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MAI 2001

 

Le scandale de l'hormone de croissance

DOSSIER VACHE FOLLE
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Re-suivons le boeuf !
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Que peut-on manger ?
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Le prion
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Surveillance tout azimut
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Vache folle et vaccin
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Les maladies de Creutzfeldt-Jakob
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Le scandale de l'hormone de croissance
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Témoignage d'une mère
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Micro-immunothérapie
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À partir de 1973 et jusqu'en 1988, année où l'hormone d'origine humaine sera définitivement remplacée par une hormone synthétique, l'association France Hypophyse, présidée par le Pr Royer puis par le Pr Job, a visité les morgues de France, de Bulgarie et de Hongrie pour se procurer des glandes hypophysaires. Elles étaient revendues à l'Institut Pasteur dont un laboratoire en extrayait des hormones de croissance, redistribuées ensuite par la Pharmacie centrale des hôpitaux. En France, 1698 enfants furent traités par cette hormone, 80 sont décédés d'une maladie de Creutzfeldt-Jakob. Chaque année, une dizaine de nouveaux cas se déclarent touchant de jeunes adultes. Tous ont été traités quand ils avaient entre 8 et 15 ans, dans la période entre 1983 et 1985, années de risques maximaux. Pour garantir la qualité de ses approvisionnements, France Hypophyse s'était dotée de règles : déclaration obligatoire, mise à l'écart d'organes provenant de sujets malades ou âgés, stricte observance des conditions de conservation et de congélation… Règles contournées au fur et à mesure que la collecte s'organisait, pour répondre à la demande croissante d'hormones. Quelques chiffres.

En 1977, de 1 000 à 2 000 glandes hypophyses furent récupérées sur des cadavres. En 1979 : 5 000. En 1983 : 9 000. Entre 1983 et 1985, il y en eut 12 000 par an retirées des morgues de France. À partir de 1983, France Hypophyse élargit son champ de collecte jusqu'en Bulgarie et Hongrie où les collecteurs recueillent 6 000 glandes par an. Chaque hypophyse recueillie est payée 30 F à son collecteur. Le souci de " fournir " des hypophyses prévaut sur les précautions de la collecte. Qu'importent l'âge et l'état des sujets morts, sur lesquels étaient prélevées les hypophyses, et les règles édictées par l'Association ! Par exemple, on compte à l'hôpital Charles-Foix d'Ivry, où résident des personnes âgées et des malades mentaux, le même nombre d'hypophyses prélevées que de résidents morts dans l'année ! Répondant à une demande d'avis émise par le Pr Dray, le Pr Luc Montagnier considère, en 1981, que " la technique de purification ne comprend aucune étape qui puisse inactiver un virus même moyennement résistant…

Une attention particulière doit être portée au danger de transmission de la MCJ ". Avril 1985, les États-Unis, inquiets de l'apparition de la maladie de Creutzfeldt-Jakob chez trois enfants traités par hormone de croissance d'origine humaine, se décident à n'utiliser que des hormones de synthèse. Un bon nombre de pays suivent l'exemple américain, ainsi que les firmes pharmaceutiques privées (par exemple KabiVitrum) qui fabriquent l'hormone et organisent le rappel des lots contenant des extraits d'hypophyse en circulation dans le monde. Par contre, la France continue jusqu'en 1988 à utiliser des hormones humaines, en accentuant un peu la purification de ses extraits. Le sort de Bénédicte et d'autres enfants est définitivement scellé. La France sera finalement le pays le plus touché (une dizaine de cas aux États-Unis, une trentaine en Grande-Bretagne et 80 dans l'Hexagone). Pour les victimes et leurs familles, il ne s'agit pas d'un aléa thérapeutique. " La course au "matériel", le commerce qui l'entourait (Le préleveur était payé 30 F par hypophyse, France Hypophyse les revendait 75 F à l'Institut Pasteur qui fabriquait l'hormone et mettait l'extrait à la disposition de la Pharmacie centrale des hôpitaux pour 450 F ; à son tour, celle-ci en faisait commerce : 750 F. La marge faite par l'Institut Pasteur est estimée à 120 millions de francs entre 1973 et 1985. ), le non-respect des règles de collecte (pas d'autopsie préalable au prélèvement, pas de déclaration au chef de service…), les conditions désastreuses de fabrication à l'Institut Pasteur dans un vieux laboratoire détruit depuis avec toutes ses archives (!), l'amateurisme du contrôle et de suivi de la distribution par la Pharmacie centrale des hôpitaux, tout cela a favorisé la survenue des drames ", déclare Jean-Bernard Mathieu, président de la MCJ-Apev. " La suffisance et l'arrogance des responsables de France Hypophyse est insupportable, ajoute-t-il. Ils se croyaient seuls détenteurs du savoir, investis d'une mission sacrée, refusant avec dédain tout contrôle : de parfaits mandarins. Le résultat, ce sont toutes ces vies anéanties, ce sont aussi ces 1 000 jeunes traités pendant la période à risque qui vivent dans l'angoisse d'être bientôt des victimes, et leurs familles qui s'alarment dès la moindre fièvre ou quinte de toux. " Depuis 1991, une instruction est en cours pour déterminer les responsabilités. Cinq personnes sont mises en examen : le Pr Job, président de France-Hypophyse, Mme Mugnier, chargée de la collecte, le Pr Dray, chef de l'unité radio-immunologique analytique de l'Institut Pasteur qui s'occupait des préparations, MM. Cerceau et Mollet, directeurs de la Pharmacie centrale des hôpitaux, et M. Dangoumeau, directeur de la pharmacie et du médicament à la Direction générale de la santé. En février 2001, quatre nouvelles mises en examen ont été prononcées à l'encontre des médecins chargés de la collecte des hypophyses en province, en plus des cinq mises en examen " historiques " déjà mentionnées. Les familles des victimes désespèrent de la lenteur de la justice.

Cécile Baudet

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