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À la fin des années 30, les chimistes britanniques montrent qu'à l'origine de la rouille et des craquelures du caoutchouc se trouvent des fragments d'atomes ou de molécules instables invisibles à l'il nu, qu'ils appellent radicaux libres et qu'ils supposent être des sous-produits de l'oxygène de l'air. En 1953, une scientifique, Rebeca Gerschman, publie un article sur les méfaits de l'oxygène. À sa suite, en 1955, Denham Harman, ex-chimiste à la Shell, devenu médecin-chercheur à l'université de Berkeley (États-Unis), imagine que les molécules réactives instables qui s'attaquent à la matière inerte délabrent de la même manière la matière vivante et la vieillissent.
En 1956, il publie sa théorie du vieillissement dans The Journal of Gerontology. Harman a vu juste : d'autres chercheurs commencent à rapporter la présence de radicaux libres dans les organismes vivants, et des études mettent en évidence le lien entre une production accrue de radicaux libres et une diminution de la durée de vie. Dès 1957, Denham Harman commence des expériences sur des souris. En incluant dans leur alimentation un produit connu pour ses effets protecteurs contre les radiations (une forme d'antioxydant), il obtient un résultat spectaculaire : les souris vivent 20 % plus longtemps.
La suite montre que les espoirs suscités chez l'animal valent également pour l'homme.
n 1992, Gladys Block, de Berkeley, analyse les résultats de 246 études épidémiologiques où le risque de cancer est rapporté à la consommation de fruits et de légumes, riches en antioxydants ; elle conclut que les gros consommateurs de fruits et de légumes ont un risque de cancer divisé par deux par rapport à ceux qui mangent peu de végétaux (sauf pour ce qui concerne les cancers du sein et de la prostate). En 1993 paraît à Bâle (Allemagne) une étude portant sur 3 000 hommes suivis pendant douze ans et chez lesquels on a mesuré les concentrations sanguines en plusieurs antioxydants. Conclusion : les personnes présentant les taux les plus bas de bêta-carotène et de vitamine C ont un risque cardiovasculaire multiplié par deux. Autre résultat, toujours en 1993, une étude épidémiologique (université de Harvard, Boston, Massachusetts) portant sur 87 245 femmes et 39 910 hommes révèle que l'usage de suppléments de vitamine E pendant plus de deux ans conduit à un risque coronarien réduit de 41 % chez les premières et de 37 % chez les seconds.
C'est encore aux États-Unis que Linus Pauling (prix Nobel de médecine en 1954) commence, dans les années 70 à s'intéresser à la vitamine C et à publier outre-Atlantique sur ses multiples bienfaits tant en médecine psychiatrique qu'en infectiologie.
Lutter contre le vieillissement et prévenir les maladies
grâce à quelques vitamines et minéraux, trop
bon pour être vrai Les débuts d'une vraie découverte.
En
1998, lors de la Coupe du monde de football, toute la France vibre
sur l'air de : " On est les champions !". Claironnant
l'irrésistible montée des joueurs vers la finale
et sa conclusion : la victoire française
sur le Brésil. Depuis, rien ne semble pouvoir arrêter
la déferlante bleue. Les joueurs sont devenus stars : Zizou,
Barthez, Blanc, Deschamps, Lizarazu, Karembeu Cette réussite
exceptionnelle est le fruit d'une alchimie complexe : travail
acharné, dynamique de groupe, confiance, et suivi
médical décidé à ne rien laisser au
hasard, surtout pas les antioxydants.
Dopés les joueurs ? " Non, rassure leur médecin,
le Dr Jean-Marcel Ferret, mais "complémentés"
en antioxydants pour qu'ils puissent biologiquement fournir les
efforts nécessaires et récupérer rapidement
de leur fatigue. " Une recette apparemment efficace : Jean-Marcel
Ferret suit également l'Olympique lyonnais qui vient de
gagner la Coupe de la Ligue de football !
Si les médecins du sport de haut niveau - l'équipe
de France de natation est elle aussi depuis cinq ans au régime
antioxydants - sont de plus en plus nombreux à s'intéresser
à ces compléments alimentaires, c'est que les sportifs
en ont particulièrement besoin.
