Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
AVRIL
2001
Pr
bernard bégaud
Chef de service de pharmacologie clinique au centre hospitalier
universitaire de Bordeaux 2,vice-président de la Commission
nationale de pharmacovigilance
"Ces
deux études ne remettent pas en question nos conclusions"
Il
faudrait être de mauvaise foi pour dire que 771 cas d'affections
neurologiques graves sont tous dus au hasard et pas au vaccin
contre l'hépatite B.
ALTERNATIVE
SANTÉ - L'Impatient : Que pensez-vous des études
publiées par le New England Journal of Medecine qui concluent
à l'innocuité du vaccin hépatite B ?
Pr Bernard
Bégaud : La première étude a été
réalisée par le Pr Confavreux, quelqu'un que je
ne veux pas critiquer parce qu'il s'agit d'un expert incontesté.
Mais son étude ne répond pas à la question
qui se pose en France : " Est-ce que des personnes en bonne
santé peuvent faire un accident démyélinisant
après vaccination hépatite B ? " Son étude
porte sur des personnes déjà atteintes de sclérose
en plaques (SEP) et montre que les vaccinations, en général,
ne déclenchent pas de poussées chez elles. On peut
très bien faire l'hypothèse qu'un facteur déclenchant
n'est pas aggravant. Le Pr Confavreux n'a d'ailleurs travaillé
qu'avec des sujets atteints de SEP, alors que nous, nous parlons
de personnes qui ont des affections démyélinisantes
; ce qui inclut, outre la SEP, des myélites, névrites,
névrites optiques, syndrome de Guillain-Barré.
De plus, les
résultats de cette étude concernent les vaccinations
en général, mais ne semblent pas conclusives pour
le vaccin contre l'hépatite B. Il analyse les effets de
cinq types de vaccins. Or les études déjà
publiées dans la littérature médicale montrent
que, selon les vaccins, les risques peuvent être différents.
Je ne crois pas qu'aujourd'hui quelqu'un puisse dire que tous
les vaccins représentent le même risque. Les personnes
qui ont été vaccinées par le vaccin hépatite
B ne représentent qu'un petit sous-groupe dans cette étude
(39 cas sur 144 personnes vaccinées et 643 étudiées).
L'étude n'avait sans doute pas la puissance statistique
suffisante pour étudier les effets de ce seul vaccin.
L'étude
du Dr Ascherio ne porte que sur le vaccin hépatite B et
conclut que celui-ci ne peut être responsable de la survenue
de SEP. Qu'en pensez-vous ?
Je serai beaucoup
plus critique avec l'étude d'Ascherio. Je ne la comprends
pas bien. J'ai eu beau la lire, je ne vois pas d'objectif clairement
défini. Je ne vois pas tellement d'hypothèse posée,
de calculs de puissance statistique. On compare le statut vaccinal
de 192 infirmières atteintes de SEP avec un groupe témoins
de 645 femmes, dont 534 sont en bonne santé et 111 infirmières
ont un cancer du sein. Cette étude est menée chez
des infirmières qui sont une population particulièrement
vaccinée (60 % d'entre elles sont vaccinées contre
l'hépatite B). Si certaines d'entre elles ne sont pas vaccinées,
c'est peut-être parce qu'elles ont des contre-indications
à la vaccination, du fait de problèmes de santé
antérieurs. L'existence de ces problèmes de santé
peut introduire un biais dans la comparaison avec le groupe témoin.
Dans le groupe témoin, Le Dr Ascherio distingue deux sous-groupes
les 534 femmes en bonne santé, les 111 ayant un cancer
du sein. Je ne sais pas pourquoi il a regardé ces deux
sous-groupes. J'espère que c'était prévu
dans le protocole. Il fait une comparaison avec chacun des deux
sous-groupes, puis avec un mélange des deux et, là,
les résultats s'inversent. Dans un des deux groupes, il
y a une légère augmentation du risque. Mais quand
il mélange les deux, le chiffre va dans l'autre sens. Le
pire des dangers en épidémiologie, c'est d'isoler
des sous-groupes qui vous permettent de trouver les résultats
que vous recherchez.
Il y a un
facteur qui agit probablement comme un biais de confusion, qui
n'a pas été pris en compte et qui me gêne
beaucoup. Pour savoir si les femmes avaient ou non été
vaccinées, un questionnaire a été envoyé.
Il y a un bon nombre de réponses mal faites. Ils disent
que cela fait 40 %. Si on regarde de près l'analyse, cela
ferait plutôt 60 %. Ce qui est beaucoup trop. En comparaison,
dans l'étude française rétrospective, le
questionnaire a été fait par interview téléphonique
de plus d'une demi-heure et il n'y avait que 25 % de non-réponse.
En outre, dans l'étude américaine, il se peut très
bien que les femmes qui ont correctement répondu n'aient
pas les mêmes caractéristiques que celles qui ont
mal répondu et cela n'est pas pris en compte.
Autre critique importante : l'étude considère le
statut vaccinal dans les deux ans qui ont précédé
la sclérose en plaques. Cela me paraît long. C'est
comme si vous faisiez une étude comparant des sujets atteints
d'hémorragies digestives et des sujets sains. Vous leur
demandez à tous : Avez-vous pris de l'aspirine ? Vous allez
avoir un grand nombre de sujets dans les deux groupes qui vont
vous répondre que oui et vous ne pourrez pas savoir si
l'aspirine a une influence sur les hémorragies digestives.
Tandis que si vous demandez à ces personnes si elles ont
pris de l'aspirine dans les deux jours (ou les deux semaines)
qui ont précédé, vous n'aurez qu'un petit
nombre de réponses positives, mais qui sera plus élevé
chez les sujets atteints d'hémorragie digestive que chez
les sujets sains. C'est un biais majeur.
Que
peut-on dire aujourd'hui sur le risque de faire une sclérose
en plaques après vaccin hépatite B ?
Le Dr Ascherio
conclut à l'absence totale d'association entre la SEP et
vaccin contre l'hépatite B. Ce n'est pas plus justifié
que si nous avions conclu de manière absolue à l'existence
d'un risque de SEP après vaccination. Finalement, les résultats
de son étude sont comparables à ceux de la nôtre,
mais nous n'en tirons pas les mêmes conclusions. En effet,
l'étude française a trouvé une estimation
du risque relatif de 1,1 sur an, ce qui n'est pas significatif.
Mais ce risque est de 1,8 quand on prend les SEP déclarées
dans les deux mois qui suivent la vaccination. C'est un risque
faible, mais on ne peut pas l'écarter.
On en est aujourd'hui à 771 notifications d'affections
démyélinisantes centrales enregistrées au
Centre national de pharmacovigilance. Il est difficile d'affirmer
qu'elles sont toutes dues au vaccin, mais on ne peut pas s'asseoir
sur presque 800 cas. II faudrait être particulièrement
de mauvaise foi pour dire que ces cas sont tous dus au hasard
et jamais à la vaccination. Le nombre de cas notifiés
est donc un signal fort.
Le principal enseignement que l'on peut tirer de ces deux études
américaines, c'est qu'elles ne remettent pas en question
les conclusions auxquelles nous sommes arrivés.