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MAI 2001

 

Une surveillance tous azimuts

DOSSIER VACHE FOLLE
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Re-suivons le boeuf !
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Que peut-on manger ?
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Le prion
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Surveillance tout azimut
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Vache folle et vaccin
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Les maladies de Creutzfeldt-Jakob
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Le scandale de l'hormone de croissance
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Témoignage d'une mère
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Fiches Pratiques
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Micro-immunothérapie
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La maladie de la vache folle contamine l'homme. Cette certitude pose d'énormes problèmes en termes de santé publique.

 

 

 

Mi-mars 2000, au centre de l'Angleterre, dans le village de Queniborough, à 150 kilomètres de Londres. Ici, depuis 1998, cinq habitants, âgés de 19 à 24 ans, sont décédés du nouveau variant de la maladie de Creutzfeldt-Jakob. Deux médecins, spécialistes des maladies transmissibles, viennent livrer les conclusions de leur enquête. Après étude des victimes, un seul point commun semble les concerner : elles ont vécu entre 1980 et 1991 dans un rayon de cinq kilomètres autour de Queniborough et ont consommé quinze fois plus souvent que les autres villageois de la viande achetée chez deux bouchers traditionnels du village. La particularité de ces deux bouchers était de procéder eux-mêmes à l'abattage et au découpage des bêtes, sans passer par l'abattoir (ce qui est interdit en France). C'est leur technique, censée être moins traumatisante pour l'animal et donner un meilleur goût à la viande, qui a provoqué la transmission du prion depuis les tissus nerveux sectionnés jusqu'à leurs mains, leurs outils, leurs chiffons devenus autant de vecteurs de contamination. Mais si cette hypothèse, jugée " plausible " par le Pr Roy Anderson, épidémiologiste à l'Imperial College de Londres, se confirme, on peut se dire que tout ce qui a pu être en contact avec des produits bovins contaminés est susceptible de transmettre la maladie ! Par exemple, des vaccins mis en culture sur des sérums de veaux porteurs de la maladie. De plus, si on tient compte de l'exceptionnelle résistance de la protéine prion-pathogène, quid de tous les effluents - en particulier l'eau - qui sortent des abattoirs et des labos de recherche ? Muriel Eliaszewicz, de l'unité d'évaluation des risques biologiques à l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), ne cache pas que " une réflexion commence sur le sujet. La question n'est pas de détecter le prion dans l'eau mais d'imaginer comment le bloquer dans les stations d'épuration, en équipant celles-ci de techniques et procédés nouveaux : autoclavage et ultrafiltration, qui pourraient le retenir ".

Entre dix et seize ans d'incubation !

Et le sang ? Une étude parue dans The Lancet en septembre dernier est inquiétante. Si on transfuse à un mouton le sang d'un de ses congénères nourri avec du cerveau de vache atteinte d'ESB, l'animal transfusé peut développer une encéphalite spongiforme. L'inquiétude est renforcée par la découverte que la contamination entre primates (et l'homme en fait partie) est possible. C'est la conclusion à laquelle est arrivée tout récemment une équipe de chercheurs français (Corinne Lasmézas, Jean-Philippe Deslys et Dominique Dormont, du service de neurovirologie du Commissariat à l'énergie atomique). Ajoutées à toutes ces informations, la longue incubation de la maladie et l'absence de signe d'alerte accentuent le malaise. Entre dix et seize ans : c'est le temps de latence durant lequel on ne dispose d'aucun test diagnostique (sauf peut-être la biopsie des amygdales pratiquée en Grande-Bretagne dès qu'il y a présomption de nouveau variant de MCJ, mais nous ne sommes plus alors en incubation !). On comprend mieux pourquoi la Direction générale de la santé se préoccupe de la question. La plus banale des opérations, comme une appendicite chez un porteur sain, devient risquée pour les professionnels et les patients suivants. Une nouvelle circulaire devrait bientôt paraître, qui considérerait tous les citoyens comme des porteurs éventuels de MCJ et préconiserait un certain nombre de mesures : usage unique quand c'est possible, mise en place de techniques d'inactivation plus spécifiques du prion pour les appareils (endoscopes, par exemple) déjà difficiles à désinfecter, destruction par incinération des matériels utilisés chez des personnes atteintes ou suspectes de MCJ… Un plan de bataille fort compliqué, incapable cependant de garantir le risque zéro. Les dons du sang sont étroitement surveillés. Dorénavant, les personnes ayant séjourné plus d'un an en Grande-Bretagne durant les années de forte épizootie (de 1980 à 1996) sont, en France, exclues du don du sang. Les produits sanguins et les médicaments qui en sont dérivés sont également sur la sellette. Le Conseil de l'Europe a adopté, le 7 mars 2001, une recommandation visant à " protéger l'approvisionnement en sang de la forme nouvelle de la maladie de Creutzfeldt-Jakob " en mettant en place " un système centralisé de surveillance de la MCJ ainsi qu'un système de traçabilité des dons du sang, afin de procéder s'il y a lieu à un retrait des produits ". Tous les médicaments d'origine bovine (fabriqués à partir de la bile ou du sang de bœuf, par exemple) ont été, eux, supprimés de la pharmacopée française. Quant à la gélatine des gélules, sur laquelle s'interrogent de nombreux lecteurs d'ALTERNATIVE SANTE - L'Impatient, elle est soumise depuis novembre dernier à une nouvelle réglementation. En décembre, une nouvelle directive écarte de la fabrication des médicaments les extraits ovins et caprins. Face au prion, une vigilance tout azimut s'impose.

Cécile Baudet

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