d'État à la Santé.
Sur ces cartes il est demandé d'arrêter l'exploitation des antennes situées à proximité d'écoles, de crèches, d'hôpitaux et maisons de retraite ; d'initier des études épidémiologiques et sanitaires pour connaître les effets thermiques et athermiques des ondes hyperfréquences ; de renforcer la législation afin de restreindre les normes d'émission et la puissance des stations-relais ; de réaliser une cartographie précise des implantations d'antennes sur le territoire français.
Pour se procurer ces cartes postales, qui sont envoyées avec un document explicatif, vous pouvez écrire au journal, à l'adresse de Cécile Baudet :
Alternative Santé - l'Impatient, 11, rue Meslay, 75003 Paris.
ou à Agir pour l'environnement, 97, rue Pelleport, 75020 Paris.

 

 

 

 

 

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