Contre les radicaux libres
Comme chacun sait, on ne peut pas vivre sans oxygéne,
cet élément qui participe au cur des cellules
aux réactions chimiques (il s'agit d'oxydations) productrices
d'énergie. Presque tout l'oxygène (98 %) est correctement
transformé. Restent 2 % qui échappent à la
règle, pour devenir " hyper-réactifs "
et donner lieu à des " espèces oxygénées
activées " ou encore des " formes réactives
de l'oxygène " (FRO), plus connues sous le nom de
" radicaux libres ", capables de perturber le bon fonctionnement
de l'organisme. La production de FRO serait l'une des causes majeures
du vieillissement cellulaire.
La nature a prévu la parade avec les antioxydants qui bloquent
ces espèces oxygénées actives avant qu'elles
ne fassent trop de dégâts. Mais il suffit de grains
de sable pour perturber ce délicat équilibre entre
les quantités de FRO et d'antioxydants. C'est le problème
des sportifs : plus ils consomment d'oxygène - ce qui est
le cas lors des entraînements intensifs -, plus ils produisent
logiquement de FRO.
Il existe également des circonstances, par exemple l'exposition
au soleil, qui favorisent la production de FRO. Si l'organisme
n'est pas capable à ce moment-là d'y opposer suffisamment
d'antioxydants, les radicaux libres poursuivent leur action néfaste
sur les composants de la cellule.
À l'image de ce qu'ils produisent dans la nature (la rouille,
le rancissement du beurre, et les craquelures du caoutchouc ou
des plastiques), les radicaux libres occasionnent au niveau cellulaire
une perte de la fluidité et de la perméabilité
membranaire, une modification de l'ADN (avec risque de mutation
et d'initiation de processus cancéreux), une diminution
de l'activité enzymatique et une perte d'élasticité
tissulaire. De nombreux états pathologiques sont liés
à ce déséquilibre : athérosclérose,
cancer, diabète, arthrose, vieillissement musculaire, pathologies
veineuses et troubles micro-circulatoires, infection (notamment
à VIH), problèmes oculaires (cataracte, glaucome,
dégénérescence maculaire), psoriasis, troubles
cutanés
La solution préconisée pour tenter de prévenir
ces maux : une complémentation en antioxydants, c'est-à-dire
en vitamine C, en vitamine E, en caroténoïdes (précurseurs
de vitamines A), en sélénium, zinc, composés
phénoliques (dont les fameux flavonoïdes), et en diverses
enzymes comme la glutathion-peroxydase ou la superoxidismutase.
Pas de complémentation
au hasard
Les premiers, les médecins du sport ont compris l'importance
de ce processus biochimique dans l'usure et la fatigue des sportifs.
" On a commencé à s'y intéresser quand
Aimé Jacquet a pris en charge l'équipe de France,
explique le Dr Jean-Marcel Ferret. Mais pas question de faire
n'importe comment. La complémentation des joueurs est fonction
des bilans que nous leur faisons faire deux à trois fois
par an (ou par saison pour l'équipe de Lyon) afin de déterminer
leur taux d'antioxydants dans le sang. Lors de la dernière
compétition, environ la moitié des joueurs présentaient
des déficits à corriger. " La moitié
seulement : ce qui montre bien les différences individuelles.
" Certains réagissent mieux que d'autres à
l'oxydation, poursuit Jean-Marcel Ferret, ou ont naturellement
une alimentation riche en antioxydants. La supplémentation
est alors inutile, sauf durant les périodes de préparation
physique intense durant lesquelles le recours aux antioxydants
doit être systématique, et préférentiellement
sous forme d'hydrolysat de protéines pour se rapprocher
le plus possible de la physiologie alimentaire. "
À chacun son "
statut oxydatif "
Compte tenu de l'histoire des antioxydants (lire encadré),
rien d'extraordinaire si les Américains en sont de grands
consommateurs. Actuellement un Américain sur deux prend
des compléments et des vitamines, dont pour une grande
part des antioxydants. Pour l'année 1997, cela correspond
à 30 milliards de francs d'achats. En France, rien de cet
engouement, du moins de la part de la communauté médicale.
Mis à part quelques médecins d'avant-garde qui s'intéressent
à la micronutrition, que d'autres appellent nutrithérapie
ou encore nutrition fonctionnelle, les antioxydants sont regardés
de très haut.
Sans tergiverser davantage, le Dr Didier Chos des laboratoires
PiLeJe préconise de recourir à ces micronutriments
quand le besoin existe : " Avant toute chose, estime-t-il,
il faut raisonner en fonction de l'individu, de son terrain, de
ses risques, de son environnement. Pour cela, l'interroger sur
sa manière de s'alimenter et ses habitudes, et faire un
bilan biologique afin de connaître son "statut oxydatif".
