Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
Philosophe et psychanalyste, Corinne Daubigny est auteure de Les Origines en héritage, éd. Syros.
"Depuis les années 70, tous les cliniciens sont d'accord pour dire qu'il n'y a pas à tenir l'adoption secrète. Mais nous sommes toujours confrontés aux problèmes posés par les secrets sur l'origine des enfants adoptés. " Corinne Daubigny se réjouit de la création prochaine d'un Conseil national pour l'accès aux origines, mais elle regrette que la loi que Ségolène Royal vient de faire voter sur ce sujet n'aille pas assez loin. Elle a trop vu de patients souffrant de mensonges ou d'un déni sur leurs origines, elle en a trop souffert elle-même pour ne pas désirer que l'on en finisse avec la culture du secret.
" À l'âge de six ans, celle que je croyais être ma mère me présente un jour une femme très malade, en me disant : "C'est la dame qui t'a portée dans son ventre, mais cela n'a pas d'importance". " Une découverte d'autant plus bouleversante qu'elle est doublée d'un déni sur la personnalité de sa mère naturelle et sur ses liens avec elle : " Cela n'a pas d'importance, cela ne doit rien te faire " ! Celle-ci meurt deux ans après, mais il lui est interdit d'évoquer son décès. Corinne apprendra beaucoup plus tard qu'elle a été placée à l'Assistance publique trois ans et demi, puis en tutelle dans une famille. À quinze ans, ses tuteurs la mettent devant un choix impossible : l'adoption, qu'elle accepte, sinon la maison de correction. " J'ai fait une longue analyse qui a accompagné l'ouverture de tous ces secrets, pour savoir qui était ma mère, ce qu'elle était devenue, pourquoi je n'avais pas le droit d'en parler, où j'avais été placée avant la tutelle. Cette recherche m'a conduit à un sentiment de responsabilité vis-à-vis de toutes les personnes qui vivent une grande souffrance, comme cette mère que j'avais très peu vue, mais dont j'avais pressenti le suicide. J'ai voulu d'abord m'armer de rationalité et de sagesse pour faire face à ces situations. "
À qui je ressemble ?
D'abord professeur de philosophie pendant dix ans, Corinne Daubigny a voulu ensuite comprendre ce qu'était le soin pour les troubles psychologiques graves. " Je suis allée travailler en institution psychiatrique. J'y ai rencontré des enfants marqués par le secret de l'adoption et le secret sur leurs origines, notamment des psychotiques présentant des troubles de la pensée très sévères. " Dans sa recherche sur ses propres origines et son parcours à l'Assistance publique, elle-même s'est heurtée au mur du silence et à l'effacement des traces de ce parcours. " Il est essentiel de pouvoir se représenter d'où l'on vient. On ne se construit qu'en se différenciant, ce qui suppose de savoir d'abord à qui l'on ressemble ", écrit-elle en 1994, dans Les Origines en héritage (éd. Syros). Corinne Daubigny appuie les associations qui agissent pour que l'on mette fin au secret. Mais elle précise que la révélation de l'origine des enfants adoptés ne peut se faire n'importe comment et que, sauf exception, elle n'a pas à être apportée pendant l'enfance. " La création d'un Conseil national pour l'accès aux origines est une bonne chose car, sans une médiation, la révélation des origines risque d'être une porte ouverte sur une grande souffrance "