Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
Ces dangers
concernent aussi la grossesse et la mère. Une augmentation
du nombre d'accouchements prématurés et d'avortements
avec rétention placentaire est constatée chez des
femmes présentant de forts taux de pesticides dans le sang
(taux plasmatiques d'organochlorés et de PCB) (Premature
Delivery and Organochlorine Compounds : polychlorinated biphenyls
and some organochlorine pesticides, Wassermann et col. Environ.
Res. 1982, 28, 106-112. et Serum Levels of Polychlorinated Biphenyls
and some organochlorine pesticides in women with recent and formed
missed abortions, Bercovici et coll., Environ. Research, 1983,
30, 169-174.).
Des synthèses américaines de plusieurs études
(Healthy from the Start - Why America
needs abetter system to track and understand birth defects and
the environnement, Pew environmental Health Commission, John Hopkins
School of Public Health, Baltimore, 1999, 86 p. ) montrent
le rôle des pesticides sur les naissances
d'enfants de petit poids et de petite taille chez des femmes de
régions agricoles arrosées de pesticides. Et, selon
une étude menée en Finlande, des malformations de
l'enfant. La contamination de l'eau par des herbicides est aussi
incriminée. Elle entraîne des retards de croissance
du ftus, selon une étude américaine menée
dans l'Iowa.
On n'exclut
pas non plus les risques des expositions à des produits
chimiques xenstrogéniques (de xen, étranger,
et strogène : caractérisant une ovulation
provoquée par un agent externe au cycle normal), qui provoqueraient
des changements sensibles dans la proportion de naissances de
garçons et de filles. Le Pr Marco Maroni rappelle aussi
que les pesticides organochlorés pourraient affecter le
système hormonal thyroïdien, entraînant des
troubles neurologiques chez les nouveau-nés.
Troubles
psychiques et de la locomotion
Il n'est pas
nécessaire d'ingérer des quantités importantes
de pesticides pour provoquer des troubles. Leur présence
à faible dose suffit. " Plusieurs études montrent
divers effets psychiatriques et neurologiques associés
à de faibles expositions à long terme aux organophosphorés
(produits organiques de synthèse contenant du carbone et
du phosphore - Ndlr) ", souligne le Dr Lotti, du département
de santé publique de l'université de Padoue, en
Italie.
Diverses maladies neurologiques seraient ainsi causées
par les pesticides : atteintes directes, affectant plus tard les
sens et la locomotion, causées par les organophosphorés
et des solvants, troubles psychiques graves, maladie de Parkinson
et sclérose latérale amyotrophique.
Apparition
de cancers
De nombreuses
recherches incriminent les pesticides dans l'apparition de cancers.
Selon le Dr Marie-Antoinette Gingomard, leur responsabilité
dans l'apparition de leucémies est établie, Ces
substances sont formellement accusées dans l'apparition
de certains cancers (lymphomes non hodgkiniens). Elle restent
très suspectées de susciter certaines tumeurs, en
particulier des sarcomes. Pour ces deux types de cancers, "
les herbicides dérivés de l'acide phénoxyacétique
ont été mis en cause ".
En outre, les effets cancérigènes des pesticides
à base d'arsenic ou de ses composés sont tout à
fait reconnus pour l'homme. D'autres types de pesticides, les
triazines, le seraient chez la femme ; ils provoqueraient des
cancers de l'ovaire. L'alachlore est incriminé dans la
survenue des cancers du côlon et du rectum. " Dans
les tumeurs cérébrales de l'enfant, conclut le Dr
Gingomard, le lindane est suspecté. "
" En outre, on s'inquiète depuis plusieurs années
des risques, sur l'environnement comme sur la santé, des
perturbateurs endocriniens, un des composants des pesticides,
explique le Pr Maroni. Les études, in vitro comme sur l'animal,
prouvent l'effet sur notre système hormonal de pesticides
tels que le DDT, le chlordécone et le méthoxychlore,
les chlorotriazines, le fénarimol, la vinchlozoline et
l'isoxaflutole. " Une partie des substances est interdite
à la vente en France. Mais ils peuvent être utilisés
dans des pays dont nous importerions les produits de consommation.
