Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
La
présence des parents quand l'enfant subit des soins douloureux
est un plus pour tous : enfants, soignants, parents
"II était
un petit homme, pirouette, cacahouette. Il était un petit
homme " Masque sur le nez, l'enfant aspire un mélange
pour calmer sa douleur. Tandis que sa mère chantonne et
le cajole, l'infirmière réalise une ponction lombaire.
Excellente technicité de la soignante, emploi d'un anti-douleur
pharmacologique et soutien psychologique de sa maman : l'acte
médical réputé si terrifiant s'est effectué
sans dommage pour Louis. La scène se passe à l'hôpital
de Poissy (Yvelines). De quoi démentir tous ceux qui assimilent
la présence des parents lors des soins douloureux à
une source de complications.
Le premier texte officiel établissant ce droit des parents
existe depuis bientôt vingt ans. " Les parents doivent
pouvoir assister aux soins médicaux et infirmiers s'ils
le souhaitent et si, à l'expérience, leur présence
ou leur comportement ne s'avère pas gênant
", souligne la circulaire de 1983 relative à l'hospitalisation
des enfants. Le " Carnet douleur pédiatrique ",
qui depuis septembre 2000, doit être remis aux familles
lors de l'hospitalisation, stipule : " Votre présence
à côté de lui, et en particulier lors de soins
douloureux, est un soutien pour lui surtout lorsqu'il est petit.
"
Un
dialogue utile
Mais selon
les établissements, les pratiques s'avèrent très
différentes. Les hôpitaux de jour de pédiatrie,
quotidiennement confrontés aux soins douloureux, ont souvent
compris l'intérêt de collaborer avec les parents.
En revanche, dans des lieux de soins plus ponctuels (consultations,
urgences, laboratoire), les changements de mentalité se
font attendre. La mise à l'écart des parents peut
être présentée comme non négociable
(" C'est interdit, c'est contraire à l'hygiène
"), ou se faire d'une manière plus subtile, on les
envoie remplir une tâche administrative, par exemple. La
réticence des soignants s'explique par la crainte d'être
moins performants sous le regard des parents, puis d'être
jugés et d'avoir à rendre des comptes.
Soucieux de mesurer le bien-fondé de ces appréhensions,
le Dr Ricardo Carbajal et l'équipe des urgences de l'hôpital
de Poissy ont réalisé, courant 1999, la première
étude française sur la présence des parents
en contexte douloureux. Comparant pendant dix mois une pratique
" sans " et une pratique " avec parents ",
les soignants ont pu constater que la nouvelle donne n'influait
nullement sur leurs performances. Mieux, elle leur facilitait
la tâche dans 68 % des cas. Les soignants consacrent parfois
beaucoup d'énergie à justifier la séparation
puis à calmer l'enfant terrorisé. Ils ont alors
tout à gagner de considérer les parents comme leurs
alliés. D'autant qu'il existe aujourd'hui de nombreux produits
pharmacologiques anti-douleur : utilisation du glucose à
visée antalgique chez le tout-petit, crèmes et injection
anesthésiantes, Meopa (mélange d'oxygène
et de protoxyde d'azote) diffusé grâce à un
masque, etc. " Maintenant je laisse toujours venir les parents
quand je procède à un soin parce que je me sens
plus à l'aise, insiste Régine Piollat, infirmière
aux urgences. Et puis, je me suis aperçue qu'ils étaient
très utiles auprès de l'enfant. " En cas de
problèmes ? " On ne sait jamais, quand on fait une
simple prise de sang, si l'enfant va être facile à
perfuser, estime Evelyne Maclart, infirmière à l'hôpital
de jour. Multiplier les tentatives, c'est difficile sous le regard
des parents. Il faut s'expliquer, c'est le dialogue qui va tout
arranger. " (Pour sensibiliser les professionnels de santé
à la pertinence de la présence des parents, l'association
Sparadrap et la fondation CNP ont réalisé le film
Soins douloureux en pédiatrie avec ou sans parents ? Pour
le commander : Association Sparadrap, 48, rue de la Plaine, 75020
Paris. Tél. : 01 43 48 11 80.)
Une
compassion constructive
L'enfant aussi
a tout à y gagner. " Plus ils sont petits - quand
ils n'ont pas encore atteint le stade du langage, quand ils ne
peuvent exprimer ni leur douleur ni leur peur de l'abandon - plus
le risque du traumatisme existe, affirme Stanislas Tomkiewicz,
pédiatre et pédopsychiatre. Il ne faut jamais dire
: C'est un tout-petit, ce n'est pas la peine que sa mère
soit là. " Contrairement aux préjugés,
un enfant qui pleure ou braille ne signifie aucunement que la
présence de ses parents aggrave la situation. C'est plutôt
parce qu'il se sent rassuré qu'il se permet d'exprimer
son refus avec tant de force.
La pratique de l'hôpital de Poissy confirme par ailleurs
une diminution de l'anxiété chez les adultes autorisés
à rester pendant les soins douloureux. A l'inverse, exclus
de la salle des soins, l'immense majorité des parents se
sentent dépossédés de leur rôle, ce
qui alimente des sentiments d'impuissance et de culpabilité
face à la souffrance de leur enfant. À propos d'une
mère qui, assistant à un myélogramme, semblait
davantage souffrir que le jeune patient, Stanislas Tomkiewicz
précise : " Ce n'est nullement faire preuve de masochisme
que de vouloir assister en souffrant soi-même aux souffrances
présumées de son enfant. Il y a un vieux mot qui
s'appelle la compassion, l'empathie. Et cette mère est
heureuse de pouvoir souffrir pour son enfant. Du point de vue
de l'évolution psychologique de cette femme, il est infiniment
mieux qu'elle soit là, même si elle n'est ni courageuse,
ni héroïque, plutôt que de rester derrière
la porte à imaginer une souffrance beaucoup plus grande.
" Les parents écartés peuvent avoir l'impression
qu'on leur cache quelque chose, devenir suspicieux et revendicatifs.
En témoigne une mère indignée de ne pas avoir
été prévenue de la ponction lombaire de sa
fille : " On m'a dit qu'il n'y avait pas eu de problème,
mais finalement je n'en sais rien. Ensuite, pendant toute l'hospitalisation,
j'ai été très casse-pied avec le personnel.
" Reste qu'inviter les parents à collaborer ne veut
pas dire les y forcer. L'essentiel est de leur laisser le choix
et de le respecter.