Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
JUIN
2001
Vaccin anti-hépatite B
La justice reconnaît le "lien de causalité"
Entretien
avec Armelle Jeanpert, victime du vaccin hépatite B, membre
du conseil d'administration du Revahb, association des victimes
du vaccin hépatite B: Revahb,
8, rue Joséphine, 94170 Le Perreux-sur-Marne.
Tél. 01 48 71 80 20.
Site Internet : http://www.revahb.com
ALTERNATIVE SANTÉ - L'Impatient :
Comment réagissez-vous après la décision
que la cour d'appel de Versailles a prise en votre faveur ?
Armelle Jeanpert : J'attendais cette décision et j'y croyais
très fort depuis la plaidoirie du 21 mars dernier. Me Gisèle
Mor a très bien plaidé. Je constate que le tribunal
a pris une décision sur le fond. Les faits me concernant
n'ont pas changé depuis le premier jugement en ma faveur
en 1998. Mais le tribunal avait des éléments nouveaux.
La lettre du Pr Abenhaïm, directeur général
de la Santé, qui est donc la plus haute autorité
sanitaire en France, reconnaissant l'imputabilité directe
de la vaccination par rapport à ma sclérose en plaques,
a sûrement été un argument majeur. En outre,
le tribunal s'est appuyé sur de nombreux rapports d'expertise,
les miens mais aussi ceux d'autres victimes qui lui avaient été
communiqués. Visiblement, il a soigneusement épluché
tous ces dossiers. Les magistrats ont bien vu que mon cas n'était
pas isolé, puisqu'ils notent que plus d'une centaine de
vaccinés ont présenté peu après les
injections les symptômes de la sclérose en plaques.
C'est bien sûr grâce au travail de l'association Revahb,
même si elle n'est pas nommément citée, qu'il
a pu prendre en considération ces éléments.
Cela ouvre une porte à toutes les victimes qui hésitent
encore pour une action en justice. Enfin, je pense qu'avec votre
journal Alternative Santé - L'Impatient, vous avez contribué
pour une part importante à la médiatisation de cette
affaire, rendant publiques de nombreuses informations qui ont
permis d'éclairer les juges.
Propos recueillis par R. P
La
cour d'appel de Versailles vient de confirmer le lien de causalité
entre le vaccin hépatite B et la sclérose en plaques
dont sont atteintes Armelle Jeanpert et Arlette Leroy. Une victoire
attendue. Mais elle ne peut faire oublier le parcours d'obstacles
auxquels se heurtent les centaines d'autres victimes.
Dans
deux arrêts rendus le 2 mai 2001, la cour d'appel de Versailles
prend une position claire et nette en faveur des victimes du vaccin
contre l'hépatite B. Elle confirme le jugement du tribunal
de première instance de Nanterre qui, le 5 juin 1998, avait
déjà jugé le laboratoire SKB entièrement
responsable du préjudice subi par Armelle Jeanpert et Arlette
Leroy, toutes deux atteintes de sclérose en plaques après
vaccination hépatite B. " Attendu que l'ensemble des
éléments énoncés [ ] constitue
des présomptions suffisamment graves, précises et
concordantes permettant de conclure que, pour Mme Jeanpert, la
vaccination avec l'Engérix B a eu un rôle précipitant
ou déclenchant de la sclérose en plaques dont elle
est atteinte, que la preuve du lien de causalité entre
l'une et l'autre est rapportée [ ] ". La cour
de Versailles confirme ainsi la condamnation des laboratoires
SmithKline Beecham (SKB) à indemniser Armelle Jeanpert
et Arlette Leroy.
Pendant
trois ans, le laboratoire SKB a tout fait pour esquiver ses responsabilités
et faire traîner les choses. À sa demande, une expertise
a été décidée début 1999, expertise
dont les conclusions ont été rendues le 20 mars
2000. Entretemps, la mobilisation des victimes, au sein du Revahb,
avait permis que différentes études épidémiologiques
soient entreprises par l'Agence française de sécurité
sanitaire des produits de santé (Afssaps). Lors de l'audience
d'appel du 21 mars 2001, SKB a voulu leur opposer deux autres
études publiées le mois précédent
et qui concluaient à l'absence de responsabilité
du vaccin dans le déclenchement des scléroses en
plaques. Peine perdue : ces études, largement médiatisées
par la grande presse, n'ont en rien convaincu les magistrats.
Les commentaires du Pr Bégaud, vice-président de
la Commission nationale de pharmacovigilance, déclarant
à plusieurs reprises et notamment dans nos colonnes (interview
en avril 2001) que ces études ne prouvaient rien, ont sans
doute été bien entendues.
Un
jugement qui fera date
Dès
l'annonce du jugement, le laboratoire SKB a déclaré
se pourvoir en cassation, estimant que le lien de causalité
entre la vaccination et la sclérose en plaques n'est pas
démontré. L'affaire Jeanpert et Leroy n'est donc
pas finie. Mais la Cour de cassation ne se prononce que sur la
forme de la procédure et non pas sur le fond. Le jugement
du 2 mai 2001, qui reconnaît explicitement le lien de causalité
entre la vaccination et la SEP des deux plaignantes (voir citation
initiale), fera donc date. Pour établir ce lien, la cour
de Versailles a pris en compte un ensemble de faits irrécusables.
