Alternative
Santé - L'Impatient,
le mensuel de votre santé au quotidien. Se soigner autrement grâce
aux ressources des médecines alternatives et naturelles.
Favoriser
l'allaitement maternel
a permis aux professionnels de santé de la maternité
de Lons-le-Saunier d'alléger les gestes techniques
et d'améliorer la qualité relationnelle.
Le
22 novembre 2000, dans les locaux du conseil général
de la Seine-Saint-Denis, le Dr Schwetterlé, chef de service
à la maternité " La Ferté ", du
centre hospitalier de Lons-le-Saunier recevait le label "
Hôpital
Ami des bébés ". La maternité de Lons-le-Saunier,
devenait le premier établissement français à
satisfaire aux dix conditions de l'OMS/Unicef pour le soutien
à l'allaitement maternel. L'aboutissement pour l'équipe
de sept ans de travail et de remise en question. Lors de cette
cérémonie, le commentaire d'une intervenante portait
un message très significatif : " Favoriser l'allaitement
maternel nous a permis d'améliorer tous les paramètres
de la naissance, et de valoriser le travail des soignants. "
Place
à " l'humain "
La
maternité de Lons-le-Saunier n'est pas un lieu atypique,
style " baba " ou " écolo ".
C'est un établissement comme il en existe partout en France
dans les villes moyennes. Elle accueille une population urbaine
et les ruraux des environs. Classée de niveau 2 B (Les
maternités sont classées en trois niveaux. Les critères
sont le nombre d'accouchements par an et la technologie proposée),
elle procède à environ 1 500 accouchements par an,
possède un plateau technique, un service de néonatologie,
bénéficie d'un anesthésiste de garde 24 heures
sur 24. Comme beaucoup de maternités, elle doit s'adapter
aux restructurations hospitalières en cours. En 1994, la
fusion de trois maternités a donné naissance à
une maternité publique hospitalière. Aujourd'hui,
elle s'apprête à déménager sur le site
de l'hôpital avec lequel, elle fera locaux communs. Ses
soignants doivent apprendre à négocier, se concerter...
Et
pourtant, ce lieu est calme et serein. Au rez-de-chaussée,
le bloc où les femmes accouchent (quatre salles de travail).
À l'étage quinze lits. Marie-Jeanne Dole, surveillante
m'accueille et m'installe dans la salle de réunion proche
de son bureau. Toute la journée, elle prendra sur son temps
pour me piloter, cela donne déjà une idée
de la disponibilité du personnel.
La
journée sera calme, un accouchement l'après-midi.
" La culture du service, explique Marie-Jeanne, repose sur
la priorité de la relation mère-enfant. Le label
"Hôpital, ami des bébés" a été
la reconnaissance de la valeur de notre travail. Désormais,
d'autres maternités nous contactent pour profiter de notre
expérience. En France, l'allaitement a décliné
avec le développement de la médicalisation. Les
soignants de bonne volonté étaient persuadés
de la seule nécessité de la sécurité.
Actuellement, et selon les derniers décrets, l'équipe
doit fournir aux parents et aux bébés les moyens
matériels et techniques mais aussi humains. Trop
souvent le geste technique remplace la relation ; il faut renverser
la vapeur, même si le relationnel demande du temps
" Pour le Dr Schwetterlé, chef de service : "
La technique est aujourd'hui parfaitement maîtrisée
par les équipes hospitalières, elle n'a plus à
être la priorité. "
Arrive Brigitte, l'une des quatre sages-femmes qui assurent les
cours de préparation à l'accouchement. Seules 30
% des femmes demandent cette préparation. Les autres pensent
que la péridurale permet de s'en passer.
