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AVRIL 2001

Témoignage d'une mère

" Un jour, Anne a cru que l'on parlait d'elle à la télévision… "

 

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La schizophrénie est souvent perçue de manière caricaturale.
De nombreuses familles peinent à trouver les bonnes réponses.

 

 

"C'était en 1991, et brutalement ma fille Anne a cru que l'on parlait d'elle à la télévision, c'était juste avant qu'elle passe son bac. " Christine, médecin, a mis cela sur le compte du stress. Mais, l'été suivant, elle est appelée en urgence. Sa fille, lors d'un séjour avec des amis, a complètement " décompensé " et a fait une " bouffée délirante ". Elle part la récupérer en catastrophe. À cette époque, elle ne sait pas qu'Anne est atteinte de schizophrénie. Elle vit seule avec ses deux enfants. Une séparation ancienne, non conflictuelle. La vie semblait normale.

Après cet épisode délirant, Anne est soignée dans le service des adolescents à la Pitié-Salpétrière, à Paris. Elle n'est pas hospitalisée. " Il n'existe pas d'alternative satisfaisante, de lieu différent ; soit c'est l'hôpital psychiatrique avec tout ce que cela implique, soit c'est chez les parents, poursuit Christine, et c'est difficile, très difficile pour la famille. " Peu à peu, le délire s'est apaisé. Le mode de fonctionnement est devenu presque normal. Mais les proches se rendent compte qu'il y a une perte de contact avec la réalité. " C'est une sorte de pseudo-normalité. À de petits détails, explique Christine, je me rendais compte que cela n'allait pas. Pourtant, Anne a arrêté ses médicaments et n'a plus voulu consulter. Elle était dans le déni de la maladie. C'est une des caractéristiques de cette pathologie. Dès qu'elle se sentait mieux, elle me répondait : "C'est toi qui dois te faire soigner…" "

La vie semble pourtant reprendre son cours. Mais Christine sait que rien ne sera jamais plus comme avant. Au point qu'elle a du mal à croire sa fille lorsque celle-ci lui annonce la réussite à ses examens. En neuf ans, Anne arrivera au niveau de la maîtrise. " Je sentais clairement que cela n'allait pas, mais elle était majeure et je ne pouvais l'obliger à se faire soigner (pour une hospitalisation à la demande d'un tiers, il faut deux certificats médicaux). Si, à des moments difficiles, je réussissais à l'amener en consultation, elle donnait parfaitement le change car elle avait une grande capacité à s'appuyer sur la partie saine de son psychisme. Les soignants me regardaient de travers, la notion de pathologie dont la mère est responsable
est encore très vivace… Le message des soignants est subtil, du style : "[je] n'avais pas su fixer un cadre… Donner des limites à [mon] enfant…" "
Christine contacte le service psychiatrique de son secteur, à Saint-Maur (Val-de-Marne). En moins de deux mois, ils réussissent à la convaincre de se soigner et à lui faire prendre ses médicaments. " J'ai eu beaucoup de chance. Ils ont accepté de venir à la maison. Parallèlement, mon ex-mari et moi, nous étions suivis dans un autre centre médico-psychologique (CMP). Alors, pendant tout un temps, la situation a été vivable. Ma fille habitait seule, dans un studio. Nous l'aidions, je payais le loyer et son père lui versait une pension. La vie était de nouveau quasi normale. " Ensuite, Anne vécut avec un compagnon.
Mais, il y a deux ans, c'est la rechute. " Tous les facteurs de stress sont déclenchants dans cette maladie. Elle cherchait du travail. À cette époque, j'avais pris beaucoup de recul, j'étais très "extérieure". J'avais décidé de ne plus lui donner d'argent, et de son côté, elle refusait de demander le RMI et voulait absolument dépendre de ses parents. "

" En juin, son comportement est redevenu étrange, mais elle refusait à nouveau de consulter. Même son compagnon n'arrivait pas à l'emmener au CMP. J'obtins alors la possibilité que l'on regarde à nouveau son dossier médical, mais on me répondit encore une fois : "Elle est majeure, on ne peut rien faire". En septembre j'avais épuisé toutes les solutions. Alors, j'ai écrit à mon ex-mari pour qu'il m'aide et s'occupe de sa fille. Les délires ont repris, accompagnés de troubles du comportement alimentaire. En particulier, le rejet des médicaments qui font grossir. Cette période a été abominable, j'avais le sentiment que, tant qu'il n'arriverait pas quelque chose de grave, on ne s'occuperait pas d'elle. " Son père la fait hospitaliser. Elle restera six semaines dans une structure fermée, l'hôpital de Perray-Vaucluse (Essonne). C'est là qu'est posé pour la première fois le lourd diagnostic de psychose chronique.

Depuis, Anne est suivie en hôpital de jour dans le XVIIe arrondissement, à Paris. Tout se passe à nouveau bien. Après un bilan de la Cotorep (Commission technique d'orientation et de reclassement professionnel), elle est prise en charge. Christine vient de lui acheter un appartement. Elle a le sentiment que sa fille va aussi bien que possible et que, cette fois enfin, cela pourrait durer.

Martine Laganier

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