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SEPTEMBRE 2001

 


une Maternité amie des bébés !

 

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Favoriser l'allaitement maternel
a permis aux professionnels de santé de la maternité de Lons-le-Saunier d'alléger les gestes techniques
et d'améliorer la qualité relationnelle.

 


Le 22 novembre 2000, dans les locaux du conseil général de la Seine-Saint-Denis, le Dr Schwetterlé, chef de service à la maternité " La Ferté ", du centre hospitalier de Lons-le-Saunier recevait le label " Hôpital Ami des bébés ". La maternité de Lons-le-Saunier, devenait le premier établissement français à satisfaire aux dix conditions de l'OMS/Unicef pour le soutien à l'allaitement maternel. L'aboutissement pour l'équipe de sept ans de travail et de remise en question. Lors de cette cérémonie, le commentaire d'une intervenante portait un message très significatif : " Favoriser l'allaitement maternel nous a permis d'améliorer tous les paramètres de la naissance, et de valoriser le travail des soignants. "

Place à " l'humain "

La maternité de Lons-le-Saunier n'est pas un lieu atypique, style " baba " ou " écolo… ". C'est un établissement comme il en existe partout en France dans les villes moyennes. Elle accueille une population urbaine et les ruraux des environs. Classée de niveau 2 B (Les maternités sont classées en trois niveaux. Les critères sont le nombre d'accouchements par an et la technologie proposée), elle procède à environ 1 500 accouchements par an, possède un plateau technique, un service de néonatologie, bénéficie d'un anesthésiste de garde 24 heures sur 24. Comme beaucoup de maternités, elle doit s'adapter aux restructurations hospitalières en cours. En 1994, la fusion de trois maternités a donné naissance à une maternité publique hospitalière. Aujourd'hui, elle s'apprête à déménager sur le site de l'hôpital avec lequel, elle fera locaux communs. Ses soignants doivent apprendre à négocier, se concerter...

Et pourtant, ce lieu est calme et serein. Au rez-de-chaussée, le bloc où les femmes accouchent (quatre salles de travail). À l'étage quinze lits. Marie-Jeanne Dole, surveillante m'accueille et m'installe dans la salle de réunion proche de son bureau. Toute la journée, elle prendra sur son temps pour me piloter, cela donne déjà une idée de la disponibilité du personnel.

La journée sera calme, un accouchement l'après-midi. " La culture du service, explique Marie-Jeanne, repose sur la priorité de la relation mère-enfant. Le label "Hôpital, ami des bébés" a été la reconnaissance de la valeur de notre travail. Désormais, d'autres maternités nous contactent pour profiter de notre expérience. En France, l'allaitement a décliné avec le développement de la médicalisation. Les soignants de bonne volonté étaient persuadés de la seule nécessité de la sécurité. Actuellement, et selon les derniers décrets, l'équipe doit fournir aux parents et aux bébés les moyens matériels et techniques mais aussi… humains. Trop souvent le geste technique remplace la relation ; il faut renverser la vapeur, même si le relationnel demande du temps… " Pour le Dr Schwetterlé, chef de service : " La technique est aujourd'hui parfaitement maîtrisée par les équipes hospitalières, elle n'a plus à être la priorité. "
Arrive Brigitte, l'une des quatre sages-femmes qui assurent les cours de préparation à l'accouchement. Seules 30 % des femmes demandent cette préparation. Les autres pensent que la péridurale permet de s'en passer.

" Nos préparations sont des "pots pourris", explique Brigitte, certaines sages-femmes sont formées au yoga, d'autres à la sophrologie, nous avons aussi la préparation en piscine. Notre originalité est le cours d'allaitement donné par les auxiliaires de puériculture. Celles-ci bénéficient d'une formation et valorisent ainsi leur pratique. "

