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MAI 2001

 


La micro-immunothérapie

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Consistant à agir à doses infinitésimales sur le système immunitaire, la micro-immunothérapie, une spécificité moderne de l'homéopathie, pourrait bien révolutionner à l'avenir le traitement de nombreuses maladies impliquant l'affaiblissement des défenses immunitaires. Une révolution mal comprise par les autorités françaises qui ont suspendu en décembre dernier la vente de ces produits en officine.

 

 

Agir sur le système immunitaire pour stimuler les défenses de l'organisme n'est pas une idée neuve. La pratique vaccinale s'en est directement inspirée. Mais, depuis Pasteur, les connaissances se sont étoffées, l'immunologie a révélé l'existence d'un réseau de cellules immunitaires et de médiateurs (appelées de façon générale les cytokines, parmi lesquelles sont classées les interférons et les interleukines). Fabriquées par génie génétique, les différentes formes d'interféron sont utilisées dans le traitement des infections virales (comme les hépatites C) ou des maladies auto-immunes (c'est le cas de la sclérose en plaques). Dans les années 70-80, le Dr Stephen Rosenberg, du National Cancer Institute de Bethesda (Maryland, États-Unis), et son équipe ont multiplié les tentatives pour appliquer l'immunothérapie au traitement du cancer. En 1992, dans son livre La Cellule transformée, publié simultanément aux États-Unis, en Angleterre, en Allemagne et en France, il conclut : " Nous n'avons pas guéri le cancer. Nous avons seulement découvert une fissure dans son visage de pierre… Mais nos récentes avancées sont pleines de promesses pour l'avenir. " Toutefois, les nombreux effets secondaires consécutifs aux prises massives d'interféron ou d'interleukine conduisent à en réduire considérablement l'usage. C'est dans ce cadre que s'inscrit la micro-immunothérapie mise au point par un médecin belge : Maurice Jenaer. Passionné d'immunologie et d'homéopathie, il conçoit l'intérêt qu'il y aurait à les rapprocher. " Il était logique, explique-t-il, de fournir à l'organisme les cytokines à la concentration où elles fonctionnent dans l'organisme, donc à doses infinitésimales, pour y être parfaitement tolérées. " Autre choix judicieux : le mode d'administration. " Le système immunitaire fonctionne comme notre police des frontières, les cellules immuno-compétentes se trouvent concentrées dans les zones d'accès à l'organisme, en particulier dans la muqueuse buccale et les relais lymphoïdes voisins. La voie perlinguale (les médicaments dilués et dynamisés comme les produits homéopathiques sont dirigés sous la langue et gardés dans la bouche quelques minutes avant d'être avalés) nous a semblé le meilleur mode d'administration. " L'IDI (immunothérapie à doses infinitésimales, encore appelée micro-immunothérapie) était née. À la différence de l'utilisation classique des cytokines (celle utilisée par S. Rosenberg ou en allopathie) elle ne prétend pas se substituer aux défaillances immunologiques mais provoquer la réaction du système immunitaire et en relancer la dynamique.