Complémenter la personne s'il s'avère que celle-ci
est perturbée et également fournir des conseils
alimentaires pour le long terme. Quand les déficiences
et
les carences sont bien marquées, il faut donner deux à
trois fois les apports quotidiens recommandés pendant un
ou deux mois pour retrouver une situation d'équilibre.
"
Impossible donc de séparer l'idée d'une quelconque
complémentation de l'alimentation proprement dite.
Régime crétois
Le fameux régime crétois riche en acide alphalinolénique
(acide gras essentiel que l'on trouve dans le pourpier, les escargots
et les noix), en fruits, légumes (en particulier les tomates
qui contiennent du lycopène), céréales, fromages
et poissons, avec peu de viandes rouges et blanches, de l'huile
d'olive et du vin rouge en quantité modérée,
est le modèle en la matière. Il apporte en quantité
suffisante tous les antioxydants souhaités. " Surtout,
ajoute le Dr Mariette
Gerber, épidémiologiste au Centre de recherche en
cancérologie de Montpellier, il contient également
des fibres qui jouent un rôle dans la prévention
du cancer et l'absorption du cholestérol. L'apport en un
nutriment donné, par exemple du bêta-carotène
comme cela a été fait dans le cadre d'une étude
finlandaise, n'a rien à voir avec l'apport complexe d'un
aliment qui, outre ses différents nutriments, est constitué
également de fibres, l'ensemble agissant en synergie. "
L'étude en question, dont les résultats ont été
publiés en 1994, concernait trente mille fumeurs, âgés
de cinquante à soixante-huit ans et divisés en deux
groupes, l'un supplémenté en bêta-carotène,
l'autre non. En raison de ses résultats inquiétants,
l'expérimentation fut arrêtée prématurément.
Contrairement à ce que l'on aurait pu croire, le groupe
de fumeurs qui avait pris du bêta-carotène présentait
davantage de cancers du poumon (+ 28 %) et une mortalité
supérieure (+ 17 %).
Cette expérience souligne la nécessité de
continuer les recherches pour préciser, comme le demande
le Dr Dominique Rueff, auteur de La Vitamine C, pour tous et pour
la vie, les indications, les intérêts et les limites
des compléments alimentaires. Et s'il apparaît qu'une
complémentation devient nécessaire, il vaut mieux
faire appel à des produits naturels, se rapprochant le
plus possible de ce qu'apporte l'alimentation.
Le stress oxydant
De plus en plus couramment employé, ce terme désigne le déséquilibre entre la production de radicaux libres (ou FRO) et la quantité d'anti-oxydants disponibles, au détriment des seconds. Plusieurs solutions s'offrent pour rétablir l'équilibre. o Soit limiter la fabrication de FRO. Pour cela, réduire la consommation de tabac, d'alcool, de sucres, l'exposition au soleil, l'exercice physique à outrance, les polluants (métaux lourds), les excès de fer, le stress de la vie courante, physique ou émotionnel. o Soit augmenter le taux d'antioxydants grâce à une alimentation naturellement riche en vitamines C, E, caroténoïdes, flavonoïdes, sélénium, zinc, c'est-à-dire donnant une grande importance aux fruits, légumes, céréales, sans oublier le vin et ses tanins - dose conseillée : 2 à 3 verres par jour pour un homme, 1 à 2 pour une femme, pas plus ! - ; grâce aussi à un exercice physique régulier - d'endurance - sans forcer pour déstresser ; ainsi qu'à des activités (artistiques ou autres) relaxantes. o Soit encore en jouant sur les deux plateaux de la balance. Le niveau de stress oxydant s'évalue, en mesurant en parallèle dans le sang la présence de radicaux libres et celle d'antioydants. Seuls quelques laboratoires se sont spécialisés dans ces analyses très fines et leur interprétation.
Soyez radical mais pas trop
Les radicaux libres ont une utilité et non des moindres : ils permettent aux cellules de se défendre contre les virus ou les bactéries. Ils sont si redoutables que certains des globules blancs en fabriquent et s'en font des armes contre les infections. Grâce à eux, ils liquident prestement des bactéries, des champignons, et neutralisent les virus. Mais le processus dérape parfois. C'est ce qui se passe lors d'inflammations chroniques, comme la polyarthrite rhumatoïde.
L'articulation est alors le siège d'une hyperactivité des globules blancs qui déversent sans contrôle leurs radicaux libres, entretenant ainsi l'inflammation. C. B.