Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
AVRIL
2001
DOSSIER
FACE AU PROBLEME PSY :
La crise : ça n'arrive pas qu'aux autres !
Les
problèmes psychologiques font peur. Or qui n'est pas confronté
un jour ou l'autre à un état dépressif ?
En France, 30 % des soins et des urgences relèvent du domaine
psy. Que faire en cas de crise ?
Les problèmes
psychologiques, ça n'arrive pas qu'aux autres. 30 % des
personnes reçues aux urgences des hôpitaux généraux
présentent des troubles psychologiques. Et 30 % des consultations
chez le généraliste concernent ce type de problèmes.
Les
signes avant-coureurs
Tout
semblait aller bien ou presque Puis, soudain la personne
devient triste et renfermée. Elle perd le goût d'agir
ou devient agressive, hausse le ton, s'emporte ou casse des objets.
Elle dort très mal plusieurs nuits de suite ou ne parvient
plus à supporter son entourage et son travail. Elle se
jette sur l'alcool, la nourriture ou bien ne mange plus, maigrit
anormalement. L'un se lave continuellement les mains, l'autre
s'habille n'importe comment.
Ces manifestations peuvent alerter les proches, alors que le principal
intéressé souvent ne remarque rien : il ne veut
plus entrer dans le salon, par exemple, croyant qu'il y a des
micros dans la cheminée. Il accumule un tel désordre
dans sa chambre que l'on ne peut plus y entrer. Tel autre entend
des messages par son petit doigt
Il faut vraiment faire quelque chose.
" Certaines crises sont liées aux difficultés
rencontrées aux grandes étapes de la vie : adolescence,
grossesse, ménopause, retraite Elles s'expriment
plus ou moins bruyamment ", précise le Dr Pierre-Ludovic
Lavoine, psychiatre au centre médico-psychologique (CMP)
de Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne) et auteur de brochures
de prévention sur ce thème (1). " Les crises
existentielles traduisent un effondrement des défenses
psychiques permettant d'agir dans la vie quotidienne. Certains
états de crise peuvent être liés au déclenchement
ou à l'évolution d'une maladie psychiatrique. "
Les
recours
" Le
plus simple est de consulter son médecin généraliste,
son médecin de famille, estime Dominique Friard, infirmier
de secteur psychiatrique à Laragne, co-auteur avec le Dr
Lavoine des brochures de prévention (1). Il vous connaît.
Parfois, il a vu grandir la famille. "
Le
médecin généraliste
Les médecins
généralistes ont l'habitude de patients souffrant
de stress, d'anxiété ou d'insomnie. Mais ils traitent
souvent ces troubles par la seule prescription de médicaments.
Ils aident plus rarement à mener une réflexion sur
leur sens et leur genèse. Ce type de réflexion intervient
dans une psychothérapie.
Des études ont montré que les généralistes
passaient à côté de diagnostics de dépression
beaucoup plus souvent que les psychiatres. En effet, les signes
de dépression grave, peuvent être beaucoup plus discrets
que ceux de troubles anxieux.
Le
psychiatre libéral
" Dans
un second temps, précise Dominique Friard, l'avis le plus
sûr est celui du spécialiste, que vous ne manqueriez
pas de consulter s'il s'agissait d'une autre maladie. " Il
n'y a pas de quoi trembler. Un psychiatre ne va pas " faire
entrer la folie dans votre maison ". Il s'agit d'une spécialité.
Certains médecins, après leurs études de
médecine, consacrent trois années de plus à
l'étude de la psychologie et de la psychiatrie. Ils exerceront
en ville comme psychiatre libéral ou dans une structure
publique ou privé de psychiatrie.
Souvent installé seul, le psychiatre libéral effectue
peu de visites à domicile. En revanche, les consultations
à son cabinet sont en général de durée
plus longue que celles d'un médecin généraliste.
Les psychiatres libéraux choisissent à 62 % le secteur
1, les honoraires pratiqués sont raisonnables et en grande
partie remboursés (2). En secteur 2, les psychiatres libéraux
pratiquent des honoraires libres qui leur permettent une plus
grande souplesse, mais le patient n'est remboursé que sur
la base du tarif de la Sécurité sociale.
