Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
JUIN
2001
Françoise Sironi, psychologue
À l'écoute de la différence
Françoise
Sironi exerce au centre Georges-Devereux d'aide psychologique
aux populations migrantes, implanté au cur de l'université
Paris VIII à Saint-Denis.
Le
voyage se prépare aussi dans sa tête. Françoise
Sironi, spécialiste du choc des cultures, nous dit ce qu'elle
emporte dans ses bagages pour découvrir l'autre - l'étranger.
ALTERNATIVE
SANTÉ - L'Impatient : Qu'est-ce qui pousse un Occidental
à courir les routes lointaines ?
Françoise
Sironi : Je distinguerai trois sortes de voyageurs. Il y a les
touristes types. Où qu'ils se trouvent, ils descendent
dans les meilleurs hôtels, prennent leur car climatisé,
etc. Ils ne cherchent qu'un pseudo-dépaysement : partir,
mais pour retrouver ce qu'ils aiment chez eux. Bien insérés
socialement, aimant voyager, ils aiment aussi revenir. Le contact
avec l'étranger reconfirme qu'ils se sentent bien chez
eux. D'autres, mal à l'aise socialement, cherchent dans
le voyage la solution à leurs problèmes. On parle
de " voyage pathologique " : une fois arrivé
à destination, ils " décompensent ", parce
que leur crise identitaire ne fait que s'intensifier (Lire
Fous de l'Inde : délires d'Occidentaux et sentiments océaniques,
par Régis Airault, aux éditions Payot 2000.).
Enfin, il y a ceux qui gardent, en 2001, une âme d'explorateur,
d'aventurier, même sur des terres qui n'ont plus rien de
nouveau.
Quelle
attitude adopter devant l'étranger, souvent synonyme d'étrangeté
?
Ne
pas se comporter en conquérant. Ne pas transposer nos modèles
culturels. Il y a un paradoxe à vouloir découvrir
l'autre et sa différence tout en l'ignorant ostensiblement
: en entrant dans un lieu de culte en tenue légère,
par exemple.
Comment
se présenter ?
Un
occidental qui voyage, quel qu'il soit, est pris comme le représentant
de sa communauté culturelle. De fait, il est riche en pays
pauvre, il est de culture chrétienne en pays musulman,
etc. Il n'est pas question de le nier et de chercher tout de suite
les points communs. Au contraire, je me demande d'abord en quoi
l'autre est singulier, comment son comportement, que je ne comprends
pas a priori, s'articule sur une façon particulière
de penser le monde. Au Maghreb, mieux vaut ne pas s'exclamer sur
la beauté d'un enfant : cela attire des jalousies, le mauvais
il - l'enfant pourrait en mourir ! Au Sahara, donner un
cadeau n'entraîne pas de remerciements et autres manifestations
de gratitude : l'échange n'y est pas codé comme
en Occident.
Peut-on
éviter bourdes et quiproquos ?
Je
crois qu'il faut d'abord observer attentivement : presque se comporter
en anthropologue. Et puis poser des questions à des "
êtres d'interface " entre les deux cultures : l'hôtelier,
le cafetier, le restaurateur deviennent des médiateurs.