Des résultats étonnants

Les résultats sont absolument étonnants. Depuis une vingtaine d'années, Yann, 43 ans, était sujet à un herpès labial récurrent survenant tous les deux mois, chaque épisode durant une dizaine de jours. Il a essayé tous les médicaments curatifs classiques sans obtenir d'amélioration notable. Il y a cinq ans, un ami lui parle d'un médecin homéopathe qui pratique l'IDI. " L'effet a été radical, assure-t-il. Non seulement la fréquence de l'herpès est devenue exceptionnelle (l'an passé j'ai dû en faire seulement deux fois), mais l'épisode passe beaucoup plus vite : en deux à trois jours. " Également séropositif, Yann prend les antirétroviraux allopathiques pour diminuer la charge virale et d'autres médicaments de micro-immunothérapie qui, il en est convaincu, lui " maintiennent un bon taux de CD4 " (des cellules immunitaires dont le taux chute lors de l'évolution de la maladie). Suite à une transfusion sanguine reçue en 1986, Cécile est devenue malade d'une hépatite C récemment diagnostiquée. Très fatiguée, sujette à des palpitations, à des douleurs articulaires, elle s'est d'emblée, par conviction, tournée vers les médecines alternatives : " Dans un premier temps, mais si cela n'avait rien donné je me serais adressée à la médecine classique. " Elle n'a pas eu besoin de changer. " Avec la micro-immunothérapie, les résultats ont été remarquables. En trois mois de traitement, les analyses ne montraient plus trace du virus. " Se croyant tout bonnement guérie, elle s'est " à nouveau défoncée dans le travail ". Sa fatigue est revenue et le bilan suivant affichait la présence du virus… " Je suis de nouveau en traitement. Pour cinq mois, cette fois. " Arrivée à mi-parcours de ce traitement, elle se sent plus solide, et ses défenses immunitaires sont remontées. À son tour, Bénédicte raconte son histoire. Elle est atteinte depuis 1991 d'une maladie de Crohn ; cette maladie auto-immune évolue par crises, elle se caractérise par des ulcérations graves de la paroi des intestins, qui se traduisent par des maux de ventre terribles, des diarrhées parfois hémorragiques, des vomissements, une perte de poids importante. Benédicte est soignée classiquement par les corticoïdes, les anti-inflammatoires et les immuno-suppresseurs. Mais elle continue à passer des nuits blanches en se tordant de douleur. Sans pour autant cesser les traitements lourds, un médecin homéopathe la prend en charge : elle va un peu mieux, " la violence des crises s'estompe ". La maladie continue d'évoluer : deux problèmes qui y sont directement liés, l'un de fistule anale, l'autre de fistule vésicale, nécessitent d'intervenir chirurgicalement. Lors de la dernière opération, en février 1999, le chirurgien lui enlève une quinzaine de centimètres d'intestin. Dès sa sortie de l'hôpital, elle entreprend un traitement en micro-immunothérapie. " Depuis deux ans, déclare-t-elle enfin soulagée, ça va très bien. Il n'y a pas eu de rechute après ma dernière opération, alors que c'est souvent le cas. Je ne prends plus ni anti-inflammatoires, ni corticoïdes. Contrairement à ce qui se passait avant, je ne suis aucun régime alimentaire : je mange de tout. Je ne me suis jamais sentie aussi bien. C'est le bonheur. "

Amélioration chez 82 % des personnes

Les cas individuels n'ont pas de valeur scientifique. Les médecins qui s'intéressent à la micro-immunothérapie le savent bien. L'Institut (Institut 3IDI, 5, rue de Turbigo, 75001 Paris. Tél. : 01 44 88 24 06 ; fax : 01 44 88 24 03.) qui les regroupe et s'est chargé de promouvoir la méthode a donc entrepris de l'évaluer. Une étude vient d'être publiée dans le British Homeopathic Journal (Évaluation du 2LHERP dans les préventions des récidives de l'herpès génital. M. Jenear, M.F. Henry, A. Garcia, B. Marichal. British Homeopathic Journal, oct. 2000 ; 89 (4) 174-177). Elle concerne la prévention de l'herpès génital récidivant chez cinquante-trois patients présentant au moins quatre crises annuelles. Elle conclut que 82 % des malades tirent bénéfice d'un traitement par micro-immunothérapie ; avec, dans 42 % des cas, aucune réapparition des crises après le premier traitement (recul compris entre 8 et 50 mois). Pour 32 %, l'efficacité apparaît seulement après une ou plusieurs rechutes. Chez 9 % enfin, les récidives ne disparaissent pas mais les crises diminuent en fréquence et en intensité. " Des résultats préliminaires, ajoutent encore les auteurs de cette étude, obtenus sur un groupe de dix patients résistants ou intolérants à l'aciclovir (le médicament classique de l'herpès), semblent montrer que 80 % d'entre eux sont largement améliorés par le 2LHERP (un produit utilisé en immunothérapie, ndlr.) " Conçus pour rétablir la fonction immunitaire (ainsi dans les affections auto-immunes, où le système immunitaire se retourne et agresse un organe ou un tissu : les cartilages dans la polyarthrite rhumatoïde, l'intestin dans la maladie de Crohn, la gaine de myéline des nerfs dans la sclérose en plaque, etc.), les médicaments proposés par le Dr Maurice Jenaer sont bien évidemment composés de cytokines. Dans de nombreux cas : hépatite C, herpès, l'EBV (Eipstein Bar Virus), le CMV (cytomegalovirus), c'est un virus qui met à mal les défenses de l'organisme. " Aussi est-il nécessaire de contrôler, voire d'éradiquer dans la mesure du possible, l'agent ou les agents responsables de la pathologie. C'est dans ce but qu'ont été élaborés différents "acides nucléiques spécifiques" ou SNA®, répliques synthétisées en laboratoire, d'une partie d'un gène du micro-organisme que l'on veut atteindre." L'administration de ces SNA, sous forme diluée et dynamisée, a pour objet de perturber la physiologie du micro-organisme incriminé pour en arrêter la multiplication. La micro-immunothérapie a ainsi deux fonctions : agir sur l'agent causal de la maladie par l'intermédiaire des SNA et rééquilibrer la fonction immunitaire par l'action des cytokines. " Cela dit, ajoute encore Maurice Jenaer, celui qui viendrait à cette technique pour des raisons de facilité risquerait d'être déçu. Car les phénomènes immunitaires sont complexes. Ils correspondent à une cascade d'événements avec lesquels le traitement doit être en corrélation aussi étroite que possible pour être efficace. Si nous avons mis au point un certain nombre de formules capables de couvrir différentes pathologies, il n'existe pas à proprement parler de recettes. Il s'agit d'une médecine au cas par cas, qui exige beaucoup de rigueur professionnelle. " La pratique d'examens biologiques (typage lymphocytaire, typage HLA, profil protéique, recherche d'anticorps…) a pour but d'établir qu'il s'agit bien d'un problème d'ordre immunitaire et d'en déterminer la nature. Elle permet d'élaborer une stratégie thérapeutique adaptée au patient et stimulant dans le temps, grâce à la variété des dilutions, les réactions du système immunitaire.

