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JUILLET - AOUT 2001

 

Interview

serge tisseron, psychiatre, psychanalyste

 

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" Les secrets de famille ne s'opposent pas à la vérité,
ils s'opposent à la communication "

 



ALTERNATIVE SANTÉ - L'Impatient : Vous êtes psychiatre et psychanalyste et vous rencontrez en thérapie des enfants " malmenés " par un secret de famille. Tous les secrets sont-ils nuisibles ?

Serge Tisseron : Il y a des bons et des mauvais secrets, mais les secrets de famille ne sont jamais bons. Sur le plan individuel, pouvoir garder un secret est une très bonne chose. Cela montre qu'on est capable de distinguer ce qui se passe dans notre tête de ce qui se trame dans celle des autres. Les secrets sont aussi importants pour l'organisation sociale. Ils permettent de distinguer la sphère publique de la sphère privée. Alors, à partir de quand les secrets cessent-ils d'être structurants pour être destructurants ? Eh bien, dès lors que nous cessons de nous percevoir comme gardien du secret pour nous percevoir comme victime d'un secret que nous serions contraint de garder.

Les mauvais secrets seraient donc ceux qui blessent d'abord le parent qui les cache ?

Il y a les secrets tenus cachés à certains mais partagés avec d'autres. Des hommes dissimulent la perte de leur emploi à leurs enfants tout en se confiant à leur femme, par exemple. Dans les années 1990, c'était fréquent. Il y a aussi des événements tellement traumatisants que les gens ne peuvent se les avouer à eux-mêmes. Ils les ont enfouis profondément, jusqu'à perdre la possibilité de les évoquer. Autour d'un secret pénible, le sujet est toujours partagé. D'un côté, il pense qu'en parler aux enfants les perturberait. De l'autre, comme toute personne qui a vécu quelque chose de douloureux, il voudrait s'en soulager. Cette oscillation entre l'interdiction qu'il s'impose et son désir de se confier fait que les secrets " suintent " toujours. Les manifestations qui font pressentir le secret à l'enfant sont inévitables. Telle femme doutant être la fille de son père tressaillera dès qu'il est question de groupe sanguin ou de filiation. Tel homme abusé sexuellement pendant son enfance deviendra distant avec son fils qui atteint l'âge où il fut violenté. Au contraire, les secrets qui nous rendent heureux ne peuvent pas avoir d'effets pathogènes car nous sommes en paix avec eux.

Quels sont les effets des secrets de famille sur la personnalité de l'enfant ?

Les plus fréquents sont la perte de confiance en soi et les troubles de l'apprentissage. D'abord, un enfant qui pressent qu'on lui cache quelque chose ne sait pas pour autant ce qu'on lui cache. Souvent il imagine le pire. Petit, il pense qu'il est responsable de la souffrance de son parent. " Comment se fait-il que je ne me sois pas rendu compte d'avoir fait quelque chose de mal ? Me cachent-ils des choses parce que je ne suis pas leur vrai enfant ? " Ses questions vont miner sa confiance en lui-même. Un enfant à qui on oppose une feinte du type : " Mais non, je n'ai pas dit ça, tu as entendu de travers ", peut même douter de ses yeux et de ses oreilles. Plus grand, il aura tendance à imaginer que son parent a commis un acte tellement honteux qu'on ne peut en parler. Car les enfants ne cachent à leur parents que ce dont ils ont honte.
Ensuite, conformément au proverbe " On ne parle pas de corde dans la maison d'un pendu ", l'enfant apprend très vite à repérer le domaine à propos duquel il ne doit pas poser de question. S'agit-il de la mort d'un grand-père fou ? L'enfant évitera de questionner à propos de la folie, de la déficience mentale, des hôpitaux psychiatriques… Et ce, tout en faisant comme s'il ne se rendait compte de rien. Cette attitude l'amène à tordre sa personnalité. Si ses parents refusent de lui répondre pour des choses importantes, il peut aussi en déduire qu'ils ne répondront à rien, jusqu'à éteindre toute sa curiosité. Parfois sa méfiance s'étend aux enseignants, considérés comme les relais des parents. Ces enfants décrochent en cours de scolarité parce qu'ils ont perdu confiance en eux-mêmes et dans les adultes.

