ALTERNATIVE SANTÉ
- L'Impatient : En quoi votre méthode peut-elle aider quelqu'un
qui souffre d'une maladie ?
Bert Hellinger : Quand je mets en place la Constellation familiale
d'une personne gravement malade, j'observe souvent que quelqu'un
dans
cette famille a été exclu ou oublié, par
exemple un enfant mort-né. Ou qu'il existe une sorte de
peur à propos du destin d'une personne particulière,
morte dans l'enfance par exemple, ou qui a eu une maladie très
grave que personne n'a voulu voir ou mentionner, ce qui fait que
cette personne a été exclue, d'une certaine façon.
Il y a un point très important à comprendre, c'est
que la famille en tant que groupe, en tant que système,
est liée par une conscience. Et au-delà de cette
conscience, un membre de la famille est choisi pour représenter
celui qui a été exclu, par un processus totalement
inconscient pour tous. On peut voir cela en mettant en place la
Constellation de cette famille. Et si l'exclu est réintégré
dans cette Constellation, il y a un grand soulagement pour tout
le monde. La personne malade peut réaliser que, en étant
malade, elle veut inconsciemment rendre honneur, d'une certaine
manière, à l'exclu, à l'oublié.
Ainsi, il pourra s'engager
vers une voie de guérison ?
On peut l'espérer, en effet. Mais il arrive parfois que
des gens refusent une solution possible parce qu'ils se sentent
coupables à la seule idée de la prendre en compte.
Quelque chose d'étrange se passe au niveau de leur âme
: ils voient leur maladie comme un lien très spécial
qui les relie à leur famille, ce que l'on a coutume d'appeler
une loyauté invisible.
Il y a trois grandes dynamiques familiales qui mènent
à la maladie. La première est " Je te suis
dans la maladie " . C'est d'ailleurs une pensée chrétienne
: " Si je souffre à la place de quelqu'un d'autre,
ça va l'aider " mais c'est une croyance magique !
Il faut bien comprendre que tout cela est dicté par l'amour,
mais un amour aveugle qui ne mène à rien
La
deuxième dynamique, c'est " Je le fais à ta
place ", " Je vais mourir à ta place ",
comme par exemple un fils qui sait que sa mère a des désirs
de mort. La troisième est " Je me charge de ta culpabilité
". Ces trois dynamiques ne sont pas propres uniquement aux
maladies. J'ai néanmoins observé des dynamiques
spécifiques dans certains cancers. Par exemple, très
souvent, des malades sont en guerre contre leur mère. Un
fait qui est peut-être lié à une séparation
affective dans le très jeune âge. Mettre cela en
lumière peut provoquer, chez ces personnes, un mouvement
réparateur.
Et lorsqu'il s'agit de
maladies héréditaires ou génétiques
?
Ces maladies ne sont pas connectées, dans ce sens, à
l'histoire familiale. Ce sont des maladies et c'est tout. La question
intéressante est plutôt de savoir comment aider ces
personnes à affronter leur maladie. Par exemple, de pouvoir
dire à leur mère, si c'est elle qui a transmis la
maladie : " Je prends la vie, je l'accepte de toi, même
à ce prix. " Ceux qui font cela gagnent beaucoup en
dignité et en force. Ils se sentent en paix.
La Constellation familiale
peut-elle remplacer un traitement médical ?
Non ! Il faut la voir comme un soutien qui aide à accepter
les traitements. J'ai un grand respect pour la science médicale.
Propos recueillis par Marthe
Marandola