Un esprit nouveau

Une rencontre avec Françoise, auxiliaire puéricultrice, permet de le constater : " J'ai fait mes études au cours des années biberon, explique-t-elle, et longtemps j'ai fait tout le contraire de ce qui permet à une femme d'allaiter dans les meilleures conditions, en imposant les tétées toutes les trois heures, par exemple (lire encadré). Ici il y a un véritable projet de service. Il suffit de se laisser porter. Il y a des réticences, mais cela se discute, rien n'est imposé. Pour la pratique du "peau à peau mère-enfant", cela m'a pris du temps. J'étais tellement persuadée de l'efficacité de la couveuse ! J'ai fait des expériences, un bébé dans la couveuse et un sur le corps de sa mère. J'ai vite compris que le plus chaud était le corps de la maman…"

Ici, on ne désobstrue plus les bébés. La mère les garde deux heures après la naissance et la mise au sein se fait dans la première demi-heure de vie. La dernière aventure du service est le "peau à peau père-bébé", lorsque la maman est trop fatiguée ou a subi une césarienne. L'équipe est stupéfaite de la qualité de réponse des pères à cette initiative.

Brigitte et Véronique, sages-femmes, insistent sur le bon esprit de l'équipe, sa forte motivation et la détermination du chef de service, le Dr Schwetterlé. La démarche est consensuelle. Après l'aventure de l'allaitement, les formations dans d'autres domaines se sont mises en place. Bernadette de Gasquet, professeure de yoga, médecin, auteure de Bien-être et maternité (Implexe éditions, 1996), est venue former l'équipe sur les positions de l'accouchement. Dans la salle de réunion, on peut d'ailleurs voir un grand ballon bleu. Il sert aux femmes à mobiliser leur bassin pendant le travail.
" Concernant la péridurale, l'équipe n'a pas d'idée préconçue, 50 % de femmes ne la demandent pas, raconte Brigitte. Si en début de travail j'accueille une femme qui ne la souhaite pas, je l'aide et je ne reviens pas toutes les dix minutes lui demander si elle ne regrette pas sa décision… " Véronique constate une demande parfois contradictoire : " Les femmes ne veulent pas avoir mal mais regrettent de ne pas sentir. Elles sont de plus en plus nombreuses à ne pas envisager d'accoucher sans péridurale. L'important, c'est leur choix. " Pour les épisiotomies, la devise est d'y recourir le moins possible. Mieux vaut une petite déchirure qu'une épisiotomie… Enfin, pas de rasage, pas de perfusion ni de monitoring systématiques et permanents.
À la maternité de La Ferté, professionnels et parents semblent satisfaits. " Le projet "Amis des bébés" a permis à tous de retrouver des gestes simples, explique Christine, cadre puéricultrice. La formation du personnel, médecins, sages-femmes, puéricultrices, etc., a été bénéfique pour l'équipe et a valorisé le travail de chacun. Aider les femmes à allaiter nous a amenés au-delà, en créant un nouvel esprit autour de la naissance et du bébé, centré sur la relation mère-enfant. Ce n'est pas toujours simple de faire reconnaître ce soin d'accompagnement à sa juste valeur. Dans les années 1970, pour justifier notre rôle de soignant, on accaparait l'enfant. Aujourd'hui on le rend à sa mère. "

Formidable dynamique

Le Dr Schwetterlé, de son côté, rend hommage aux équipes de la Leche League, dont le Dr Christine Bechetoille (La Leche League, BP 18, 78620 L'Etang-la-Ville. Avec son réseau d'animatrices, elle propose aux femmes qui allaitent aide et soutien. Pour en savoir plus : Internet : www.lllfrance.org), venues former le personnel. Il insiste sur cette relation privilégiée entre la mère et l'enfant, conditionnée par l'allaitement : " J'avais ce projet en tête avant de devenir chef de service à Lons-le-Saunier. Cela m'a permis de l'élaborer. Médecin de campagne pendant quatre ans, j'y ai beaucoup appris. J'ai aussi eu la chance de rencontrer des professionnels motivés. Je suis depuis longtemps influencé par la pratique des pays nordiques, comme la Norvège où 95 % des femmes allaitent. Briguer le label a permis une formidable dynamique dans le service. Le cahier des charges "Amis de bébés" induit une réflexion sur tout ce qui concerne la naissance. Lons-le Saunier est ainsi devenue une maternité du XXIe siècle qui allie sécurité et humanité. l

Martine Laganier

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