Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
Poignant,
le témoignage de Francine Delbrel, la maman de Bénédicte. Insupportable
la descente aux enfers de cette jeune fille, brillante, condamnée
à mourir d'une maladie de Creutzfeldt-Jakob pour avoir reçu quand
elle était enfant un traitement d'hormones de croissance contaminées.
"Nous
sommes très amers, confie Francine Delbrel. Les médias n'arrêtent
pas de parler de la vache folle et des deux morts (et du troisième
cas probable) du nouveau variant de Creutzfeldt-Jakob qui y seraient
liés. Comme Bénédicte, plus de 1 600 enfants ont reçu des hormones
de croissance, 80 en sont décédés. Chaque année, dix jeunes adultes
déclarent la maladie. Et nul ne parle du drame que nous avons
vécu, que certains vivent encore. " Depuis huit ans. Bénédicte
n'est plus. Elle aurait eu 29 ans cette année. Son sourire, sa
joie de vivre, son humour sont désormais des souvenirs. Au début
de 1983, Bénédicte est une fillette de 11 ans, rieuse et espiègle.
Seule ombre au tableau, elle n'est pas grande : les sobriquets,
" la puce ", " gadget ", plus affectueux que méchants, soulignent
les quatre à cinq centimètres qui la séparent de la taille moyenne
de la classe. Une " broutille " qui a le don de l'agacer et dont
elle fait part à sa maman. Celle-ci interpelle le médecin de famille
: " Au fait, docteur, vous n'auriez pas un fortifiant pour stimuler
sa croissance ? " La réponse viendra, après passage chez l'endocrinologue,
sous forme d'hormones de croissance, d'origine naturelle car extraites
d'hypophyses humaines, labellisées " Institut Pasteur ". " Pour
moi, se souvient Francine, ce label était gage de qualité. Donc
jamais je ne me suis interrogée sur la provenance des hypophyses
prélevées en fait sur des cadavres. " De 1983 à 1986, Bénédicte
se laisse piquer aux hormones.
À l'été 1986,
l'endocrinologue prescripteur constate la faible efficacité du
traitement. " Aucun miracle thérapeutique, soupire Francine. Peut-être
trois ou quatre centimètres de plus que programmé… Elle aurait
mesuré 1,55 mètres et elle vivrait. " Entre-temps, en 1985, les
États-Unis préviennent la communauté scientifique internationale
du risque de MCJ. Ni Francine, ni aucun autre parent n'est alerté.
De 1990 à 1992, douze cas officiels de maladie de Creutzfeldt-Jakob
sont recensés parmi les enfants français traités, puis quinze,
puis dix-neuf. Une fois de plus, c'est le " black-out ". " Nous
ne sommes pas avertis du risque, s'insurge Francine… Les neurologues
non plus, ou si discrètement… " Le silence autour de ce nouveau
scandale médical est tellement assourdissant que personne ne fait
la relation entre le traitement par les hormones de croissance
et la dépression qui survient chez Bénédicte en 1990, ses problèmes
de marche en 1992, puis ses troubles de mémoire, sa difficulté
à coordonner les mouvements, sa tendance à perdre l'équilibre,
à se cogner partout et à chuter lourdement. Peu à peu, Bénédicte
devient l'ombre d'elle-même, inquiète, tendue, angoissée. Les
neurologues et autres médecins consultés ne trouvent rien, ne
diagnostiquent rien. En panne d'explication, ils décrètent : "
C'est d'ordre psychologique ". Bénédicte pénètre alors dans un
univers impitoyable. Elle chute ? c'est un signe de régression.
Elle a du mal à se déplacer ? qu'importe, elle doit rendre personnellement
visite à son thérapeute et grimper une à une les marches qui la
conduisent jusqu'à lui. Son état ne s'améliore pas ? il faut l'isoler
de sa famille. " Pas question de lui téléphoner, de lui écrire,
enrage Francine. Il fallait lui redonner l'envie de marcher, de
se comporter normalement. " Le 29 décembre 1992, Bénédicte entre
à l'hôpital. Elle passe le 1er janvier seule, sans famille, ni
amis. Le 4 janvier 1993, alors qu'un reportage à la télévision
a récemment révélé le cas d'enfants décédés, empoisonnés par des
hormones de croissance, et que Bénédicte présente manifestement
tous les symptômes de la maladie de Creutzfeldt-Jakob, le psychiatre
s'entête : "Mais non, madame! Le cas de Bénédicte n'est pas très
courant, bien sûr, mais j'ai déjà vu cela, chez des gens remplis
de tabous sexuels... ! " Le 10 janvier, un coup de fil du chef
de service de pédiatrie où Bénédicte avait reçu la plupart de
ces hormones vient mettre un terme à la bouffonnerie des psys
: Bénédicte a été contaminée par des lots d'hormones de croissance
empoisonnés par le virus de Creutzfeldt-Jakob. Le 4 mai, l'agonie
de Bénédicte prenait fin. Elle avait 21 ans !