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AVRIL 2001

 

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Pour les femmes : dangers sur la grossesse

Ces dangers concernent aussi la grossesse et la mère. Une augmentation du nombre d'accouchements prématurés et d'avortements avec rétention placentaire est constatée chez des femmes présentant de forts taux de pesticides dans le sang (taux plasmatiques d'organochlorés et de PCB) (Premature Delivery and Organochlorine Compounds : polychlorinated biphenyls and some organochlorine pesticides, Wassermann et col. Environ. Res. 1982, 28, 106-112. et Serum Levels of Polychlorinated Biphenyls and some organochlorine pesticides in women with recent and formed missed abortions, Bercovici et coll., Environ. Research, 1983, 30, 169-174.).
Des synthèses américaines de plusieurs études (Healthy from the Start - Why America needs abetter system to track and understand birth defects and the environnement, Pew environmental Health Commission, John Hopkins School of Public Health, Baltimore, 1999, 86 p. ) montrent le rôle des pesticides sur les naissances d'enfants de petit poids et de petite taille chez des femmes de régions agricoles arrosées de pesticides. Et, selon une étude menée en Finlande, des malformations de l'enfant. La contamination de l'eau par des herbicides est aussi incriminée. Elle entraîne des retards de croissance du fœtus, selon une étude américaine menée dans l'Iowa.

On n'exclut pas non plus les risques des expositions à des produits chimiques xenœstrogéniques (de xen, étranger, et œstrogène : caractérisant une ovulation provoquée par un agent externe au cycle normal), qui provoqueraient des changements sensibles dans la proportion de naissances de garçons et de filles. Le Pr Marco Maroni rappelle aussi que les pesticides organochlorés pourraient affecter le système hormonal thyroïdien, entraînant des troubles neurologiques chez les nouveau-nés.

Troubles psychiques et de la locomotion

Il n'est pas nécessaire d'ingérer des quantités importantes de pesticides pour provoquer des troubles. Leur présence à faible dose suffit. " Plusieurs études montrent divers effets psychiatriques et neurologiques associés à de faibles expositions à long terme aux organophosphorés (produits organiques de synthèse contenant du carbone et du phosphore - Ndlr) ", souligne le Dr Lotti, du département de santé publique de l'université de Padoue, en Italie.
Diverses maladies neurologiques seraient ainsi causées par les pesticides : atteintes directes, affectant plus tard les sens et la locomotion, causées par les organophosphorés et des solvants, troubles psychiques graves, maladie de Parkinson et sclérose latérale amyotrophique.

Apparition de cancers

De nombreuses recherches incriminent les pesticides dans l'apparition de cancers. Selon le Dr Marie-Antoinette Gingomard, leur responsabilité dans l'apparition de leucémies est établie, Ces substances sont formellement accusées dans l'apparition de certains cancers (lymphomes non hodgkiniens). Elle restent très suspectées de susciter certaines tumeurs, en particulier des sarcomes. Pour ces deux types de cancers, " les herbicides dérivés de l'acide phénoxyacétique ont été mis en cause ".
En outre, les effets cancérigènes des pesticides à base d'arsenic ou de ses composés sont tout à fait reconnus pour l'homme. D'autres types de pesticides, les triazines, le seraient chez la femme ; ils provoqueraient des cancers de l'ovaire. L'alachlore est incriminé dans la survenue des cancers du côlon et du rectum. " Dans les tumeurs cérébrales de l'enfant, conclut le Dr Gingomard, le lindane est suspecté. "
" En outre, on s'inquiète depuis plusieurs années des risques, sur l'environnement comme sur la santé, des perturbateurs endocriniens, un des composants des pesticides, explique le Pr Maroni. Les études, in vitro comme sur l'animal, prouvent l'effet sur notre système hormonal de pesticides tels que le DDT, le chlordécone et le méthoxychlore, les chlorotriazines, le fénarimol, la vinchlozoline et l'isoxaflutole. " Une partie des substances est interdite à la vente en France. Mais ils peuvent être utilisés dans des pays dont nous importerions les produits de consommation. Ces substances, présentes dans les
pesticides, altèrent le fonctionnement de notre système endocrinien. Leurs effets hormonaux provoqueraient des cancers, notamment du testicule et du sein, des troubles neurologiques, des troubles de la reproduction et du développement.

Études sérieuses en Belgique

" Le nombre de cancers des testicules ne cesse de croître depuis cinquante ans dans de nombreux pays, notamment la Grande-Bretagne, les États-Unis, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, les pays baltiques et nordiques ", ajoute le Pr Marconi. Comme d'habitude, l'alerte est donnée par les pays, souvent nordiques et anglo-saxons, qui mènent des études sur les risques du travail et de l'environnement. Ici encore, le principe de précaution s'impose et des recherches doivent être menées.
Il fallait oser réaliser chez des cancéreux les examens permettant de mesurer les concentrations de pesticides dans leur organisme. Ces recherches ont été lancées au CHU de Liège, en Belgique (Voir " Victimes des pesticides ", Alternative Santé - L'Impatient n° 250, novembre 1998.). " Cent patients souffrant de cancers, notamment de la thyroïde et du sein, ont été soumis à une surveillance biologique destinée à quantifier leur contamination par les pesticides ", explique le Dr Corine Charlier, toxicologue au CHU de Liège. On retrouve toujours une présence de pesticides sensible dans l'organisme de 97 % de ces cancéreux. Selon cette étude, le pesticide le plus souvent présent est le DDE (DDE : 1,1-dichlozo-2,2 bis (p-chlorophényl) éthylène) (à des concentrations allant de 0,23 à 42 ng/ml), suivi de l'HCB (HCB : hexachloride benzène.), du lindane et de l'aldrine.
Des travaux similaires sont menés en Espagne. Les premiers résultats montrent que des personnes souffrant de cancer du pancréas présentent un taux anormalement élevé de pesticides dans le sang (DDT et PCBs) (Revue The Lancet, 25 décembre 1999.).

Alors, que faire ?

Le système actuel de prévention de ces risques fonctionne mal. Il est basé sur le " principe de bonne volonté des industriels à fournir les informations sur les produits et rejets dans l'environnement ", selon le Cniid et le MDRGF (lire ci-contre interview). Peu d'analyses et d'études indépendantes sont disponibles et diffusées. " Or notre consommation de pesticides, d'engrais et de conservateurs - que nous stockons dans notre organisme - avoisine un kilo et demi par an ! " rappelle le vice-président de la Fondation Kousmine internationale. Et craintes et questions sur leur présence dans notre alimentation demeurent nombreuses. " Ce sont des risques plus importants que ceux liés à la vache folle, estime André Aschieri. Ces derniers sont très médiatisés, tandis que d'autres sont ignorés. On commence pourtant à cerner la nocivité de nombreux produits de l'agroalimentaire : pesticides bien sûr, mais aussi antibiotiques, colorants ou hormones de croissance. En outre, ils sont utilisés, dans l'agriculture, à doses plus importantes que celles prévues pour être actives. " Les pouvoirs publics ne se hâtent guère de tempérer ces excès,
en France, par des mesures et des programmes de recherches pourtant nécessaires. " La somme de tous ces produits déversés dans la nature constitue une véritable bombe, poursuit-il. Présents dans notre alimentation comme dans l'environnement, ils peuvent entraîner des conséquences graves, mais on n'en parle pas. " Aux associations citoyennes d'exercer une pression plus forte pour que de tels risques soient étudiés et limités.

Richard Belfer

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