L'enfant héminégligent ne recopiera que la partie
droite d'un dessin. La femme héminégligente ne se
maquillera qu'à gauche et se cognera dans les meubles situés
à sa gauche. Ce déficit peut aussi altérer
la mémoire du langage. Ainsi, face à une carte de
France, certains patients ne citent que les villes situées
à l'est de la Loire. Lorsque l'on retourne cette carte,
dans le sens nord-sud, ils ne nomment cette fois que des communes
de l'ouest, omettant totalement les villes de l'est dont ils viennent
pourtant de dresser la liste... " Ce déficit est d'autant
plus handicapant que les patients n'ont pas conscience de leur
trouble, remarque le Dr Yves Rossetti, chercheur de l'unité
Espace et action, de l'Inserm, à Lyon. Le Pr Gilles Rode,
médecin en rééducation fonctionnelle à
l'hôpital Henry Gabrielle, à Lyon, spécialiste
de l'héminégligence, complète : " L'héminégligence
est, dans de nombreux cas, associée à une hémiplégie
gauche. Elle implique souvent des troubles de posture et constitue
un facteur de mauvais pronostic fonctionnel pour les sujets atteints
d'hémiplégie gauche. " Cette imbrication d'incapacités,
hémiplégie, héminégligence, parfois
aussi héminopsie (incapacité de voir une partie
de la réalité), se conjuguent pour renforcer le
handicap, tout à la fois moteur, sensoriel et intellectuel.
Le Pr Rode note : " La rééducation de l'héminégligence
est cruciale. "
Un mécanisme encore
mal connu
Depuis 1998, des médecins et chercheurs lyonnais ont trouvé
une méthode de rééducation au moyen de lunettes
spéciales. " Elles sont équipées de
verres prismatiques qui dévient le champ visuel de 10 degrés
à droite, explique le Dr Yves Rossetti. Quand on les met,
il faut trois minutes pour s'adapter au décalage. Dès
qu'on les quitte, on retrouve instantanément ses repères
visuels. " Chez les personnes héminégligentes,
ces lunettes peuvent avoir un effet spectaculaire : lorsqu'elles
ôtent les lunettes, beaucoup retrouvent leur gauche perdue
La méthode de rééducation consiste à
pratiquer un exercice simple avec les lunettes prismatiques sur
le nez : pendant cinq minutes, le patient doit s'exercer à
désigner un point devant lui. Au bout de quelques séances,
la plupart des personnes recouvrent, à des degrés
divers, leur capacité à percevoir, à être
attentives et à agir dans leur hémichamp gauche.
Pour l'instant, les médecins l'avouent, ils ne savent pas
vraiment comment, ni pourquoi, cette méthode fonctionne.
Ni précisément combien de temps durent ses effets,
ni pour qui et à quel rythme il faut prescrire l'exercice.
" Pour l'instant, la rééducation des patients
se fait au cas pas cas. Chacun réagit différemment
", note le Pr Rode.
Cette
récupération de la perception met vraisemblablement
en jeu des mécanismes de plasticité cérébrale,
cette capacité qu'a notre cerveau de s'adapter. Les prismes
lui imposent une distorsion visuelle, il réagit alors différemment,
même sans les lunettes. Mais quelles zones cérébrales
ont réellement été mobilisées ? Comment
l'espace est-il géré et l'action organisée
par notre cerveau ? Comment, précisément, survient
l'héminégligence ? Avec quelle efficacité
et selon quelles modalités sa rééducation
peut-elle intervenir ? Un essai thérapeutique de trois
ans avec vingt patients est sur le point de s'engager à
Lyon.