"
Nos préparations sont des "pots pourris", explique
Brigitte, certaines sages-femmes sont formées au yoga,
d'autres à la sophrologie, nous avons aussi la préparation
en piscine. Notre originalité est le cours d'allaitement
donné par les auxiliaires de puériculture. Celles-ci
bénéficient d'une formation et valorisent ainsi
leur pratique. "
Un
esprit nouveau
Une
rencontre avec Françoise, auxiliaire puéricultrice,
permet de le constater : " J'ai fait mes études au
cours des années biberon, explique-t-elle, et longtemps
j'ai fait tout le contraire de ce qui permet à une femme
d'allaiter dans les meilleures conditions, en imposant les tétées
toutes les trois heures, par exemple (lire encadré). Ici
il y a un véritable projet de service. Il suffit de se
laisser porter. Il y a des réticences, mais cela se discute,
rien n'est imposé. Pour
la pratique du "peau à peau mère-enfant",
cela m'a pris du temps. J'étais tellement persuadée
de l'efficacité de la couveuse ! J'ai fait des expériences,
un bébé dans la couveuse et un sur le corps de sa
mère. J'ai vite compris que le plus chaud était
le corps de la maman "
Ici,
on ne désobstrue plus les bébés. La mère
les garde deux heures après la naissance et la mise au
sein se fait dans la première demi-heure de vie. La dernière
aventure du service est le "peau à peau père-bébé",
lorsque la maman est trop fatiguée ou a subi une césarienne.
L'équipe est stupéfaite de la qualité de
réponse des pères à cette initiative.
Brigitte
et Véronique, sages-femmes, insistent sur le bon esprit
de l'équipe, sa forte motivation et la détermination
du chef de service, le Dr Schwetterlé. La démarche
est consensuelle. Après l'aventure de l'allaitement, les
formations dans d'autres domaines se sont mises en place. Bernadette
de Gasquet, professeure de yoga, médecin, auteure de Bien-être
et maternité (Implexe éditions, 1996),
est venue former l'équipe sur les positions de l'accouchement.
Dans la salle de réunion, on peut d'ailleurs voir un grand
ballon bleu. Il sert aux femmes à mobiliser leur bassin
pendant le travail.
" Concernant la péridurale, l'équipe n'a pas
d'idée préconçue, 50 % de femmes ne la demandent
pas, raconte Brigitte. Si en début de travail j'accueille
une femme qui ne la souhaite pas, je l'aide et je ne reviens pas
toutes les dix minutes lui demander si elle ne regrette pas sa
décision " Véronique constate une demande
parfois contradictoire : " Les femmes ne veulent pas avoir
mal mais regrettent de ne pas sentir. Elles sont de plus en plus
nombreuses à ne pas envisager d'accoucher sans péridurale.
L'important, c'est leur choix. " Pour les épisiotomies,
la devise est d'y recourir le moins possible. Mieux vaut une petite
déchirure qu'une épisiotomie Enfin, pas de
rasage, pas de perfusion ni de monitoring systématiques
et permanents.
À la maternité de La Ferté, professionnels
et parents semblent satisfaits. " Le projet "Amis des
bébés" a permis à tous de retrouver
des gestes simples, explique Christine, cadre puéricultrice.
La formation du personnel, médecins, sages-femmes, puéricultrices,
etc., a été bénéfique pour l'équipe
et a valorisé le travail de chacun. Aider les femmes à
allaiter nous a amenés au-delà, en créant
un nouvel esprit autour de la naissance et du bébé,
centré sur la relation mère-enfant. Ce n'est pas
toujours simple de faire reconnaître ce soin d'accompagnement
à sa juste valeur. Dans les années 1970, pour justifier
notre rôle de soignant, on accaparait l'enfant. Aujourd'hui
on le rend à sa mère. "
Formidable
dynamique
Le
Dr Schwetterlé, de son côté, rend hommage
aux équipes de la Leche League, dont le Dr Christine Bechetoille
(La Leche League, BP 18, 78620 L'Etang-la-Ville.
Avec son réseau d'animatrices, elle propose aux femmes
qui allaitent aide et soutien. Pour en savoir plus : Internet
: www.lllfrance.org),
venues former le personnel. Il insiste sur cette relation privilégiée
entre la mère et l'enfant, conditionnée par l'allaitement
: " J'avais ce projet en tête avant de devenir chef
de service à Lons-le-Saunier. Cela m'a permis de l'élaborer.
Médecin de campagne pendant quatre ans, j'y ai beaucoup
appris. J'ai aussi eu la chance de rencontrer des professionnels
motivés. Je suis depuis longtemps influencé par
la pratique des pays nordiques, comme la Norvège où
95 % des femmes allaitent. Briguer le label a permis une formidable
dynamique dans le service. Le cahier des charges "Amis de
bébés" induit une réflexion sur tout
ce qui concerne la naissance. Lons-le Saunier est ainsi devenue
une maternité du XXIe siècle qui allie sécurité
et humanité. l