Alternative
Santé - L'Impatient,
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aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
La
maladie de la vache folle contamine l'homme. Cette certitude pose
d'énormes problèmes en termes de santé publique.
Mi-mars 2000, au centre de l'Angleterre, dans le village de Queniborough,
à 150 kilomètres de Londres. Ici, depuis 1998, cinq habitants,
âgés de 19 à 24 ans, sont décédés du nouveau variant de la maladie
de Creutzfeldt-Jakob. Deux médecins, spécialistes des maladies
transmissibles, viennent livrer les conclusions de leur enquête.
Après étude des victimes, un seul point commun semble les concerner
: elles ont vécu entre 1980 et 1991 dans un rayon de cinq kilomètres
autour de Queniborough et ont consommé quinze fois plus souvent
que les autres villageois de la viande achetée chez deux bouchers
traditionnels du village. La particularité de ces deux bouchers
était de procéder eux-mêmes à l'abattage et au découpage des bêtes,
sans passer par l'abattoir (ce qui est interdit en France). C'est
leur technique, censée être moins traumatisante pour l'animal
et donner un meilleur goût à la viande, qui a provoqué la transmission
du prion depuis les tissus nerveux sectionnés jusqu'à leurs mains,
leurs outils, leurs chiffons devenus autant de vecteurs de contamination.
Mais si cette hypothèse, jugée " plausible " par le Pr Roy Anderson,
épidémiologiste à l'Imperial College de Londres, se confirme,
on peut se dire que tout ce qui a pu être en contact avec des
produits bovins contaminés est susceptible de transmettre la maladie
! Par exemple, des vaccins mis en culture sur des sérums de veaux
porteurs de la maladie. De plus, si on tient compte de l'exceptionnelle
résistance de la protéine prion-pathogène, quid de tous les effluents
- en particulier l'eau - qui sortent des abattoirs et des labos
de recherche ? Muriel Eliaszewicz, de l'unité d'évaluation des
risques biologiques à l'Agence française de sécurité sanitaire
des aliments (Afssa), ne cache pas que " une réflexion commence
sur le sujet. La question n'est pas de détecter le prion dans
l'eau mais d'imaginer comment le bloquer dans les stations d'épuration,
en équipant celles-ci de techniques et procédés nouveaux : autoclavage
et ultrafiltration, qui pourraient le retenir ".
Entre
dix et seize ans d'incubation !
Et le sang ? Une étude parue dans The Lancet en septembre dernier
est inquiétante. Si on transfuse à un mouton le sang d'un de ses
congénères nourri avec du cerveau de vache atteinte d'ESB, l'animal
transfusé peut développer une encéphalite spongiforme. L'inquiétude
est renforcée par la découverte que la contamination entre primates
(et l'homme en fait partie) est possible. C'est la conclusion
à laquelle est arrivée tout récemment une équipe de chercheurs
français (Corinne Lasmézas, Jean-Philippe Deslys et Dominique
Dormont, du service de neurovirologie du Commissariat à l'énergie
atomique). Ajoutées
à toutes ces informations, la longue incubation de la maladie
et l'absence de signe d'alerte accentuent le malaise. Entre dix
et seize ans : c'est le temps de latence durant lequel on ne dispose
d'aucun test diagnostique (sauf peut-être la biopsie des amygdales
pratiquée en Grande-Bretagne dès qu'il y a présomption de nouveau
variant de MCJ, mais nous ne sommes plus alors en incubation !).
On comprend mieux pourquoi la Direction générale de la santé se
préoccupe de la question. La plus banale des opérations, comme
une appendicite chez un porteur sain, devient risquée pour les
professionnels et les patients suivants. Une nouvelle circulaire
devrait bientôt paraître, qui considérerait tous les citoyens
comme des porteurs éventuels de MCJ et préconiserait un certain
nombre de mesures : usage unique quand c'est possible, mise en
place de techniques d'inactivation plus spécifiques du prion pour
les appareils (endoscopes, par exemple) déjà difficiles à désinfecter,
destruction par incinération des matériels utilisés chez des personnes
atteintes ou suspectes de MCJ… Un plan de bataille fort compliqué,
incapable cependant de garantir le risque zéro. Les dons du sang
sont étroitement surveillés. Dorénavant, les personnes ayant séjourné
plus d'un an en Grande-Bretagne durant les années de forte épizootie
(de 1980 à 1996) sont, en France, exclues du don du sang. Les
produits sanguins et les médicaments qui en sont dérivés sont
également sur la sellette. Le Conseil de l'Europe a adopté, le
7 mars 2001, une recommandation visant à " protéger l'approvisionnement
en sang de la forme nouvelle de la maladie de Creutzfeldt-Jakob
" en mettant en place " un système centralisé de surveillance
de la MCJ ainsi qu'un système de traçabilité des dons du sang,
afin de procéder s'il y a lieu à un retrait des produits ". Tous
les médicaments d'origine bovine (fabriqués à partir de la bile
ou du sang de bœuf, par exemple) ont été, eux, supprimés de la
pharmacopée française. Quant à la gélatine des gélules, sur laquelle
s'interrogent de nombreux lecteurs d'ALTERNATIVE SANTE - L'Impatient,
elle est soumise depuis novembre dernier à une nouvelle réglementation.
En décembre, une nouvelle directive écarte de la fabrication des
médicaments les extraits ovins et caprins. Face au prion, une
vigilance tout azimut s'impose.