Des malades obligés de s'approvisionner à l'étranger

On l'aura compris, le domaine d'action de la micro-immunothérapie est vaste : affections virales récurrentes ou chroniques, allergies, maladies auto-immunes. Domaine où, c'est le moins que l'on puisse dire, la médecine classique enregistre de bien piètres résultats. Les autorités médicales auraient donc dû se féliciter de l'émergence d'une nouvelle approche thérapeutique efficace et bien tolérée. C'était espérer de leur part une ouverture d'esprit inhabituelle ! Le 20 décembre dernier, l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) suspendait la délivrance par les pharmaciens français des préparations magistrales homéopathiques de micro-immunothérapie. " Incroyable, commente Yann, qu'une Agence, quelle qu'elle soit, interdise l'accès à un traitement sans se soucier des malades qui, eux, expriment leur satisfaction. Pour ma part, je suis allé m'approvisionner en Italie. Là-bas, n'importe quelle officine obtient les produits sous quarante-huit heures. J'ai pris des réserves pour six mois de traitement. Ce qui suppose de disposer de revenus conséquents. C'est contraire, s'insurge-t-il, à tout principe d'équité." Cécile, plus chanceuse, a juste fait sa provision avant la suspension. Bénédicte s'approvisionne désormais en Belgique, car les produits de micro-immunothérapie y sont considérés comme des médicaments homéopathiques et référencés comme tels. Constitué en 1996, le Gemsi (Groupement d'entraide des malades sous immunothérapie) (Gemsi (Groupement d'entraide des malades sous immunothérapie), BP 51, 11150 Bram. Tél./fax : 04 68 76 59 33. gemsi@ifrance.com ) considère que la décision de l'Agence est contraire au principe de continuité des soins et de liberté de choix thérapeutique. " Le laboratoire espagnol qui fournissait les pharmacies françaises répondait aux conditions de contrôle et d'hygiène les plus strictes. Alors, s'interroge B., secrétaire du Gemsi, pourquoi cette décision de l'Afssaps qui oblige les malades à aller chercher leur traitement hors de nos frontières ? En tant qu'association de patients, nous comprenons son souci de contrôler la qualité des médicaments distribués ; dans le cas présent, celle-ci n'était pas en cause. Son rôle est également de conseiller et de favoriser le développement de thérapies sérieuses et pleines d'avenir, telle la micro-immunothérapie. Nous espérons que l'indépendance d'esprit qui devrait animer un tel organisme saura prévaloir. Nous ferons tout pour faire avancer ce dossier dans un sens constructif pour le bien des patients. " Délivrés selon différentes modalités en Espagne, en Belgique, en Italie et en Suisse, les produits d'IDI ne sont plus disponibles en France. " C'est dommage, regrette Maurice Jenaer. Alors que c'est dans l'Hexagone que la méthode a dès ses débuts trouvé un bon écho auprès des médecins. Ce qui explique pourquoi le premier institut d'immunothérapie à doses infinitésimales a été créé à Paris. " Cette attitude des autorités complique singulièrement la tâche des médecins désireux d'utiliser l'IDI et qui doivent expliquer à leurs patients : qu'il s'agit assurément d'une méthode d'avenir, qu'elle n'est pas prise en charge par la Sécurité sociale (mis à part certains examens biologiques) et que les médicaments sont disponibles… à l'étranger ! On voudrait étouffer dans l'œuf une thérapeutique qui donne de bons résultats, y compris comme complément de la chimiothérapie en cancérologie, ou dans les maladies infectieuses récidivantes, qu'on ne s'y prendrait pas autrement.

Cécile Baudet

 

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