Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
Le
Dr Serge Rafal, responsable de la consultation d'acupuncture,
phytothérapie et homéopathie à l'hôpital
Tenon, à Paris nous présente les ressources de la
phytothérapie face aux troubles anxieux.
En 1976, une
consultation d'acupuncture est ouverte par le Dr Serge Rafal à
l'hôpital Tenon. Elle s'élargit peu à peu
à l'ensemble des médecines douces, dont la phytothérapie,
puis, en 1984, à l'homéopathie.
Quelles
sont donc les ressources des plantes et des micronutriments, face
aux troubles anxieux et dépressifs ?
" Les troubles nerveux et psychologiques représentent
30 % des motifs de nos consultations, précise le Dr Rafal.
Beaucoup de nos patients viennent pour des troubles anxieux, dépressifs.
Certains ne souhaitent pas prendre de benzodiazépines ou
d'hypnotiques. Ils préfèrent "éviter
l'engrenage". D'autres sont en revanche confrontés
à des problèmes de sevrage : ils veulent arrêter
d'en prendre, mais n'y parviennent pas. "
Anxiété
" Il
existe une douzaine de plantes sédatives, c'est-à-dire
calmantes ". Parmi les plus connues, l'angélique,
l'aubépine, la ballote, la marjolaine, la mélisse,
la passiflore, le tilleul, la valériane, la verveine, etc.
" Elles peuvent être utiles lors de troubles anxieux.
Mais aussi face aux problèmes de sommeil, souvent liés
à l'anxiété. "
Les plantes sont proposées sous différents formes,
lesquelles choisir ? Cela reste en partie lié aux questions
de prix et de remboursement. " Les extraits secs sont plus
concentrés, mais non remboursés donc
relativement coûteux. Les teintures-mères, moins
concentrées, qui nécessitent habituellement entre
100 et 150 gouttes par jour, sont, elles, remboursées.
"
Les plantes contre l'anxiété se présentent
aussi sous forme de comprimés. Plusieurs, telles que Spasmine®
(association d'aubépine et de valériane) et Euphytose®
(association d'aubépine, de passiflore, de valériane
et de ballote), sont efficaces et remboursées.
Face à
l'anxiété, le Dr Rafal associe souvent le magnésium
à la phytothérapie. " La façon dont
nous nous alimentons provoque des carences en magnésium.
L'étude de référence, menée dans le
Val-de-Marne, le montre. Or, les manifestations d'une telle carence
sont principalement musculaires ou nerveuses. " Si notre
organisme dispose de 1,2 kilo de calcium, il ne contient que 25
g de magnésium, mais jouant un rôle crucial. "
Les prescriptions ont changé dans ce domaine. Il y a vingt
ans, les médecins se réclamant des médecines
douces en donnaient sous forme catalytique (oligosols), c'est-à-dire
infime. Actuellement, les doses utilisées sont plus importantes.
Citons par exemple Spasmag® et Mégamag®, qui n'ont
rien à voir avec les oligosols. "
Dépression
Il est une
plante dont on connaît depuis peu les propriétés
antidépressives, c'est le millepertuis (lire nos articles,
dans le n° 267 et le n° 274). " Les premières
recherches concluantes, d'origine allemande, datent d'il y a cinq
ans. " Le millepertuis, parce qu'il est naturel et efficace,
fait du tort à certains laboratoires fabriquant des antidépresseurs
de synthèse. C'est probablement ce qui a engendré
nombre d'attaques à son encontre. Certains pensent que
l'angélique aurait un petit effet antidépresseur
aussi. Mais elle n'a pas fait l'objet d'études.
Si, en cas de troubles anxieux, la durée du traitement
peut varier en fonction de la durée de leurs manifestations
(de deux jours à trois semaines), les troubles dépressifs,
plus longs à traiter, relèvent toujours de traitements
de plusieurs semaines.
" Les psychotropes, apparus dans les années 50, ont
beaucoup apporté dans certains cas, dit le Dr Rafal. On
ne disposait que de la camisole et de l'isolement face aux crises
paniques graves. Il n'était pas facile de traiter certaines
dépressions. " Mais cela ne signifie pas pour autant
qu'il faille avaler des psychotropes à la moindre contrariété.
" Les anxiolytiques tels que les benzodiazépines sont
légèrement euphorisants. Ils créent une dépendance
parce qu'ils créent une sensation de bien-être. Il
n'est pas si facile d'arrêter d'en prendre si vous ne parvenez
pas à modifier radicalement le contexte. Or on ne change
ni de famille ni d'entreprise si facilement. " Le risque
de rester " accroché " et d'augmenter les doses
est donc fort.
Un
sevrage très progressif
Les médecines
douces peuvent aider à effectuer des sevrages souhaitables.
" Mais il ne faut pas arrêter la prise de benzodiazépines
ou d'antidépresseurs en quinze jours. Cette diminution
progressive prend plusieurs mois. Cela permet d'apprivoiser le
métabolisme, en sachant que les plantes, par exemple, ne
procureront pas un effet aussi agréable. "
Une personne habituée à prendre une benzodiazépine,
avec un médicament comme, par exemple, le Lexomil®
en prendra d'abord la moitié de sa dose habituelle quotidienne,
puis le quart. " Elle peut devoir couper la barrette en plus
de quatre, tellement ce type de programme doit être progressif.
Je propose même des rythmes de prise d'un jour sur deux
pendant quinze jours, puis d'un jour sur quatre pendant quinze
jours. Je connais des patients qui ne parviennent pas à
décrocher. D'autres qui arrêtent la prise de benzodiazépines
avec des plantes sédatives et du magnésium, la prise
d'antidépresseurs avec l'aide du lithium et du millepertuis.
Le nouveau traitement de phytothérapie est alors introduit
dès le début du sevrage. " Le but ultime étant
ensuite de tout arrêter.
" Il y a certains traitements allopathiques qu'on ne doit
pas arrêter. Je pense aux antidépresseurs chez une
personne suicidaire, aux traitements de certains troubles psychotiques.
En revanche, la mise sous traitement tranquillisant ou antidépresseur
des patients anxieux et dépressifs doit être mûrement
réfléchie lorsqu'on connaît les difficultés
du sevrage ultérieur. "