Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
L'unanimité
- ou presque - réalisée contre l'émission
Loft Story est réjouissante. Et suspecte. Réjouissante,
car les bonnes raisons de la rejeter ne manquent pas. Elles ont
été souvent évoquées. Viol de l'intimité,
voyeurisme Jeunes gens jetés en pâture, comme
jadis les chrétiens aux lions mais, cette fois, dévorés
tout crus par les chacals de l'audimat. Remake de tristes souvenirs
: cette exhibition offerte aux spectateurs n'est pas sans rappeler
nos " belles " expositions universelles de la fin du
XIXe siècle où l'on livrait à la curiosité,
derrière des barreaux, des êtres étranges
venus d'ailleurs. Des Canaques, par exemple, et d'autres. Un siècle
plus tard ils se souviennent encore de cette humiliation
Il
y a aussi des raisons plus " sanitaires ". Ce ne sont
pas des acteurs, ils ne jouent pas un rôle, c'est pire,
ils " jouent " avec leur vie, ils jouent leur vie, leurs
sentiments, leur image, leur équilibre. Même s'ils
en ont fait le choix initialement, c'est quelque chose d'eux-mêmes
qu'on leur demande de mettre en jeu ! Est-ce anodin ? Telles des
mouches contre une vitre, leurs émotions heurtent l'il
des caméras. Il faut être vu à la télé
pour exister. Bien des politiques, bien des hommes de médias
vous l'affirmeront. Mais leur situation est ambiguë : ils
doivent jouer à être vrais dans un scénario
aux objectifs pervers. Qui va craquer ? Qui va être éliminé
? Qui va coucher avec qui ? etc.
On a créé des conditions d'expérimentation
non naturelles pour voir comment ils réagissent, on les
observe comme des lapins en cage ! Que deviendront-ils une fois
les caméras parties. Ils ont vécu dans le factice,
l'émotion et l'intense, ils étaient des vedettes
Existeront-ils encore à leurs propres yeux. On attend de
voir ! Il n'est pas certain que tous en sortent indemnes.
Cette
mise en condition ne relève-t-elle pas de la loi sur l'expérimentation
? Celle-ci ne concerne pas que les médicaments. Les a-t-on
dûment avertis des risques qu'ils encouraient ? Des séquelles
possibles ? Pourquoi le Comité national d'éthique
ne s'en émeut-il pas ? Ne sont-ils pas les cobayes de M6
?
D'ailleurs, on a rarement vu autant pleurer " en vrai ",
cette fois, à la télé. Parce qu'ils sont
à bout, qu'on les fait vivre à fleur de peau, et
qu'ils perçoivent qu'ils ne sont que des marionnettes sous
le regard de millions de téléspectateurs. Qu'une
psychologue donne son aval à ce débalage, voilà
qui ne plaide pas pour cette honnête et précieuse
profession. Et que personne parmi ses pairs ne relève l'incongruité
d'une telle complicité est dommage. Car enfin, est-ce "
exister " que vivre comme le font ces jeunes gens ? N'est-ce
pas être aliéné, au sens le plus radical du
terme, c'est-à-dire coupé de la vraie condition
humaine, de sa propre vie
On
peut aussi se demander si cette mise en condition ne relève
pas de la manipulation mentale et donc de la loi sur les sectes
que le Sénat vient d'adopter. Cette loi veut pourchasser
ceux qui manipulent ou sont complices de manipulations N'est-ce
pas le cas avec le loft ? Sa conception s'apparente à un
conditionnement de type sectaire : privation de liberté,
de journaux, d'information, de livres ; impossibilité ou
presque d'échapper à la surveillance des caméras
; lieu de vie quasiment concentrationnaire. On s'étonne
que ceux qui sont prompts à voir partout des sectes et
à en dénoncer les menées ne se mobilisent
pas.
Mais là où l'unanimité dénonciatrice
me paraît suspecte, c'est qu'il n'y a pas dans les 6 ou
7 millions de personnes qui regardent régulièrement
l'émission que des imbéciles, des pervers ou des
nuls ! Il n'y a pas d'un côté ceux qui " pensent
" bien et regardent ce qui est convenable, et de l'autre
les " pas bien " et les mal-regardants. Pourquoi dénoncer
cette émission plutôt que d'autres ? Elle n'est que
le miroir grossissant de tant d'autres où l'on se complaît
dans les déballages, l'exhibitionnisme, le pousse à
la confidence graveleuse, les rires grossiers, les moqueries,
la dérision, etc. Sans parler des films pornos qui ont
au moins l'avantage d'afficher clairement la couleur !
Et
puis ces jeunes gens sont les nôtres, les fruits de notre
éducation, de notre permissivité, de notre volonté
de rompre avec les vieilles contraintes judéo-chrétiennes
! Ce sont " les enfants de la télé ",
pour reprendre le titre d'une émission qui ne brille pas
par son intérêt. Nous avons vu leurs parents, ce
sont des gens bien, très dignes. Arrêtons de rejouer
Tartuffe, Loft story n'est que le produit de notre " culture
" télévisuelle fondée sur l'audimat
et qui, pour l'essentiel, consiste à réduire l'homme
à son plus petit dénominateur commun. Demain, soyez
sans crainte, on verra pire.
À côté de cette mascarade, il y a ceux qui
se battent pour continuer à vivre avec dignité,
qui luttent pour ne pas perdre pied. Tous ceux pour qui exister
est un combat quotidien. On les voit peu à la télé
! Nous essayons de nous porter résolument de leur côté.
Parmi eux, les victimes du vaccin contre l'hépatite B.
Deux d'entre elles, Armelle Jeanpert et Arlette Leroy viennent
de remporter une nouvelle victoire. Elles ont gagné en
appel contre les laboratoires SmithKline Beecham. Ceux-ci ont
porté l'affaire en Cour de cassation. Ils iront jusqu'au
bout. Ils nieront jusqu'au bout l'évidence du lien de causalité.
La loi du profit comme celle de l'audimat n'a que faire de la
dignité humaine.