Ces substances, présentes dans les
pesticides, altèrent le fonctionnement de notre système
endocrinien. Leurs effets hormonaux provoqueraient des cancers,
notamment du testicule et du sein, des troubles neurologiques,
des troubles de la reproduction et du développement.
Études
sérieuses en Belgique
" Le
nombre de cancers des testicules ne cesse de croître depuis
cinquante ans dans de nombreux pays, notamment la Grande-Bretagne,
les États-Unis, l'Australie, la Nouvelle-Zélande,
les pays baltiques et nordiques ", ajoute le Pr Marconi.
Comme d'habitude, l'alerte est donnée par les pays, souvent
nordiques et anglo-saxons, qui mènent des études
sur les risques du travail et de l'environnement. Ici encore,
le principe de précaution s'impose et des recherches doivent
être menées.
Il fallait oser réaliser chez des cancéreux les
examens permettant de mesurer les concentrations de pesticides
dans leur organisme. Ces recherches ont été lancées
au
CHU de Liège, en Belgique (Voir
" Victimes des pesticides ", Alternative Santé
- L'Impatient n° 250, novembre 1998.). " Cent
patients souffrant de cancers, notamment de la thyroïde et
du sein, ont été soumis à une surveillance
biologique destinée à quantifier leur contamination
par les pesticides ", explique le Dr Corine Charlier, toxicologue
au CHU de Liège. On retrouve toujours une présence
de pesticides sensible dans l'organisme de 97 % de ces cancéreux.
Selon cette étude, le pesticide le plus souvent présent
est le DDE (DDE : 1,1-dichlozo-2,2 bis
(p-chlorophényl) éthylène) (à
des concentrations allant de 0,23 à 42 ng/ml), suivi de
l'HCB (HCB : hexachloride benzène.),
du lindane et de l'aldrine.
Des travaux similaires sont menés en Espagne. Les premiers
résultats montrent que des personnes souffrant de cancer
du pancréas présentent un taux anormalement élevé
de pesticides dans le sang (DDT et PCBs) (Revue
The Lancet, 25 décembre 1999.).
Alors,
que faire ?
Le système
actuel de prévention de ces risques fonctionne mal. Il
est basé sur le " principe de bonne volonté
des industriels à fournir les informations sur les produits
et rejets dans l'environnement ", selon le Cniid et le MDRGF
(lire ci-contre interview). Peu d'analyses et d'études
indépendantes sont disponibles et diffusées. "
Or notre consommation de pesticides, d'engrais et de conservateurs
- que nous stockons dans notre organisme - avoisine un kilo et
demi par an ! " rappelle le vice-président de la Fondation
Kousmine internationale. Et craintes et questions sur leur présence
dans notre alimentation demeurent nombreuses. " Ce sont des
risques plus importants que ceux liés à la vache
folle, estime André Aschieri. Ces derniers sont très
médiatisés, tandis que d'autres sont ignorés.
On commence pourtant à cerner la nocivité de nombreux
produits de l'agroalimentaire : pesticides bien sûr, mais
aussi antibiotiques, colorants ou hormones de croissance. En outre,
ils sont utilisés, dans l'agriculture, à doses plus
importantes que celles prévues pour être actives.
" Les pouvoirs publics ne se hâtent guère de
tempérer ces excès,
en France, par des mesures et des programmes de recherches pourtant
nécessaires. " La somme de tous ces produits déversés
dans la nature constitue une véritable bombe, poursuit-il.
Présents dans notre alimentation comme dans l'environnement,
ils peuvent entraîner des conséquences graves, mais
on n'en parle pas. " Aux associations citoyennes d'exercer
une pression plus forte pour que de tels risques soient étudiés
et limités.