Des parents " auteurs " de leurs enfants
L'enfant se construit avec ses propres perceptions. C'est ainsi qu'il apprend à se différencier. Ses premières sensations sont associées au père et à la mère. Mais certaines situations difficiles peuvent entraîner des confusions perturbant gravement ses apprentissages, son développement psychomoteur. Si une parole juste n'est pas dite sur ses origines, il peut être mal orienté dès le départ. Les parents, souligne Denise Rebondy, doivent s'attacher à se présenter comme les " auteurs " de leurs enfants, cette attitude étant le fondement de l'autorité parentale.
Confrontée aux retards des enfants adoptés ou placés en famille d'accueil et tiraillés entre deux familles, sensible à la complexité des problèmes des séparations et des familles recomposées, Denise Rebondy conseille aux parents et éducateurs d'accompagner les enfants dans la découverte de leur arbre généalogique. Elle recommande que cette activité leur soit proposée dès qu'ils posent des questions sur leur origine, c'est-à-dire entre cinq et neuf ans, ainsi que juste avant la puberté autour de onze-douze ans.
Son livre, joliment illustré et accompagné de délicieuses petites histoires d'arbres (le chêne et son ami le tilleul, l'abricotier qui donnait des prunes, le mystérieux petit pommier), donne de nombreux exemples d'arbres adaptés aux différentes situations. L'arbre est centré sur l'enfant qui va d'abord se situer : " moi ", puis placer ses parents : " maman ", " papa ", ses grands-parents, etc. Il peut aussi prolonger les branches (ou les racines) pour bien montrer qu'il est issu d'une longue filiation.
Une représentation en trois temps
Lorsque les parents sont séparés, l'enfant est invité à représenter l'arbre dont il est issu, puis en cas de recomposition d'un couple d'introduire le nouveau compagnon ou la nouvelle compagne au moyen d'un lien figurant la nouvelle alliance, par exemple un nouvel arbre qui pourra avoir une branche commune avec le premier arbre.
L'arbre greffé est un bon symbole de l'adoption. Il est important que l'enfant place aussi bien ses géniteurs (en dessous de la greffe) que ses parents adoptifs sur la branche greffée.
Rien ne pousse en un jour et plusieurs séances peuvent être nécessaires pour construire un arbre généalogique. C'est l'occasion pour l'enfant de poser des questions sur ses origines et sur sa famille. " Il va le faire à sa façon, dans le désordre, par des détours et avec des prolongements imprévisibles ", remarque Denise Rebondy.
Régis Pluchet