Dans le cas d'Armelle Jeanpert, elle s'est basée par exemple
sur la concordance de temps entre la vaccination et la survenue
de la SEP. Outre l'expertise décidée à la
demande de SKB, elle a retenu par ailleurs les conclusions de
deux autres expertises médicales concernant Mme Jeanpert.
Celle qui a conduit la Sécurité sociale à
la reconnaître victime d'un accident du travail, suite à
sa vaccination obligatoire contre l'hépatite B. Celle qui
a conduit la Direction générale de la santé
a lui accorder une indemnisation pour accident consécutif
à une vaccination obligatoire.
D'autre part, la cour de Versaillles s'est appuyée sur
les études de l'Afssaps montrant que si " les résultats
permettent d'exclure l'existence d'un risque élevé
d'atteintes démyélinisantes ou auto-immunes associées
à la vaccination contre l'hépatite B [ ], l'existence
d'un risque faible ne peut pas être exclue, notamment chez
les personnes présentant des facteurs de sensibilité
particulière ". Le jugement précise que "
dans le cas de Mme Jeanpert, ce risque (sous-entendu le risque
faible - Ndlr) s'est réalisé ". La cour rappelle
d'ailleurs au passage que les laboratoires SKB, même s'ils
feignent de l'ignorer aujourd'hui, ont eux-mêmes reconnu
dans une lettre à Mme Jeanpert que la SEP est un des effets
rares mais possibles du vaccin mentionnés dans le dictionnaire
Vidal. Enfin et surtout, on peut remarquer que la cour de Versailles
prend en considération comme un élément notable
le fait que " le cas de Mme Jeanpert ne soit pas isolé
[ ] attendu que plus d'une centaine de personnes ont présenté,
peu de temps après l'injection, les symptômes de
la sclérose en plaques ".
Formule
incantatoire
Dans
l'attente du procès en cassation et des résultats
des quelque deux cents autres procédures en cours, les
polémiques sur le lien de causalité vont continuer
à aller leur train. La prétendue absence de preuve
de lien de causalité n'est qu'une formule incantatoire
trop facilement reprise par de nombreux journalistes et médecins.
La justice n'a pas à exiger " un degré de certitude
supérieur à celui dont s'est contentée l'autorité
sanitaire pour leur vanter les bénéfices de la vaccination
", expliquait Marc Girard, expert près la cour d'appel
de Versailles, le 19 avril dernier, dans Le Dalloz, revue hebdomadaire
de jurisprudence. La publication de cette remarquable analyse,
dix jours avant leur décision, a pu conforter les juges
dans leur choix. Marc Girard y rappelle qu'il n'y a pas de données
fiables concernant l'épidémiologie de l'hépatite
B, ni celle de la sclérose en plaques, et qu'il n'y avait
donc pas de bases solides pour évaluer le bénéfice
d'une campagne de vaccination de masse contre l'hépatite
B.
Les journalistes qui ne cessent de réclamer plus de "
preuves scientifiques " seraient mieux avisés d'aller
enquêter auprès des victimes. Celles-ci se heurtent
à d'énormes difficultés pour faire reconnaître
leurs droits. Ainsi Christiane Gavloski, une aide soignante atteinte
de spondylarthrite ankylosante. La Direction générale
de la santé a reconnu l'imputabilité directe de
ses troubles à la vaccination ; la Caisse d'assurance maladie
a par ailleurs établi que la vaccination était responsable
d'un accident du travail, et a fixé un taux d'invalidité
partielle avec la rente correspondante. Or la Caisse des dépôts
et consignations, l'organisme chargé de verser cette rente,
refuse de le faire, estimant que le lien de causalité n'a
pas été établi de manière scientifique.
" Comment une commission administrative qui ne comprend aucun
médecin et fonctionne dans l'opacité peut-elle bafouer
les décisions prises après différentes expertises
médicales ", s'indigne Christiane Gavlovski, qui dénonce
encore : " Ce déni du droit et cet abus de pouvoir
ne sont malheureusement pas isolés, je connais six personnes
qui sont dans la même situation. " Les procédures
sont très coûteuses et, sans assurances, beaucoup
ne peuvent aller jusqu'au bout. Comment peut-on en démocratie
laisser ainsi pour compte près de deux mille personnes,
victimes du vaccin contre l'hépatite B ?
Régis
Pluchet
Nouveau
coup fourré à l'Assemblée nationale
Pas
de commission d'enquête parlementaire sur
les conséquences du vaccin hépatite B
Le 14 février, André Aschieri, député
des Alpes-Maritimes, avait déposé, au nom du groupe
des députés verts une demande de commission parlementaire
d'enquête concernant les circonstances de la vaccination
de masse contre l'hépatite B et l'indemnisation des victimes.
Des auditions préliminaires ont eu lieu en avril, la Commission
des affaires culturelles et sociales ayant notamment reçu
plusieurs représentants des victimes, dont Armelle Jeanpert.
Mais le 9 mai cette commission rejetait la demande d'André
Aschieri. Une décision qui n'était hélas
que trop prévisible, quand on sait que le rapporteur de
la commission n'était autre que le Dr Nauche, député
PS. Nous avons rappelé le mois dernier à quelle
manuvre celui-ci s'était prêté à
l'Assemblée nationale pour renforcer les sanctions contre
les réfractaires aux vaccinations (lire " Coup fourré
à l'Assemblée nationale ", Alternative Santé
- L'Impatient, mai 2001). Le voici qui s'oppose délibérément
aux victimes du vaccin hépatite B. Un autre mauvais coup
pour la démocratie. R. P.