Écoles et formations se caractérisent par une très
grande diversité. Après l'obtention du diplôme
universitaire, de nombreux psychiatres optent pour une orientation
particulière : enfants, adolescents, personnes âgées,
adultes, également toxicomanies, éthylisme, névroses,
psychoses, etc. Ces orientations sont ou non associées
à une démarche spécifique : psychanalyse,
relaxation, thérapies brèves, thérapies comportementales
La " consultation psychiatrique " reste toutefois la
base commune à toutes ces approches. Il s'agit davantage
d'un échange et d'un dialogue que de la prescription (parfois
nécessaire) d'un médicament. Elle est aussi appelée
" entretien " ou " séance ". Le secret
médical reste crucial.
Le nombre de consultations dépend de la demande et des
besoins de
la personne, quelques-unes suffisent parfois à la résolution
d'une
souffrance ou à la disparition des troubles.
Les
psychiatres moins " prescripteurs " que les généralistes
Comment choisir
entre le généraliste et le psychiatre ? Citons l'un
des résultats d'une récente étude sur leurs
pratiques (3). Les psychiatres prescrivent, bien moins de médicaments
psychotropes : 60 % des " troubles psy " vus par les
généralistes sont traités par des psychotropes
contre 29 % par les psychiatres. La différence d'approche
est d'autant plus impressionnante que les cas les plus difficiles
sont adressés aux psychiatres.
Les
urgences
Il arrive
qu'une situation de crise soit peu maîtrisable ou ne puisse
attendre. " Vous pouvez téléphoner à
SOS Médecin, afin qu'un médecin se rende à
votre domicile, répond le Dr Jean Thierry, psychiatre libéral
travaillant également en établissement privé
dans la région parisienne. Vous pouvez aussi téléphoner
à SOS Psychiatrie. Ce sont des spécialistes qui
connaissent bien ce type de travail. "
Des services comme SOS Psychiatrie, SOS Dépression ou SOS
Suicide n'existent guère en province. SOS Médecin,
plus répandu, peut parfois envoyer un psychiatre à
domicile.
La France est découpée en " secteurs psychiatriques
" : 800 pour les adultes, 300 pour les enfants.
Certains secteurs disposent d'un centre d'accueil (CAC) et reçoivent
les urgences psy, on y est généralement mieux traité
qu'aux urgences d'un hôpital général.
Le Samu, obtenu en téléphonant au 15, dispose généralement
d'un répertoire à jour des possibilités
de réponse à l'urgence dans le département.
Ce n'est qu'en cas d'extrême urgence qu'il peut être
nécessaire de faire appel aux pompiers, ou si la situation
l'exige (port d'arme, violence) à la police.
Les urgences des hôpitaux généraux disposent
aussi de psychiatres de garde. Si le psychiatre des urgences pense
qu'un suivi est nécessaire, il indiquera comment l'effectuer,
le plus souvent sans hospitalisation. Il peut aussi - de façon
parfois trop rapide - recommander ou décider une hospitalisation.
Les associations de patients comme les soignants de psychiatrie
partisans des alternatives à l'hospitalisation se montrent
assez critiques envers le fonctionnement des urgences pour les
troubles psychologiques et mentaux. Elles seraient pour une large
part responsables de la multiplication des hospitalisations sans
consentement, attestée par les statistiques jusqu'en 1997
et par les soignants de psychiatrie depuis.
Qu'offre
un " secteur de psychiatrie publique " ?
Le "
secteur " psychiatrique est la base de l'organisation de
la psychiatrie de service public.
Le CMP et le CAC du secteur psychiatrique adulte ou enfant constituent
des lieux où, mieux qu'aux urgence de l'hôpital ou
chez le généraliste, des difficultés psychologiques
peuvent être abordées. " Le secteur public met
à la disposition des malades des lieux de proximité,
explique Dominique Friard. Dans l'un comme dans l'autre, des psychiatres
consultent. On y trouve aussi des psychologues formés à
l'écoute et proposant des psychothérapies. Vous
pouvez y rencontrer des infirmiers qui évalueront avec
vous la situation. " En appelant les renseignements (numéro
12) ou par minitel, on peut obtenir les coordonnées du
CMP dont on dépend.
