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AVRIL 2001

Révélations sur les pesticides

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L'usage en agriculture des pesticides engendre des problèmes d'avortements, d'accouchements prématurés, de malformations sexuelles, de fertilité, etc.

 

 

La France est le deuxième utilisateur mondial de pesticides, derrière les États-Unis. Les chiffres sont exorbitants : 98 000 tonnes de pesticides épandus en 1996, 109 000 tonnes en 1998. Leur usage se développe plus vite que les recherches susceptibles de garantir leur absence de danger pour la santé !
" Toutes les difficultés actuelles en matière de sécurité alimentaire, concernant en particulier les pesticides, proviennent du fait que l'on dispose de peu d'études ", souligne André Aschieri, auteur d'un rapport parlementaire sur les substances toxiques (André Aschieri, député Vert, est l'auteur avec Odette Grzegrzulka, du " Rapport sur les risques sanitaires liés à l'environnement ", remis au Premier ministre en novembre 1998.) et de La France toxique aux éditions La Découverte . " On sait certaines choses, mais on ne veut pas creuser davantage ! " affirme le Dr B, vice-président de la Fédération Kousmine internationale, en Suisse. Ne pas mener les recherches nécessaires reste le meilleur moyen de n'avoir aucune chance de prouver l'existence de risques et de changer nos habitudes ! Quant aux publications médicales sur les pesticides, elles sont souvent écrites… par les fabricants. Ainsi, c'est à un spécialiste de Rhône Poulenc, firme produisant des pesticides, que sont confiés la quasi-totalité des articles sur leurs risques dans un document de référence : l'Encyclopédie médico-chirurgicale de toxicologie. Un comble !

En France, mais surtout à l'étranger, des études commencent à se faire jour. Mais les résultats ne sont pas diffusés. Illustration de cette volonté de dissimuler la vérité, nous nous sommes vu interdire l'entrée d'un congrès des sociétés françaises de toxicologie traitant de ces questions (XXXVIIe congrès mixte de la Société de toxicologie clinique et de la Société française de toxicologie analytique, ayant pour thème " Produits phytosanitaires et santé ", à Angers) : les journalistes y étaient indésirables.
Ni le ministère de l'Environnement ni celui de la Santé ne semblent disposer des résultats des recherches menées en France, dans le secteur agricole, concernant ces risques. Aucune information sur les teneurs en pesticides des céréales, des légumes et des fruits n'a pu nous être donnée par les unités de recherche de l'Institut national de recherche agronomique (Inra). Ce sont pourtant des chercheurs de l'Inra qui, avec la Direction générale de l'alimentation (DGAL), ont pour mission d'estimer les risques résultant de l'utilisation de ces produits. Ces informations existent. On les tient cachées parce qu'elles font peur, qu'elles remettraient en cause nos modes de production et qu'elles inquiéteraient les consommateurs. C'est dire que vous avez peu de chances de lire ailleurs ce qui suit.

1 paysan sur 5 malade des pesticides


Face aux dangers des pesticides, les agriculteurs sont en première ligne parce qu'ils les manipulent à hautes doses et les épandent. Les empoisonnements d'agriculteurs lors de l'épandage de ces produits ne sont pas rares. Selon deux enquêtes réalisées auprès de 7 600 puis de 2 300 professionnels, en 1984 et 1986 (3), un sur cinq souffrirait d'effets indésirables dus aux pesticides. C'est la raison pour laquelle la Mutualité sociale agricole (MSA) a mis en place un réseau de toxicovigilance en 1991.
Mille dossiers, représentant la totalité des problèmes aigus rencontrés et centralisés à l'Institut national de médecine agricole (INMA) de Tours, ont été recueillis depuis 1991. " Un médecin toxicologue les expertise pour vérifier s'il existe une relation de cause à effet entre le toxique et l'effet indésirable notifié ", précise le Dr Elisabeth Marcotullio. Ce lien a été établi pour les deux tiers de ces dossiers.

Les cultures les plus concernées sont les céréales, la vigne et l'horticulture. Les troubles aigus recueillis frappent les muqueuses et la peau (40 % des cas de paysans étudiés), le système digestif (34 % des cas), le système respiratoire (20 %), le reste de l'organisme à travers, par exemple, des troubles généraux comme des maux de tête (24 %). À la suite de ces incidents lors du travail agricole, plus des deux tiers des victimes ont dû consulter un médecin. Parmi les paysans recensés dans cette banque de données de la MSA, 13 % font état d'une hospitalisation consécutive à l'utilisation de produits phytosanitaires et 27 % ont dû recourir à un arrêt de travail momentané.

Pour les hommes : Infertilité, malformations génitales…

Au-delà des effets immédiats des pesticides sur les agriculteurs, leurs risques à moyen et à long terme ne sont pas étudiés par le réseau MSA. Par ailleurs, qu'en est-il des effets à dose plus faible mais régulière chez le consommateur de légumes, de céréales ou de fruits ? On les retrouve même dans l'eau que nous buvons.
Pour chacun de nous, les dangers des pesticides se traduisent par cette toxicité à moyen terme. " Celle-ci regroupe les effets survenant plusieurs mois ou années après une intoxication massive aiguë ou une exposition prolongée à des doses faibles ", explique le Dr Marie-Antoinette Gingomard, auteure pour la MSA d'un résumé des connaissances dans ce domaine (2). Cette toxicité se traduit pour les hommes par l'infertilité, des anomalies des testicules (non-descente des testicules, ou cryptorchidie) et par des malformations du pénis. Le lien entre infertilité masculine et pesticides a été prouvé à l'échelle d'un pays (Some Organochlorine Insecticides and Polychlorinated Biphenyl Blood Residues in infertile males in the general Israeli population of the middle 1980's, Pines et coll., Arch. Environ. Contam. Toxicol., 1987, 16, 587-597.). Leur taux dans le sang a été étudié pour l'ensemble des hommes infertiles d'Israël. On retrouve bien, chez ces hommes, de fortes concentrations de deux types de pesticides : les insecticides organochlorés et les polychlorés-biphényl.
" L'effet évident de ces substances sur la détérioration de la qualité du sperme apparaît dans de nombreuses études ", rappelle le Pr Marco Maroni, du Centre international pesticides et sécurité, à Milan, même si des études restent à mener (Ces recherches ont été présentées au symposium consacré aux pesticides lors du 26e Congrès international Santé et travail, organisé à Singapour par la Commission internationale Santé et travail, du 27 au 1er septembre 2000.). Les fertilisants n'arrangent pas les choses. " Pour les troubles de la reproduction, dit le Dr Gingomard, la responsabilité d'un fumigant, le DiBromoChloroPropane, est reconnue pour provoquer des stérilités masculines. " Or cette substance est utilisée dans les cultures légumières, dans les vignobles et les vergers.

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