Comment un secret de famille peut-il étendre ses effets sur plusieurs générations ?

J'ai souvent constaté en thérapie qu'à l'âge adulte ces personnes persistent à éviter le domaine du secret. Devenues parents, elles sont amenées à éteindre la curiosité de leurs propres enfants. Des secrets peuvent ainsi entraîner des rejets de certains sujets sur plusieurs générations. En outre, dans les familles à secrets, " pour faire comme les grands " les enfant deviennent souvent cachottiers. Adultes, ils continuent à fabriquer des petits secrets, des petits mensonges. Dans certaines familles circulent alors des secrets de Polichinelle. Des secrets qui n'en sont véritablement pour personne mais qui cachent les vrais de la génération d'avant.

Quand révéler un secret de famille à un enfant ?

Je répondrai par les mots de cette petite fille de cinq ans qui ignorait que son frère aîné était son demi-frère. Quand la situation devient trop compliquée à cacher et que sa mère la mit au courant, la fillette piqua une colère, sanglota… " Mais quand aurais-tu voulu que je te le dise ? ", questionna la mère désemparée. " Vous auriez dû me le dire quand j'étais toute petite, j'aurais rien compris, j'aurais pas pleuré, mais j'aurais tout su. " Tout est dit dans cette réponse. Un enfant ne comprend pas le monde tel qu'un adulte le perçoit. Il ne s'agit pas de lui faire violence en lui assénant " notre vérité ". Il est d'abord essentiel de le déculpabiliser, de lui expliquer qu'on peut être triste ou en colère pour des problèmes d'adulte dont il n'est pas responsable. Surtout ne pas nier cette tristesse ou cette colère. Quand l'événement qui préoccupe le parent est très douloureux, le mieux est d'en parler au bébé. La question n'est pas de savoir si le bébé comprend ou non, personnellement je n'en sais rien, mais c'est un moyen de se familiariser avec l'idée d'en parler à l'enfant. Comme c'est difficile, il faut s'entraîner. Puis, au fur et à mesure que l'enfant grandit, il sera amené à poser des questions et les parents seront plus à l'aise pour lui répondre parce qu'ils auront commencé très tôt.

Pour vous, l'essentiel est donc de maintenir la communication ?

Le secret ne s'oppose pas à la vérité, il s'oppose à la communication. D'ailleurs, la vérité, on ne la détient souvent que partiellement. Des parents viennent me voir parce que leur fils ne leur parle jamais, qu'il évite le domicile familial… Je réponds : " Qu'est-ce que vous avez commencé à lui cacher pour qu'il soit comme ça ? Pourquoi voulez-vous que cet enfant se confie à vous alors que vous lui avez fait des cachotteries ? " C'est très important de comprendre, je le répète que le secret ne s'oppose pas à la vérité mais à la communication. Je le rappelle aux tiers - ça peut être une tante, un oncle, une belle mère… - qui sont convaincus que leur neveu ou leur beau-fils est la victime d'un secret de famille et qui ne savent comment intervenir. Il faut tout faire pour que le parent en parle, insister sur l'intérêt de l'enfant, lui proposer d'être présent pendant la discussion. Ou en désespoir de cause, le menacer d'en parler un jour où ils seront réunis tous les trois. Généralement, ça ne fait pas un pli, le parent en parle dans les semaines qui suivent. En revanche, il est totalement exclu d'en parler en son absence. Comment voulez-vous rétablir la communication entre un enfant et un parent si l'enfant sait quelque chose que son parent ne sait même pas qu'il sait ?


Propos recueillis par Bénédicte Fiquet


Serge Tisseron est l'auteur de Secrets de famille, mode d'emploi
(éd. éditions Marabout). Dans Tintin chez le psychanalyste (éd. Aubier), il révèle le secret de famille d'Hergé caché dans les albums de Tintin à une époque où on ne savait encore rien de la biographie de l'auteur. Son dernier ouvrage se présente sous la forme d'une bande dessinée Bulles de divan (éd. Calman-Levy).
Serge Tisseron exerce dans un centre médicopsychologique. 63, rue de la Roquette, 75011 Paris.

 


 

 

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