Les
cas lourds
Pendant longtemps,
l'hôpital psychiatrique était le seul lieu de soins
pour certains malades souffrant de troubles importants. Les équipes
du " secteur " psychiatrique peuvent aujourd'hui favoriser
le retour à domicile de ces patients grâce aux pratiques
et structures créées pour cela : consultations en
CMP et CAC, visites à domicile (VAD), formes d'accueil
à temps partiel (hôpital de jour, hôpital de
nuit, ateliers thérapeutiques, centre d'accueil thérapeutique
à temps partiel ou CATTP), centre de post-cure, appartements
thérapeutiques, accueil familial thérapeutique,
etc.
Les prises en charge " hors les murs " de l'hôpital
sont désormais prédominantes pour les adultes.
Pour les enfants, la proportion de soins hors hôpital est
encore plus importante : 98 % d'entre eux ont une prise en charge
exclusivement extra-hospitalière.
Il faut toutefois souligner que la psychiatrie publique ne voit
pas croître ses moyens proportionnellement aux besoins.
Ils restent bridés par la politique de " maîtrise
des dépenses ". Alors qu'on leur demande en plus de
" régler " nombre de" problèmes de
société " tels que la violence, notamment des
adolescents, la toxicomanie, les troubles psychiques de certains
SDF, etc.
Les
établissements de psychiatrie privés
La qualité
des pratiques varie de façon considérable d'un secteur
de psychiatrie publique à l'autre. Or on ne peut pas choisir
son secteur, puisqu'il dépend, a priori, du lieu d'habitation.
Il est possible de se tourner vers les établissements de
psychiatrie privés. La qualité de ces derniers,
elle aussi, varie de l'un à l'autre. Les associations de
patients affiliées à la Fnap Psy (Fédération
nationale des ex-patients de la psychiatrie), ou de familles de
patients (demander à l'Unafam - Union nationale des amis
et familles de malades mentaux - les coordonnées de votre
fédération locale, voir Fiches pratiques, vous aideront
à choisir la meilleure option.
À l'origine, les cliniques privées répondaient,
certes, aux demandes de personnes aisées, mais aussi au
besoin d'aborder " autrement " l'hospitalisation en
psychiatrie. Les services des établissements privés
proposent des soins diversifiés et reçoivent toutes
les catégories de malades. Certains établissements
sont spécialisés dans les troubles dépressifs
et les décompensations mineures. D'autres accueillent des
psychotiques pour des traitements d'assez longue durée.
Certains ne reçoivent que des enfants ou des jeunes adultes,
d'autres des personnes âgées. La plupart des cliniques
sont conventionnées et pratiquent le tiers payant. Les
frais de séjour sont alors acquittés directement
par l'assurance maladie.
Créée en 1952, la Fédération nationale
des associations Croix-Marine regroupe 268 associations affiliées
et 135 établissements. Engagés dans des actions
en faveur des personnes souffrant
de troubles psychiques, les Croix-Marine favorisent les innovations
en matière de prévention, de soin, de réadaptation,
de réinsertion et de réhabilitation.
Richard
Belfer
(1) "
Mon fils/ma fille est en crise " et " Je prends un neuroleptique
", de Pierre-Ludovic Lavoine et Dominique Friard, édité
par l'Observatoire des schizophrénies et Lilly. Tél.
: 01 49 11 34 34.
(2) Le secteur libéral des professions de santé
en 1996, Carnet statistiques 1997, n° 95, éd. Caisse
nationale
d'assurance maladie des salariés.
(3) Cette étude, intitulée " Implication de
la médecine libérale dans la prise en charge des
soins psychiatriques en Ile-de-France ", a été
publiée par l'Union régionale des médecins
libéraux d'Ile-de-France en février 2000.